Monique regarda autour d’elle, comme si elle espérait que Julien allait apparaître derrière Camille.

Il n’était pas là.

— L’argent de la vente n’a pas suffi à vivre, finit-elle par dire.

— Combien as-tu reçu ?

— Je ne me souviens plus.

— Tu as reçu une somme importante. Tu avais une retraite. Tu vivais dans un logement moins cher. Et pourtant, tu continuais à me réclamer 1 500 euros chaque mois en me disant que tu risquais de perdre ta maison.

— C’est Julien qui gérait tout !

Camille sentit son cœur accélérer.

— Que veux-tu dire ?

Monique détourna le regard.

— Il m’a dit que c’était mieux ainsi. Que tu avais les moyens de nous aider, que tu ne manquerais de rien et que cet argent permettrait de régler certaines difficultés.

— Quelles difficultés ?

— Je ne sais pas tout.

— Mais tu savais que la maison avait été vendue.

Monique ne répondit pas.

Camille comprit alors que sa belle-mère ne pouvait plus prétendre avoir ignoré toute la situation. Elle avait peut-être suivi les explications de son fils, mais elle avait continué à recevoir de l’argent après la vente de son pavillon.

— Tu aurais pu me dire la vérité, murmura Camille.

— Tu aurais refusé de nous aider.

— Oui. J’aurais refusé de payer une dépense qui n’existait plus. Mais j’aurais peut-être accepté de vous aider autrement si vous m’aviez parlé honnêtement.

Monique eut un rire amer.

— Tu veux toujours tout contrôler.

Camille la regarda sans hausser la voix.

— Non. Je veux simplement savoir ce que je paie.

Monique baissa les yeux, puis lâcha une phrase qui glaça Camille :

— Julien m’avait promis que tu ne regarderais jamais les comptes en détail.

Camille resta silencieuse.

Cette phrase changeait tout.

Ce n’était plus seulement une aide devenue une habitude. Ce n’était plus seulement un fils qui voulait soutenir sa mère. Julien avait compté sur le fait que sa femme ne vérifierait jamais les opérations.

— Est-ce que tu savais pour JM Conseil ? demanda Camille.

Monique hésita.

— Je savais qu’il avait une société. Je ne savais pas exactement ce qu’il y faisait.

— Est-ce que tu as reçu de l’argent de cette société ?

— Il m’a aidée plusieurs fois.

— Combien ?

— Je ne sais pas.

Camille recula légèrement.

— Je ne peux pas continuer cette conversation sans savoir si tu me dis toute la vérité. Je te demande de partir pour aujourd’hui. Si tu as des documents, garde-les. Nous pourrons les examiner dans un cadre approprié.

Monique voulut protester, mais Camille referma doucement la porte.

Elle n’avait pas besoin de crier pour mettre une limite.

Les comptes cachés de Julien

L’avocate de Camille demanda ensuite à Julien de fournir les documents relatifs à JM Conseil et de clarifier les mouvements effectués entre le compte joint, la société et les comptes liés à Monique.

Julien répondit d’abord qu’il avait besoin de temps. Puis il transmit une partie des pièces.

Les documents montraient que JM Conseil avait reçu des fonds du compte joint et réalisé plusieurs opérations : paiement de frais professionnels, remboursement d’un crédit personnel de Julien et transferts vers un compte appartenant à Monique.

Les relevés ne permettaient pas encore de reconstituer chaque euro. Certains justificatifs manquaient, et plusieurs opérations nécessitaient des explications complémentaires.

Mais le schéma général devenait plus clair.

Julien avait utilisé une partie des sommes pour financer sa société et rembourser des dettes personnelles. Il avait également envoyé de l’argent à sa mère, parfois pour l’aider à payer ses dépenses courantes. Il affirmait avoir voulu éviter que Camille s’inquiète et pensait pouvoir remettre les fonds dans les comptes du couple plus tard.

Il n’avait pas prévu que les documents seraient examinés.

L’avocate de Camille lui rappela que les conséquences juridiques dépendraient notamment du régime matrimonial, de l’origine des fonds, des autorisations données et de la nature des opérations. Le contrat de séparation de biens ne réglait pas à lui seul toutes les questions relatives à leur compte commun ni à l’utilisation de l’argent partagé.

Camille ne prit donc aucune mesure irréversible sans conseil. Elle demanda un état précis des mouvements, sécurisa ses comptes personnels et prépara un inventaire des dépenses qu’elle avait prises en charge au bénéfice de Monique.

Puis elle fit une découverte supplémentaire.

Parmi les documents de JM Conseil figurait un tableau intitulé « Échéances prioritaires ». Plusieurs lignes correspondaient à des dettes de Julien. Une autre mentionnait une somme due à un ancien associé, avec une échéance imminente.

Une note manuscrite accompagnait le tableau :

« Maintenir les versements de Camille tant que le remboursement n’est pas terminé. Maman ne doit pas lui parler des comptes. »