Claire relut le message trois fois.

Une voiture devant chez Élodie.

Un homme que Lucie reconnaissait.

Ses doigts se crispèrent autour du téléphone.

Elle appela immédiatement sa sœur.

— Élodie, écoute-moi. Ne sors surtout pas. Verrouille les portes et appelle la police si cet homme s’approche.

— C’est déjà fait. Mais Claire… Lucie est terrorisée. Elle dit que cet homme l’a emmenée dans une maison où elle a vécu pendant des mois.

Claire sentit son sang se glacer.

— Une maison où ?

— Elle ne sait pas. Elle dit qu’on lui interdisait de regarder par les fenêtres. Elle ne connaissait même pas le nom de la ville.

Un bruit étouffé retentit au bout du fil.

Puis Élodie murmura :

— La voiture vient de démarrer.

— Tu as vu le conducteur ?

— Non. Les vitres sont teintées.

Claire ferma les yeux une seconde.

— J’arrive.

Elle raccrocha, puis se tourna vers le docteur Lefèvre.

— Il faut que je récupère tous les documents concernant ma fille.

— Madame, je vais transmettre les éléments aux autorités compétentes. Mais je dois vous prévenir : si les documents ont été falsifiés, nous devons éviter de manipuler les originaux sans procédure appropriée.

Claire hocha la tête.

— Je comprends. Faites ce qu’il faut. Mais je veux savoir qui a signé le transfert.

Le médecin consulta le dossier une dernière fois.

— La procuration a été déposée par un certain Laurent Vasseur. Il était responsable administratif d’une société qui gérait plusieurs établissements de soins privés. Il a quitté ses fonctions il y a dix-huit mois.

— Et mon mari le connaissait ?

Le docteur hésita.

— Son nom apparaît dans plusieurs échanges avec notre direction.

Claire sentit la colère remplacer peu à peu la sidération.

Antoine n’avait pas seulement menti sur la mort de leur fille.

Il avait organisé une succession de décisions qui l’avaient tenue à l’écart de tout ce qui concernait Lucie.

Et quelqu’un l’aidait.

Mais pourquoi ?

Les 420 000 euros d’assurance dont la compagnie lui avait parlé après le décès lui revinrent soudain en mémoire.

À l’époque, Antoine avait expliqué qu’il s’agissait d’un contrat souscrit plusieurs années auparavant pour protéger leur famille. Il avait géré seul les formalités et affirmé que l’argent avait servi à rembourser les dettes du foyer, à couvrir les frais médicaux et à assurer leur avenir.

Claire n’avait jamais vérifié les comptes.

Elle était trop occupée à survivre au chagrin.

Maintenant, elle comprenait qu’elle devait reprendre chaque document, chaque date, chaque signature.

Elle quitta la clinique et prit la direction du domicile de sa sœur.

Cette fois, elle ne laisserait personne décider à sa place.

Lorsqu’elle arriva chez Élodie, deux policiers étaient déjà sur place.

La voiture avait disparu.

Lucie était assise dans le salon, enveloppée dans une couverture, les genoux ramenés contre sa poitrine. Elle sursauta en entendant la porte.

— Maman !

Claire s’agenouilla devant elle.

— Je suis là.

Lucie se jeta dans ses bras.

— Il va revenir ?

— Je ne sais pas, mon cœur. Mais nous allons faire en sorte que tu sois en sécurité.

Une policière s’approcha avec douceur.

— Lucie, tu n’es pas obligée de tout raconter aujourd’hui. Nous aimerions simplement savoir si tu peux nous aider à identifier cet homme.

Lucie hésita.

Puis elle désigna un dossier posé sur la table.

Élodie avait demandé à la jeune fille de dessiner ce dont elle se souvenait pendant que Claire était à la clinique.

Sur la feuille figurait une voiture sombre, un portail métallique et un bâtiment entouré d’arbres.

Dans un coin, Lucie avait dessiné une fenêtre avec trois barreaux.

— C’était là, murmura-t-elle. Il y avait une fenêtre comme ça dans ma chambre.

La policière s’assit près d’elle.

— Qui t’a emmenée dans cette maison ?

Lucie regarda sa mère.

— Je ne sais pas comment il s’appelle. Mais je l’ai déjà vu avec papa.

Claire se raidit.

— Où ?

— Dans votre bureau. Avant que je tombe malade.

Le silence envahit la pièce.

— Tu es sûre ? demanda Claire.

— Oui. Il portait une montre avec un bracelet rouge. Papa disait qu’il l’aidait à régler des problèmes d’argent.

La policière nota les informations.

— Et ensuite ?

Lucie prit une grande inspiration.

— Après l’hôpital, je me suis réveillée dans une autre chambre. J’avais mal à la tête. Une dame m’a dit que je devais me reposer et que tu viendrais bientôt.

Elle s’interrompit.

— Mais tu ne venais pas.

Claire sentit ses larmes revenir.

— Je ne savais pas où tu étais.

— Je le sais maintenant.

Lucie baissa les yeux.

— Au début, ils disaient que tu étais malade. Après, ils ont dit que tu étais morte dans un accident.

Claire resta pétrifiée.

— Quoi ?