Élise ne répondit pas immédiatement à son mari.
Elle regarda Clara, toujours immobile devant l’ascenseur, puis le petit symbole dissimulé sous son badge. Elle l’avait déjà vu. Trois semaines plus tôt, lors d’une réunion du comité d’investissement, le responsable de la cybersécurité de Novalis Tech avait présenté un nouveau système d’accès réservé aux administrateurs informatiques et aux membres de l’équipe chargée des audits internes.
Une assistante de direction n’avait aucune raison de porter ce symbole.
— Thomas, dit-elle calmement, je te poserai mes questions plus tard. Pour le moment, j’aimerais savoir pourquoi ton assistante possède des autorisations informatiques que même certains directeurs n’ont pas.
Clara retrouva soudain son aplomb.
— Ce badge m’a été attribué par le service informatique. Je n’ai rien fait d’illégal.
— Très bien. Alors cela ne devrait pas vous déranger que nous vérifiions qui l’a autorisé.
Élise se tourna vers Mathieu Laurent.
— Je demande la conservation immédiate des enregistrements de vidéosurveillance du hall, des journaux d’accès informatiques et des autorisations associées à ce badge. Rien ne doit être effacé ou modifié avant l’examen des faits.
Mathieu acquiesça.
Thomas, lui, semblait sur le point de protester.
— Élise, nous avons des clients ici. Nous ne pouvons pas transformer le hall en tribunal.
Elle le regarda enfin.
— Je suis d’accord. Alors faisons les choses correctement. Mais ne me demande plus de détourner les yeux pour protéger ton image.
Puis elle se tourna vers Clara.
— Quant à vous, votre agression sera traitée séparément de la question informatique. Vous allez recevoir les soins nécessaires, et nous allons faire constater les dégâts sur ma peau et mes vêtements. Je vous conseille de ne plus toucher à aucun équipement de l’entreprise.
Pour la première fois, Clara parut réellement effrayée.
Ce n’était plus une inconnue qu’elle pouvait humilier devant des employés intimidés. C’était une femme qui connaissait les règles, disposait des moyens de les faire appliquer et ne semblait pas disposée à accepter un arrangement discret.
Quelques minutes plus tard, Élise était installée dans une salle de réunion, une compresse fraîche sur le cou. Le médecin du travail avait examiné les zones touchées par le café et recommandé une évaluation médicale complémentaire si la douleur persistait.
Thomas entra seul.
Il referma la porte derrière lui.
— Je suis désolé, dit-il.
— Pour le café ou pour les mensonges ?
Il baissa les yeux.
— Clara n’est pas ma maîtresse.
Élise sentit quelque chose se resserrer dans sa poitrine. Elle n’avait pas posé la question, et pourtant il s’empressait d’y répondre.
— Je ne t’ai pas demandé si tu couchais avec elle, Thomas. Je t’ai demandé pourquoi elle se comportait comme si elle possédait ton entreprise, pourquoi elle avait des accès confidentiels et pourquoi tu as essayé de m’empêcher de poser la question.
Il passa une main sur son visage.
— Clara est arrivée il y a deux ans. Elle était très compétente. Elle a rapidement pris en charge mon agenda, mes déplacements, certaines communications avec les investisseurs. J’avais besoin de quelqu’un en qui je pouvais avoir confiance.
— Et tu lui as donné les clés de tout ?
— Pas de tout.
— Alors, de quoi exactement ?
Thomas resta silencieux.
Élise comprit qu’il ne savait pas comment répondre sans révéler quelque chose qu’il lui avait caché.
Elle se leva.
— Tu m’as demandé de rester à Lyon parce que tu voulais être reconnu pour ton travail. J’ai respecté ce choix. Je n’ai jamais exigé de diriger tes équipes à ta place. Mais tu as confondu mon absence avec une permission de me tenir à l’écart.
— Ce n’est pas ce que je voulais.
— Alors explique-moi ce que tu voulais.
Thomas ouvrit la bouche, puis la referma.
Élise reprit son sac. Le cadeau destiné à son mari était toujours à l’intérieur, enveloppé dans un papier bleu. Elle l’en sortit, le posa sur la table et le poussa vers lui.
— Bon anniversaire.
Il regarda le paquet comme s’il venait de recevoir une condamnation.
— Élise…
— Ne l’ouvre pas maintenant.
Elle quitta la salle.
Quelques heures plus tard, l’examen des autorisations commença en présence du responsable de la cybersécurité, de Mathieu et d’une administratrice indépendante du conseil. Élise avait demandé que le contrôle soit confié à une équipe qui ne dépendait ni de Thomas ni de Clara.
Le badge était bien lié à un profil informatique inhabituel. Il permettait à Clara d’accéder à certaines archives de contrats, à des dossiers de direction et à des répertoires contenant des documents financiers. Une partie de ces autorisations avait été ajoutée progressivement, à la suite de demandes approuvées avec les identifiants d’un cadre dirigeant.
Mais les journaux montraient autre chose.
À plusieurs reprises, des fichiers confidentiels avaient été copiés vers un espace de stockage externe. Les opérations avaient eu lieu tard le soir, alors que Clara était encore enregistrée dans les locaux.