Quelques minutes plus tard, Osvaldo revint avec un autre document.
— Votre mari souhaite que vous signiez une autorisation de représentation légale temporaire.
Lívia lut la première page. Le texte était présenté comme une mesure destinée à faciliter la gestion de ses affaires pendant son hospitalisation. Mais une annexe autorisait Caio à prendre des décisions concernant ses actifs, ses participations et certains contrats professionnels.
Elle posa le document sur la table.
— Je ne signerai rien sans mon avocate.
— Vous n’avez pas d’avocate ici.
— Alors vous attendrez que j’en aie une.
Osvaldo se raidit.
— Vous risquez de compliquer inutilement votre séjour.
— Vous pouvez prolonger une observation si un médecin indépendant la juge médicalement nécessaire. Vous ne pouvez pas transformer mon silence en consentement ni ma signature en simple formalité.
Elle n’était pas certaine de connaître toutes les limites juridiques applicables à sa situation. Mais elle savait qu’elle avait le droit de demander conseil et que ce document ne devait pas être signé sous pression.
Pour la première fois, Osvaldo ne trouva rien à répondre.
À dix heures, au siège de ConectaVida, Caio s’installa au bout de la grande table de réunion.
Il portait un costume bleu nuit et affichait l’expression grave d’un homme contraint d’assumer seul une responsabilité douloureuse.
Bianca se tenait à sa droite.
— Avant de commencer, déclara Caio, je dois vous informer que Lívia traverse actuellement un épisode médical sérieux. Pour protéger sa santé et celle de l’entreprise, je propose que ses pouvoirs de représentation soient temporairement confiés à la direction générale.
Plusieurs administrateurs échangèrent des regards.
— A-t-elle été examinée par un médecin indépendant ? demanda Helena Duarte, représentante d’un fonds d’investissement.
Caio inspira profondément.
— Nous devons respecter sa vie privée.
— Je comprends. Mais nous devons aussi respecter les statuts de cette société.
Helena ouvrit le dossier placé devant elle.
— La dernière modification des pouvoirs exige deux validations distinctes. Or, la demande que vous nous présentez aujourd’hui n’en comporte qu’une.
Le sourire de Caio se figea.
— C’est une mesure provisoire. Nous ne pouvons pas laisser l’entreprise paralysée.
— Elle n’est pas paralysée, répondit Helena. Elle fonctionne selon ses règles.
Bianca intervint d’une voix douce.
— Nous voulons simplement éviter que les difficultés personnelles de Lívia nuisent à la société.
— Alors, nous allons examiner les difficultés financières qui concernent réellement la société, répliqua Helena.
Elle projeta un tableau sur l’écran.
Plusieurs virements avaient été effectués au cours des six derniers mois vers des prestataires dont les missions n’étaient pas clairement documentées. Une partie des paiements correspondait à des études stratégiques, à des honoraires de conseil et à des frais de transfert de propriété intellectuelle.
Les montants n’étaient pas nécessairement frauduleux en eux-mêmes. Mais leur accumulation, l’absence de livrables vérifiables et les liens entre certains bénéficiaires justifiaient un contrôle indépendant.
Caio se pencha en avant.
— Ces opérations ont été validées par les équipes financières.
— Certaines, oui. D’autres ont été autorisées par votre compte personnel avec une procédure d’urgence, répondit Helena.
— J’étais habilité à le faire.
— C’est justement ce que l’audit devra vérifier.
La réunion prit une tournure inattendue. Au lieu de voter le transfert des pouvoirs de Lívia, les administrateurs décidèrent de suspendre toute nouvelle cession de propriété intellectuelle jusqu’à la fin d’un audit indépendant.
La demande de curatelle provisoire ne serait pas soutenue par l’entreprise. Toute démarche personnelle devrait suivre les procédures légales appropriées, avec des évaluations indépendantes et la possibilité pour Lívia de se faire représenter.
Caio regarda Bianca.
Elle ne lui rendit pas son regard.
À onze heures vingt, le téléphone d’Helena vibra.
Un message venait d’arriver sur l’adresse professionnelle du conseil d’administration. Il provenait d’un cabinet juridique extérieur et contenait une demande urgente de conservation des preuves numériques, accompagnée d’un inventaire de documents.
L’expéditeur était Maître Renata Almeida, l’avocate que Lívia avait consultée avant la réception.
Elle n’avait pas attendu que sa cliente disparaisse pour agir.
Trois semaines auparavant, Lívia lui avait confié ses inquiétudes concernant les procurations et les transferts de licences. Elle lui avait également remis des copies des contrats litigieux, des historiques de validation et des échanges professionnels dont elle avait légalement conservé les traces.
Renata avait alors préparé une procédure de sauvegarde des preuves, sans pouvoir encore établir si une infraction avait été commise.
La veille, après avoir appris l’admission de Lívia, elle avait contacté les responsables compétents afin de faire vérifier les circonstances de cette hospitalisation et de préserver les droits de sa cliente.
Le message ne contenait aucune accusation définitive. Il demandait que les données de ConectaVida ne soient ni supprimées ni modifiées, et que toute décision concernant les parts de Lívia respecte les statuts et les procédures applicables.
Helena lut le courrier à voix haute.
Puis elle leva les yeux vers Caio.