Il rappela aux deux parties que l’intérêt de Mathis devait rester au centre de la procédure.
Sophie, de son côté, fut entendue dans le cadre des vérifications relatives à l’entreprise et aux échanges enregistrés. Les éventuelles responsabilités de chacun devaient être établies par les autorités compétentes, et non par les suppositions de la famille.
En quittant le tribunal, Julien rattrapa Claire dans le couloir.
— Tu vas vraiment détruire tout ce qu’on a construit ?
Claire se retourna lentement.
— C’est moi qui ai construit une grande partie de cette entreprise avec toi. C’est moi qui ai élevé Mathis quand tu travaillais tard. Et c’est moi qui ai proposé de tout abandonner pour le revoir.
— Tu sais que je ne voulais pas que ça aille aussi loin.
— Tu lui as appris à dire qu’il avait peur de moi.
Julien détourna le regard.
— Il ne comprenait pas…
— Il avait six ans, Julien. C’était à toi de le protéger, pas de lui apprendre à avoir peur de perdre sa mère.
Elle s’éloigna sans attendre de réponse.
Pour la première fois depuis des semaines, elle ne cherchait plus à convaincre Julien de comprendre sa douleur. Elle savait désormais que la priorité était de reconstruire la sécurité de Mathis, pas d’obtenir des excuses à tout prix.
5. « Est-ce que tu m’en veux ? »
Quelques jours plus tard, une première rencontre fut organisée dans un cadre encadré par des professionnels.
Claire arriva en avance. Elle avait choisi des vêtements confortables, attaché ses cheveux et apporté un petit livre que Mathis aimait autrefois.
Elle avait peur.
Pas de Julien, ni de Sophie, ni du tribunal.
Elle avait peur que Mathis ne se souvienne plus de la façon dont elle le bordait le soir. Peur qu’il se sente obligé de choisir entre les adultes. Peur qu’il se croie responsable de ce qui était arrivé.
Lorsque la porte s’ouvrit, Mathis entra avec son lapin.
Il resta près de la professionnelle qui l’accompagnait.
Claire ne se précipita pas vers lui.
— Bonjour, mon grand.
— Bonjour, maman Claire.
Elle sentit ses yeux se remplir de larmes, mais elle sourit.
— Tu veux que je m’assoie ici, ou tu préfères que je reste là-bas ?
Mathis réfléchit, puis désigna la chaise à côté de lui.
Claire s’assit.
Pendant quelques minutes, ils parlèrent de choses simples : l’école, un dessin animé, le petit escargot qu’il avait trouvé dans la cour. Claire ne lui demanda pas ce qu’il avait dit au tribunal. Elle ne lui demanda pas de raconter les enregistrements. Elle ne lui demanda pas de choisir entre elle et son père.
Puis Mathis posa le lapin sur ses genoux.
— Tu sais, je ne voulais pas te faire de peine.
Claire sentit sa gorge se serrer.
— Tu ne m’as pas fait de peine, mon cœur. Tu étais dans une situation difficile. Les adultes auraient dû s’occuper de ça sans te demander de porter leurs problèmes.
— Papa disait que si je te parlais, tu ne voudrais plus de moi.
Claire se pencha légèrement vers lui, sans le toucher.
— Je ne t’ai jamais abandonné. Et tu n’as pas besoin de faire quoi que ce soit pour mériter mon amour.
Mathis baissa les yeux vers son lapin.
— Tu peux réparer son ventre ? Il est encore décousu.
Claire rit doucement à travers ses larmes.
— Bien sûr. Mais cette fois, on le fera ensemble, si tu veux.
Il hocha la tête.
Au moment de partir, Mathis hésita, puis tendit la main.
Claire la prit avec délicatesse.
Ce geste était minuscule. Pourtant, après dix-neuf jours de silence et des semaines de peur, il représentait le début de quelque chose qu’aucun document ne pouvait garantir à lui seul : la possibilité de retrouver confiance, un jour après l’autre.
6. La maison, les parts et la vraie décision
Les semaines suivantes, la procédure avança sur deux fronts distincts.
Concernant Mathis, les professionnels chargés de l’évaluation examinèrent ses besoins, son attachement à Claire, les conditions de vie proposées et les effets du conflit parental. Les enregistrements furent considérés parmi d’autres éléments, sans remplacer l’évaluation de la situation dans son ensemble.
Les rencontres encadrées se poursuivirent, puis furent progressivement adaptées selon les recommandations des professionnels et les décisions prises dans le cadre judiciaire.
Claire ne chercha jamais à faire promettre à Mathis qu’il préférerait vivre avec elle. Elle voulait seulement qu’il puisse parler librement, sans avoir peur de perdre l’un de ses parents.
Sur le plan financier, maître Perrin fit examiner les comptes de la société, les documents relatifs aux parts de Claire et les échanges portant sur une éventuelle cession. L’avocate demanda que toute négociation se déroule sans lien avec les modalités de contact avec l’enfant.