Je ne t’ai pas choisie parce que tu étais vulnérable. Je t’ai choisie parce que, malgré ce que la vie t’avait pris, tu étais encore capable d’aimer.
Mes larmes tombèrent sur le papier.
Je me souvenais de ce soir à l’hôpital. Daniel avait parlé de son testament, de l’avenir de Lily et de sa peur de mourir avant d’avoir pu lui offrir une enfance stable.
J’avais accepté parce que je ne supportais pas l’idée qu’une petite fille se retrouve seule au monde.
Je n’avais jamais osé me demander s’il m’avait choisie pour une raison plus profonde.
La lettre continuait.
Je sais que tu as perdu Camille. Je ne t’ai jamais demandé de remplacer ta fille par la mienne. Je voulais seulement que Lily grandisse auprès d’une personne qui comprend que l’amour ne se mesure pas au sang.
Si tu découvres cette boîte aujourd’hui, c’est que tu as tenu bon pendant la première année. Tu as donné à Lily une maison où elle peut pleurer sans avoir honte, rire sans se sentir coupable et parler de moi sans craindre de te blesser.
Je ne pourrai jamais te remercier suffisamment.
Je m’arrêtai.
Lily s’était approchée. Elle posa sa tête contre mon épaule.
— Papa savait, murmura-t-elle.
— Quoi, mon cœur ?
— Il savait que tu resterais.
Je fermai les yeux et l’embrassai sur les cheveux.
Mais il restait deux pages.
Je repris ma lecture.
Luc prétend depuis des années qu’il est le seul à pouvoir gérer l’entreprise familiale. Il dit que je suis trop faible, trop malade, trop sentimental. Il pense que, parce que je vais mourir, tout ce que je possède doit lui revenir.
Il se trompe.
Je levai les yeux vers Luc.
Il avait cessé de bouger.
Les parts que je détiens dans la société ne lui appartiennent pas. J’ai pris les dispositions nécessaires pour que les intérêts de Lily soient protégés jusqu’à sa majorité. Le notaire possède les originaux. La clé que tu trouveras dans la boîte donne accès à un coffre contenant les copies des documents et les preuves de ce que Luc a tenté de faire.
Luc devint livide.
— C’est absurde, murmura-t-il.
Je continuai.
Il y a six mois, j’ai découvert qu’il avait utilisé ma signature sur plusieurs documents sans mon autorisation. Je n’ai pas pu tout régler avant que ma maladie ne progresse. J’ai donc demandé à mon avocat de conserver les preuves.
Je ne veux pas que tu te battes pour de l’argent, Élise. Je veux que tu saches que tu as le droit de protéger Lily sans te laisser intimider.
Puis venaient les derniers mots.
Si Luc se présente un jour chez toi, rappelle-toi ceci : il ne vient pas chercher ce qui lui appartient. Il vient chercher ce qu’il n’a jamais réussi à contrôler.
Et si tu doutes encore de la raison pour laquelle je t’ai épousée, regarde Lily. Elle n’a pas besoin d’une femme parfaite. Elle a besoin d’une personne qui ne part pas quand les choses deviennent difficiles.
Je t’ai aimée, Élise. Pas parce que tu pouvais sauver ma fille. Parce que tu étais toi.
Daniel.
Je posai la lettre sur la table.
Je ne pleurais plus seulement un homme mort.
Je découvrais, un an après sa disparition, qu’il m’avait vue à une époque où je ne me voyais plus moi-même.
Et il m’avait fait confiance.
Luc, lui, regardait désormais la petite clé comme si elle venait de se transformer en arme.
— Tu n’as pas le droit de conserver ces documents, dit-il.
— Ils ont été laissés par mon mari.
— Mon frère était sous traitement. Il prenait des médicaments puissants. On peut contester tout cela.
— Alors vous pourrez le faire devant un juge.
Il se tourna vers Lily.
— Tu comprends ce que cette femme est en train de faire ? Elle veut t’éloigner de ta famille.
Lily leva la tête.
— Non. C’est vous qui voulez prendre les choses de papa.
— Lily…
— Papa m’a dit que si quelqu’un venait me dire que je devais quitter cette maison, je devais demander à Élise de lire la lettre.
Luc resta muet.
Je regardai Lily, stupéfaite.
— Il t’a dit cela ?
Elle acquiesça.
— La dernière fois qu’il a pu parler longtemps avec moi. Il m’a aussi dit que je n’étais pas obligée d’être courageuse tout le temps.
Elle essuya ses joues.
— Il m’a dit que tu m’aiderais à me souvenir.
Je l’attirai contre moi.
— Je suis là, Lily. Je suis là.
Luc recula d’un pas.
Puis, d’une voix glaciale, il lança :
— Vous regretterez toutes les deux de vous être mêlées de cette affaire.
Il attrapa son manteau et sortit en claquant la porte.
Pendant quelques secondes, nous restâmes immobiles.
Puis Lily murmura :
— Il va revenir ?