— Voilà une préoccupation intéressante venant d’un homme qui, il y a moins d’une heure, a tenté d’acheter le silence d’une employée.
Adrián rougit.
— C’était une compensation.
— Pour quelle faute ?
Il ne répondit pas.
M. Salgado prit alors la parole.
— Nous avons visionné les premières images des caméras. Elles montrent clairement que mademoiselle Montenegro a frappé la balle dans la direction de Lucía. Elles montrent aussi qu’Adrián a jeté de l’argent à ses pieds. Pour les arroseurs, l’activation semble provenir d’un panneau de commande réservé au personnel. Nous devons encore déterminer qui l’a déclenché.
Camila se leva brusquement.
— Je ne resterai pas ici à me faire humilier !
— Personne ne vous humilie, répondit mon grand-père. Nous examinons des faits.
Elle sortit en claquant la porte.
Adrián la suivit quelques secondes plus tard, mais son téléphone vibra avant qu’il n’atteigne le couloir. Il consulta l’écran et pâlit.
Je ne pus pas lire le message.
En revanche, une dernière phrase apparut devant mes yeux.
« La première manche est terminée. Mais l’homme qui a déclenché les arroseurs possède une preuve que personne n’a encore vue. »
La vérité derrière les arroseurs
Le lendemain matin, je retournai au club avec Sofía. Cette fois, je portais une chemise blanche, un pantalon noir et le pendentif dissimulé sous mon col.
Je n’avais pas l’intention de jouer à la riche héritière. Je voulais simplement comprendre qui avait essayé de me piéger.
M. Salgado nous attendait dans son bureau.
— Nous avons identifié l’accès utilisé pour activer les arroseurs, annonça-t-il. Il s’agit d’un compte de maintenance temporaire. Le compte a été ouvert avec les identifiants d’un prestataire externe.
— Qui est ce prestataire ? demandai-je.
— Une entreprise appartenant à un associé d’Adrián Vega.
Il précisa aussitôt que cela ne prouvait pas qu’Adrián avait donné l’ordre. Le compte pouvait avoir été utilisé par quelqu’un d’autre. Les enregistrements seraient transmis aux personnes chargées de l’enquête interne, et toute accusation devrait attendre des éléments supplémentaires.
Sofía serra mes doigts.
— Ils avaient vraiment préparé quelque chose.
— Peut-être, répondis-je. Mais nous ne savons pas encore jusqu’où cela allait.
Le directeur ouvrit un autre dossier.
— Il y a également ceci. Quelques minutes avant la réception, quelqu’un a demandé à notre service de sécurité si une jeune employée nommée Lucía Herrera travaillait aujourd’hui. La demande venait d’un numéro associé au bureau de Camila Montenegro.
Je sentis mon estomac se nouer.
— Elle savait donc que je serais ici.
— Oui. Mais nous devons encore déterminer pourquoi.
Mon téléphone vibra.
C’était mon grand-père.
« Ne quitte pas le club sans m’appeler. J’ai reçu une copie d’un document qui concerne ta mère. »
Je le rappelai immédiatement.
— Qu’est-ce que c’est ?
Sa voix était grave.
— Une lettre signée par Isabel, retrouvée dans les archives d’un notaire. Elle y demandait qu’à ta majorité, tu puisses choisir entre reprendre tes droits dans l’entreprise ou recevoir un patrimoine séparé pour vivre librement. Elle avait prévu les deux possibilités.
— Et pourquoi cette lettre est-elle importante ?
— Parce qu’un membre de la famille a affirmé pendant des années que ta mère avait renoncé à tous ses droits avant sa mort. Or, cette lettre contredit cette version. Il faut vérifier les signatures et le contexte juridique, mais si elle est authentique, elle pourrait changer la manière dont plusieurs décisions anciennes seront examinées.
Je fermai les yeux.
Je ne voulais pas devenir riche pour prouver que Camila avait tort. Je ne voulais pas davantage passer le reste de ma vie à combattre des gens qui me considéraient comme une menace.
Je voulais savoir ce qui était arrivé à mes parents.
Et je voulais que Sofía puisse vivre sans craindre les créanciers qui harcelaient sa famille depuis des mois.
Car les mystérieuses lettres avaient aussi prédit son malheur. Elles affirmaient que des créanciers la rendraient infirme, comme si son avenir était déjà écrit.
Je refusais de les croire sur parole.
— Grand-père, si j’ai réellement des droits, je veux qu’ils soient établis légalement. Je ne veux pas qu’on me donne quoi que ce soit par peur ou par culpabilité.
Il eut un petit rire.
— C’est exactement ce que ta mère aurait voulu entendre.
Le dernier piège d’Adrián
Trois jours plus tard, le conseil d’administration du groupe Montenegro se réunit dans un hôtel de Mexico. Mon grand-père m’y accompagna, non pour me présenter comme une nouvelle reine de l’empire, mais pour que je puisse entendre les explications des juristes et des administrateurs.
Camila était présente. Elle semblait épuisée. Adrián se tenait à ses côtés, le visage fermé.