Le policier précisa qu’une patrouille avait été envoyée à l’adresse professionnelle de Céline et qu’un signalement avait été transmis aux services compétents. Les enquêteurs ne pouvaient pas encore affirmer ce qu’elle avait emporté ni pourquoi elle était revenue.

Thomas demanda à son avocat d’être présent pour les prochaines démarches. Il autorisa les enquêteurs à récupérer les documents nécessaires selon la procédure applicable.

Puis il appela sa banque pour signaler les opérations qu’il ne reconnaissait pas et demander la sécurisation de ses comptes. La conseillère lui confirma qu’un changement récent avait été enregistré dans ses coordonnées de gestion et qu’une demande de transfert important avait été préparée.

Le montant dépassait les deux cent mille euros.

Thomas resta figé.

—Vers quel compte ?

—Nous devons vérifier les pièces avant de vous communiquer les informations disponibles, répondit la conseillère. Votre dossier a été placé sous contrôle renforcé.

Après avoir raccroché, il regarda l’enquêteur.

—Je possède des parts dans plusieurs sociétés. Céline connaît mes affaires, mais elle ne peut pas simplement transférer mon argent.

—C’est précisément ce que nous allons vérifier, répondit le policier. Nous ne pouvons pas conclure à ce stade qu’un transfert a été réalisé ni que tous les documents ont été utilisés frauduleusement.

Thomas hocha la tête.

Anaïs observait son visage. Elle y voyait la peur d’un homme qui découvrait que sa propre maison pouvait être le lieu d’une trahison. Elle ne ressentait aucune satisfaction à le voir souffrir.

Elle avait imaginé, autrefois, qu’elle éprouverait du plaisir à le voir perdre le contrôle. En réalité, elle était simplement épuisée.

Elle se leva.

—Je devrais rentrer. Ma journée a été longue.

Thomas la regarda aussitôt.

—Bien sûr. Je ne veux pas vous retenir.

Il hésita avant de poursuivre.

—Mais accepteriez-vous de me laisser un numéro où vous joindre ? Les enquêteurs auront peut-être besoin de vous. Et je voudrais vous remercier correctement, lorsque cette affaire sera terminée.

Anaïs lui donna ses coordonnées, puis précisa :

—Je témoignerai de ce que j’ai vu. Mais je ne veux pas être mêlée à vos affaires personnelles au-delà de ce qui est nécessaire.

—Je comprends.

Elle récupéra son sac de livraison et quitta l’hôpital.

Dans le tram, elle regarda les lumières de Lyon défiler derrière la vitre. Son téléphone affichait plusieurs notifications de l’application : une commande annulée, une évaluation négative et une pénalité pour retard.

Elle soupira.

Elle venait de passer des heures à empêcher un homme de mourir et à protéger une enfant terrifiée, mais son employeur numérique ne voyait qu’une livraison non terminée.

Elle prit une capture d’écran des événements de la journée, puis rangea son téléphone.

Elle ne savait pas encore que cette affaire allait bouleverser sa vie autant que celle de Thomas.

Le lendemain matin, son téléphone sonna à huit heures.

C’était l’enquêtrice chargée du dossier.

—Madame Perrin, nous aimerions que vous veniez au commissariat. Nous avons retrouvé un élément qui pourrait vous concerner personnellement.

Le cœur d’Anaïs se mit à battre plus vite.

—Moi ? Pourquoi ?

—Je préfère vous l’expliquer de vive voix. Il s’agit d’un document retrouvé dans le bureau de monsieur Varenne.

Une heure plus tard, Anaïs était assise dans une petite salle d’entretien. L’enquêtrice posa devant elle une chemise transparente contenant plusieurs feuilles.

Sur la première apparaissait le logo de l’ancien employeur d’Anaïs.

Elle sentit ses doigts devenir froids.

—Comment avez-vous trouvé ça ?

—Ces documents se trouvaient dans une armoire fermée du bureau de monsieur Varenne. Nous ne savons pas encore pourquoi ils y étaient. Ils ont été saisis dans le cadre des vérifications autorisées par la procédure.

Anaïs parcourut la première page.

C’était une copie du dossier de réorganisation qui avait conduit à son licenciement deux ans plus tôt.

Elle reconnut son nom, son ancien poste et les évaluations positives qu’elle avait reçues.

Mais une annotation manuscrite, ajoutée dans la marge, attira son attention :

« Poste à supprimer en priorité. Ne pas proposer de reclassement. »

Elle relut la phrase.

—Ce n’est pas possible, murmura-t-elle. Mon responsable m’avait dit qu’il n’y avait aucune autre solution.

L’enquêtrice lui montra une deuxième feuille.

Il s’agissait d’un échange de courriels entre Thomas et un cadre dirigeant de l’entreprise, daté de quelques jours avant la suppression de son poste.

Dans ce message, Thomas demandait pourquoi plusieurs salariés ayant de bons résultats figuraient sur la liste des départs. Il avait ensuite ajouté une note indiquant qu’il souhaitait examiner les possibilités de reclassement.

Mais une réponse, envoyée par un autre responsable, affirmait que les suppressions avaient déjà été validées et qu’il ne fallait pas retarder la procédure.

Anaïs sentit les larmes lui monter aux yeux.

Pendant deux ans, elle avait cru que Thomas avait personnellement choisi de sacrifier son poste sans même regarder son dossier. Les documents suggéraient une histoire plus complexe : il avait bien signé la décision finale, mais il avait aussi demandé des explications et envisagé des reclassements. D’autres personnes étaient intervenues dans le processus.