Anaïs ne s’attendait pas à l’entendre reconnaître cela aussi directement.

—Qu’allez-vous faire ?

—Je coopérerai avec les enquêteurs et je ferai vérifier les décisions de l’époque. Si des erreurs ont été commises, je veux qu’elles soient établies. Et si certaines personnes ont été lésées, je veux savoir ce qui peut être réparé.

Elle aurait voulu lui dire qu’une vérification ne suffisait pas à effacer deux ans de difficultés. Mais il le savait déjà.

—Je ne vous promets rien, répondit-elle. Je veux d’abord comprendre ce qui est arrivé à mon père.

—Je comprends.

Ils raccrochèrent.

Le lendemain, sa mère retrouva la boîte.

À l’intérieur se trouvaient de vieux contrats, des relevés de factures, des impressions de courriels et un carnet noir où son père avait noté des dates et des références de dossiers.

Anaïs ne les examina pas seule. Elle contacta l’enquêtrice, qui lui expliqua comment transmettre les documents afin qu’ils puissent être examinés sans altération.

Quelques jours plus tard, les enquêteurs lui annoncèrent qu’ils avaient trouvé une correspondance entre certaines références inscrites dans le carnet et les documents saisis chez Thomas.

Le lien n’était pas encore entièrement établi, mais il semblait concerner une série de contrats de sous-traitance et des paiements dont la justification était contestée.

Céline avait travaillé pour une structure qui apparaissait dans plusieurs de ces dossiers. Son nom figurait également dans un échange récent portant sur le transfert d’actifs et la gestion des comptes de Thomas.

Les enquêteurs soupçonnaient qu’elle avait tenté d’obtenir le contrôle de certains avoirs de son mari tout en dissimulant les liens entre plusieurs opérations anciennes. Ils devaient encore vérifier les responsabilités de chacun et déterminer si les deux affaires étaient directement liées.

Anaïs comprit alors pourquoi la phrase du courriel l’avait autant bouleversée.

Son nom n’avait pas seulement été retrouvé dans un vieux dossier de licenciement. Il apparaissait dans une correspondance récente concernant des documents que Céline voulait faire signer à Thomas.

Elle était peut-être devenue un obstacle sans même le savoir, parce que les papiers conservés par son père pouvaient éclairer des opérations que certaines personnes préféraient garder dans l’ombre.

Cette possibilité lui faisait peur. Mais elle ne voulait plus laisser la peur l’empêcher de comprendre.

Les semaines passèrent.

Thomas continua de coopérer avec les enquêteurs. Il fit examiner ses comptes, transmit les documents demandés et engagea des démarches pour comprendre comment sa signature avait pu être utilisée dans les opérations contestées.

Il demanda également à son entreprise de revoir les dossiers de réorganisation de l’époque, y compris celui d’Anaïs. Cette vérification ne pouvait pas effacer son licenciement ni garantir une compensation, mais elle permettait enfin d’examiner les faits au lieu de s’en tenir à la version officielle.

Un après-midi, Thomas invita Anaïs à le rencontrer dans un lieu public, en présence de son avocat.

Manon était avec une personne de confiance et allait mieux. Elle avait commencé à parler à une psychologue spécialisée dans l’accompagnement des enfants confrontés à des événements traumatisants.

Thomas semblait fatigué, mais plus lucide.

—Je voulais vous remercier encore, dit-il. Pas seulement pour avoir appelé les secours, mais pour être restée avec Manon.

Anaïs posa ses mains sur la table.

—Je n’ai pas fait cela pour obtenir quoi que ce soit.

—Je le sais. C’est précisément pour cela que je ne veux pas vous proposer de l’argent comme si cela réglait tout.

Il lui expliqua qu’il souhaitait financer, de manière transparente et indépendante de son témoignage, une aide pour les frais de garde et de formation si elle décidait de reprendre des études ou de retrouver un poste stable. Il voulait également qu’un organisme extérieur évalue les conséquences professionnelles de son licenciement.

Anaïs l’écouta sans répondre tout de suite.

—Je ne veux pas d’un arrangement qui m’obligerait à me taire, dit-elle enfin.

—Vous n’aurez aucune obligation de ce genre. Votre témoignage reste libre, et toute proposition devra être formalisée avec des conseils indépendants.

Elle accepta uniquement de recevoir les informations par écrit et de les examiner avec une personne de confiance.

Elle ne voulait pas que sa survie dépende une nouvelle fois de la bonne volonté d’un homme puissant.

Un mois plus tard, les enquêteurs confirmèrent que plusieurs documents avaient été falsifiés ou utilisés sans autorisation dans le cadre des opérations financières examinées. La situation de Céline faisait l’objet d’une procédure judiciaire, et d’autres personnes étaient entendues pour établir les responsabilités exactes. Les soupçons concernant l’empoisonnement présumé étaient également examinés à partir des analyses médicales, des images de surveillance et des déclarations recueillies.

Rien ne fut réglé en un jour. Il y eut des expertises, des auditions et des vérifications longues. Mais les éléments accumulés permettaient désormais de comprendre que Thomas n’avait pas seulement été victime d’un malaise inexpliqué : des actes potentiellement criminels avaient été préparés autour de lui, de ses comptes et de documents professionnels anciens.