Luc ne répondit pas aux cris d’Emma. Il posa le micro sur le pupitre, prit sa mère par le bras et demanda au responsable du domaine d’appeler les secours.
— Personne ne touche aux documents qui se trouvent dans la suite nuptiale, annonça-t-il. Et personne ne quitte les lieux avant que mon avocate ait pu récupérer les pièces que je lui ai signalées.
Marc Roux éclata de rire.
— Tu te prends pour qui ? Tu crois qu’un costume bien coupé et quelques logiciels vont nous faire peur ?
Luc le regarda calmement.
— Non. Je crois que tu as confondu ma discrétion avec de la faiblesse.
Puis il se tourna vers les invités.
— Je vous présente mes excuses pour cette interruption. Ma mère vient d’être blessée et des documents financiers soulèvent de graves questions. Je ne poursuivrai pas cette cérémonie tant que je n’aurai pas compris ce qui s’est passé.
Emma se précipita vers lui.
— Luc, arrête ! Tu es en train de détruire notre vie pour un malentendu !
— Alors explique-moi pourquoi une procuration porte ma signature alors que je ne l’ai jamais signée.
Son visage se figea.
Ce bref silence fut plus révélateur que ses cris.
Marc intervint immédiatement.
— Nous réglerons cette histoire en privé. Tu es bouleversé, ta mère a besoin de soins et tout le monde nous regarde.
— Justement. Tout le monde va voir que je ne signerai plus rien sans vérification.
Il quitta l’orangerie avec Anne, tandis que les invités commençaient à se disperser. Derrière eux, Emma répétait que Luc finirait par revenir. Paul, lui, téléphonait déjà à plusieurs personnes.
Mais, dans la voiture qui les conduisait aux urgences, Luc reçut un second message de son avocate.
« Ne contacte personne chez Roux BTP. J’ai besoin que tu me confirmes les dates des cessions et que tu conserves tous les documents originaux. La situation est plus sérieuse que prévu. »
Luc relut le message.
— Maman, qu’as-tu découvert exactement ?
Anne avait reçu des soins pour son poignet et une contusion à la hanche. Malgré la douleur, elle gardait son calme.
— Il y a quatre mois, Emma m’a demandé de l’aider à classer des documents que Marc voulait faire transférer dans un coffre. J’ai vu ton nom sur plusieurs actes. Au début, j’ai pensé qu’il s’agissait d’une erreur. Puis j’ai remarqué une signature qui ressemblait à la tienne, mais dont les lettres n’étaient pas formées comme tu les écris.
— Pourquoi ne m’as-tu rien dit directement ?
— Je l’ai essayé. Chaque fois que je voulais te parler, Emma trouvait un moyen de rester avec nous. Et lorsque je lui ai demandé des explications, elle m’a accusée de vouloir contrôler ton mariage.
Anne détourna les yeux.
— J’aurais dû insister davantage.
Luc lui prit doucement la main.
— Tu as essayé de me prévenir. C’est moi qui aurais dû écouter plus tôt.
Il savait qu’il avait parfois préféré éviter les conflits. Emma lui disait qu’il était trop méfiant, que sa mère s’immisçait dans leur couple et qu’un mariage exigeait des concessions. À force de vouloir préserver la paix, il avait laissé des questions importantes sans réponse.
Cette fois, il ne ferait plus cette erreur.
Les douze millions qui n’auraient jamais dû disparaître
Le lendemain matin, Luc retrouva Me Léa Roy dans son cabinet parisien. Sur la table, elle avait disposé plusieurs actes, des relevés de mouvements de titres et des copies de documents transmis par un cabinet juridique chargé de certaines opérations de Roux BTP.
— Je vais te résumer ce que nous avons pu vérifier, dit-elle. Ensuite, nous distinguerons les faits établis des éléments qui nécessitent encore des investigations.
Elle lui montra le premier acte.
Quatre mois plus tôt, une partie des titres détenus par Luc dans une société d’investissement avait été transférée à une structure contrôlée par un intermédiaire financier travaillant régulièrement avec le groupe Roux.
Valeur estimée de l’opération : douze millions d’euros.
Luc fronça les sourcils.
— Je n’ai jamais autorisé ce transfert.
— Nous avons comparé la signature figurant sur l’acte avec plusieurs documents authentiques. Il existe des différences importantes. Cela ne suffit pas, à lui seul, à conclure à un faux, mais c’est suffisamment sérieux pour justifier une expertise.
Léa lui montra ensuite un second document.
Il s’agissait d’une procuration censée permettre à Emma de gérer certaines opérations patrimoniales en son nom. La date correspondait à une période durant laquelle Luc se trouvait à Singapour pour une réunion professionnelle.
— Tu étais à l’étranger, poursuivit-elle. Nous avons les billets, les réservations et les relevés de tes déplacements. Nous allons demander les originaux et faire vérifier les circonstances de la signature.
— Et le mariage ?