— Le mariage n’a pas eu lieu. Emma ne peut donc pas se prévaloir de la qualité d’épouse pour réclamer des droits matrimoniaux. Mais cela ne règle pas toutes les questions liées aux titres transférés, aux contrats commerciaux ou à d’éventuels engagements préexistants.
Luc hocha la tête.
— Je veux récupérer ce qui m’appartient. Et je veux savoir qui a fait quoi.
— C’est la bonne approche. Nous allons protéger tes droits sans accuser publiquement qui que ce soit avant d’avoir les éléments nécessaires.
Léa ouvrit enfin un dossier contenant les comptes de Roux BTP.
Depuis plusieurs mois, l’entreprise connaissait des tensions de trésorerie. Plusieurs chantiers avaient pris du retard, des sous-traitants attendaient des paiements et certains crédits arrivaient à échéance. Nex, la société de Luc, avait fourni des services logiciels, des garanties contractuelles et des facilités de financement qui avaient contribué à maintenir certaines opérations.
Mais des factures avaient été émises pour des prestations dont la réalité devait être vérifiée. Des paiements avaient été dirigés vers des sociétés intermédiaires, tandis que des documents internes présentaient certaines opérations comme des dépenses de conseil.
— Tu soupçonnais déjà ces mouvements ? demanda Léa.
— Depuis six mois. J’ai d’abord pensé à une mauvaise gestion. Puis j’ai constaté que des accès avaient été utilisés sans autorisation claire et que plusieurs opérations ne correspondaient pas aux contrats signés.
— As-tu conservé les journaux informatiques et les versions originales des contrats ?
— Oui. Les accès sont enregistrés et les documents sont archivés.
Léa referma le dossier.
— Alors nous avons une base de travail. Mais il faudra établir si les anomalies sont dues à des erreurs, à des décisions contestables ou à des actes intentionnels. Et surtout, il faudra éviter toute modification des archives.
Luc acquiesça.
Les Roux avaient cru qu’il n’était qu’un gestionnaire discret, incapable de leur résister. Ils n’avaient pas compris que son entreprise constituait l’un des piliers opérationnels de leur activité.
Mais il ne comptait pas utiliser cette position pour punir des salariés qui n’avaient rien à voir avec les décisions de leurs dirigeants.
Emma découvre ce qu’elle a réellement perdu
Trois jours après la cérémonie interrompue, Emma se présenta au siège de Nex.
Elle portait un manteau beige, des lunettes sombres et une expression épuisée. À l’accueil, elle demanda à voir Luc en affirmant qu’il s’agissait d’une urgence personnelle.
Il accepta de la recevoir, mais en présence de son avocate.
Emma entra dans la salle de réunion et s’arrêta en voyant Léa assise à côté de lui.
— Tu ne peux même plus me parler seule ?
— Je peux te parler. Je veux simplement que notre conversation soit claire et que chacun puisse en rendre compte fidèlement.
Elle posa son sac sur la table.
— Mon père est furieux. Les banques nous interrogent déjà sur les contrats de Nex. Tu dois leur dire que tout cela est un malentendu.
— Pourquoi ?
— Parce que nous allions nous marier. Tu sais que nous avons toujours travaillé ensemble.
Luc la fixa.
— Nous avons signé des contrats commerciaux. Je ne t’ai jamais autorisée à transférer mes titres.
— Je n’ai rien transféré !
Léa ouvrit une chemise.
— Voici une copie de l’acte concerné. Nous souhaitons savoir comment votre nom et celui de monsieur Luc y sont apparus.
Emma ne regarda pas le document.
— Je ne suis pas juriste. Mon père s’occupait de tout.
— Alors tu pourras expliquer aux enquêteurs ce que tu sais et ce que tu ignores, répondit Luc.
Elle s’approcha de lui.
— Tu vas vraiment faire ça ? Pour une histoire de signature ? Tu vas jeter trois ans de relation à la poubelle ?
— Ce n’est pas moi qui ai fait tomber ma mère devant deux cents personnes. Ce n’est pas moi qui ai exigé qu’elle se taise. Et ce n’est pas moi qui ai présenté une procuration que je conteste avoir signée.
Emma pâlit.
— Ta mère m’a provoquée pendant des mois.
— Même si vous aviez eu un désaccord, cela ne justifierait pas de lui faire du mal.
Elle baissa la voix.
— Luc, je t’aime.
Il resta silencieux un instant. Il avait aimé cette femme, ou du moins la personne qu’il croyait connaître. Il se souvenait des voyages, des conversations tardives, des projets qu’ils avaient dessinés ensemble.
Mais l’amour ne pouvait pas transformer une signature contestée en document valable, ni effacer la violence dont sa mère avait été victime.
— Je ne vais pas décider de ce que tu ressens, Emma. Mais je ne te fais plus confiance. Et je ne poursuivrai pas notre relation.
Elle recula comme si elle venait de recevoir une gifle.
— Tu vas tout perdre.
— Peut-être. Mais je ne signerai plus rien par peur de te décevoir.