Elle quitta la salle sans dire au revoir.
Dans le couloir, son téléphone se mit à sonner. Son père l’appelait pour la quatrième fois.
Elle répondit.
— Il refuse de revenir sur sa décision.
La voix de Marc gronda à l’autre bout du fil.
— Alors il faut régler le problème des titres avant qu’il ne bloque les opérations.
Emma s’immobilisa.
— Papa, si les documents sont faux…
— Ne dis pas ce mot au téléphone.
Elle regarda autour d’elle.
Pour la première fois, elle se demanda si son père l’avait laissée participer à une opération dont il lui avait caché une partie essentielle. Elle avait voulu épouser Luc, mais elle avait aussi cru que ce mariage permettrait de sécuriser les intérêts financiers de sa famille.
Elle commençait à comprendre que son père n’avait peut-être jamais considéré ce mariage comme une simple histoire d’amour.
La panique chez les Roux
Au siège de Roux BTP, Marc réunit ses principaux collaborateurs.
— Je veux savoir quels contrats dépendent encore de Nex, dit-il. Et je veux un état exact des garanties, des échéances et des paiements à venir.
Son directeur financier posa une pile de dossiers sur la table.
— Plusieurs opérations sont exposées. Si les garanties sont suspendues ou si certains contrats sont résiliés conformément à leurs clauses, nous aurons des difficultés à honorer nos échéances.
Paul, le frère d’Emma, frappa du poing sur la table.
— Il n’a pas le droit de nous faire ça !
— Il ne nous fait rien, répondit le directeur financier. Nous devons examiner les contrats et respecter nos obligations.
Marc se tourna vers lui.
— Vous travaillez pour cette entreprise. Vous trouverez une solution.
— Une solution financière, peut-être. Mais je ne peux pas faire disparaître des documents ni garantir que les banques accepteront de prolonger leurs crédits.
Le silence s’installa.
Depuis des années, Marc avait l’habitude de résoudre les problèmes par des négociations privées. Il connaissait des élus, des banquiers, des dirigeants et des responsables d’organisations professionnelles. Il pensait que tout pouvait se régler autour d’une table.
Cette fois, les questions portaient sur des actes écrits, des signatures contestées et des mouvements financiers traçables.
Le téléphone de Marc vibra.
Un message de son avocat lui demandait de préserver les documents liés aux transferts de titres et aux contrats concernés, et de ne prendre aucune mesure susceptible de modifier les archives.
Il relut le message deux fois.
La situation ne pouvait plus être traitée comme une querelle entre familles.
Le coup de théâtre au conseil d’administration
Deux semaines plus tard, une réunion extraordinaire fut organisée pour examiner les conséquences des anomalies découvertes. Les administrateurs de Nex, les représentants de plusieurs partenaires financiers et les conseils juridiques des sociétés concernées participèrent à la séance.
Luc s’assit au bout de la table. Il avait passé les derniers jours à revoir les contrats et à identifier les engagements qui pouvaient affecter les salariés et les fournisseurs.
Il ne demanda pas la fermeture des comptes de Roux BTP. Il ne menaça personne de ruiner l’entreprise. Il demanda simplement que les garanties et les financements soient réexaminés selon les clauses contractuelles, avec l’appui des professionnels compétents.
Marc arriva avec deux avocats.
— Je suppose que vous êtes satisfait, dit-il en s’asseyant. Vous avez interrompu votre mariage, humilié ma fille et placé mon entreprise sous pression.
Luc ne se laissa pas entraîner.
— Je n’ai pas interrompu mon mariage pour vous nuire. Je l’ai interrompu parce que je ne pouvais pas épouser quelqu’un qui avait blessé ma mère et parce que des documents soulevaient de graves questions.
— Vous n’avez aucune preuve que ma fille soit impliquée.
— C’est aux vérifications de l’établir. Je ne lui attribue pas une responsabilité qui n’a pas été démontrée.
L’avocate de Luc distribua ensuite un relevé des opérations contestées, accompagné des pièces disponibles et d’une chronologie des événements. Elle précisa que les documents avaient été transmis aux conseils compétents et que les originaux seraient préservés.
Un administrateur indépendant prit la parole.
— Nous ne pouvons pas traiter ces questions comme un simple conflit personnel. Nous devons déterminer si des actes ont été effectués sans autorisation, si les procédures de gouvernance ont été respectées et si les partenaires financiers ont reçu des informations exactes.
Marc tenta de protester, mais plusieurs membres du conseil demandèrent que les vérifications se poursuivent.
Pour la première fois, il ne pouvait plus imposer seul le rythme des discussions.
La réunion ne déboucha pas sur une condamnation ni sur un effondrement immédiat de Roux BTP. Elle déboucha sur des audits complémentaires, une révision des autorisations et la suspension de certaines opérations le temps que les risques soient évalués.
Ce fut suffisant pour provoquer une crise interne.