Sur les conseils de son avocate, elle déposa plainte et transmit les documents pertinents. Elle demanda également à la banque de préserver les journaux de connexion et les éléments relatifs aux signatures électroniques.
Elle ne chercha pas à enquêter seule, ni à fouiller les appareils de Julien. Elle avait appris, en une nuit, que les preuves devaient être obtenues et conservées correctement, sans prendre le risque de compromettre leur valeur.
Dans les jours suivants, elle apprit que la société Rives du Rhône Patrimoine avait été créée moins d’un an auparavant. Son capital était faible, mais elle avait déjà reçu des sommes importantes de plusieurs investisseurs.
Le projet immobilier présenté par Julien semblait prometteur sur le papier. Des terrains à acheter, des immeubles à rénover, des rendements élevés à court terme.
Pourtant, plusieurs factures n’avaient aucun justificatif clair. Et certains virements avaient été effectués vers des comptes qui ne figuraient pas dans les documents commerciaux remis aux investisseurs.
Maître Lambert resta prudente.
— Cela peut révéler une gestion irrégulière, une fraude ou d’autres faits. Nous ne pouvons pas conclure avant l’examen complet des flux. Mais votre dossier ne doit pas être traité comme une simple dispute conjugale.
Claire acquiesça.
Elle avait cessé de chercher une explication qui rendrait Julien moins coupable à ses yeux.
Elle voulait désormais des réponses vérifiables.
Deux semaines plus tard, Julien revint à l’appartement avec un bouquet de pivoines.
Claire ouvrit la porte sans le laisser entrer.
— Je veux qu’on parle, dit-il.
— Tout ce que tu as à me dire peut être transmis par écrit à mon avocate.
Il posa le bouquet sur le meuble du couloir.
— Tu ne peux pas sérieusement vouloir détruire neuf ans de mariage pour une erreur.
— Tu parles de quelle erreur ? L’adultère ? Les virements ? La signature falsifiée ? Le prêt sur l’appartement ? Ou la tentative de transfert de mon héritage ?
Julien regarda autour de lui, comme s’il cherchait une sortie.
— Je n’ai pas volé ton argent.
— Alors pourquoi as-tu essayé de le transférer ?
— C’était un placement. J’allais te rembourser.
— Avec quel argent ?
Il ouvrit la bouche, puis la referma.
Claire poursuivit :
— Tu as utilisé ma signature sur un dossier de prêt. Tu as engagé notre logement sans mon consentement. Tu as demandé à ma sœur d’accéder à mon compte. Et tu veux que je résume tout cela au mot « erreur ».
— Tu sais ce que j’ai risqué pour nous ? Mon entreprise traversait une période difficile. Il me fallait des liquidités pour sauver le projet.
— Tu aurais pu me demander de t’aider.
— Tu aurais refusé.
— Tu n’en sais rien.
Il baissa la voix.
— Si le projet s’effondre, je perds tout.
Pour la première fois, Claire entendit une peur authentique dans sa voix.
Mais cette peur ne lui inspira aucune envie de le sauver.
— Tu aurais dû y penser avant de risquer ce qui m’appartient.
Julien fit un pas vers elle.
— Je t’aime.
Claire sentit les mots lui faire mal, précisément parce qu’elle les avait tant attendus autrefois.
— Tu m’aimes peut-être à ta façon. Mais tu as choisi de me mentir, de me tromper et d’utiliser mon identité. L’amour ne transforme pas ces actes en gestes acceptables.
— Tu vas vraiment laisser la police s’en mêler ?
— Elle est déjà saisie.
Son visage se vida de toute couleur.
— Claire, tu ne comprends pas. Si les enquêteurs remontent jusqu’à Marc, ils vont découvrir que…
Il s’arrêta.
Claire ne bougea pas.
— Que quoi ?
— Rien.
— Tu viens de dire que les enquêteurs découvriraient quelque chose. Quoi, Julien ?
Il passa une main sur sa nuque.
— Je ne peux pas t’expliquer maintenant.
— Alors ne m’explique rien. Mon avocate communiquera avec la tienne.
Elle referma la porte.
Cette fois, elle ne pleura pas.
L’enquête prit plusieurs mois.
Les enquêteurs examinèrent les mouvements bancaires, les documents de prêt et les échanges fournis par Élodie. La banque suspendit définitivement la demande de crédit après que Claire eut contesté sa signature. Une expertise fut sollicitée pour comparer celle-ci à ses signatures authentiques.
Les premiers éléments montrèrent que certains documents avaient été préparés avant même que Julien ne prétende avoir besoin de son accord.
L’examen des échanges révéla également que Marc Delmas connaissait les difficultés financières du projet et avait encouragé Julien à obtenir rapidement des liquidités.
Cela ne suffisait pas à établir que tous deux avaient participé de la même manière aux faits suspectés. Les responsabilités de chacun devaient être examinées séparément.
Mais une autre découverte changea l’ampleur de l’affaire.
Une ancienne investisseuse, contactée dans le cadre des vérifications, expliqua qu’elle avait elle aussi versé de l’argent à Rives du Rhône Patrimoine après avoir reçu des documents présentant des rendements garantis. Elle avait ensuite appris que plusieurs informations financières étaient inexactes.