— Dites-lui que je suis désolé. J’ai perdu le contrôle. Je ne suis pas fier de ce qui s’est passé.
J’étais dans le couloir. Je l’entendais parfaitement.
— Et ma mère ? a demandé ma mère. Vous êtes désolé de l’avoir laissée par terre ?
Un silence.
— C’est compliqué.
— Non. C’est simple. Une femme a été blessée, et vous avez préféré protéger votre réputation.
Bastien a baissé la voix.
— Je veux juste récupérer quelques documents qui appartenaient à mon père. Élise n’a aucune raison de les garder.
Mon cœur s’est mis à battre plus vite.
Il ne savait pas que nous avions retrouvé le coffre.
Ou peut-être le savait-il déjà.
Je suis sortie dans l’entrée.
— Quels documents ?
Il a levé les yeux vers moi, visiblement surpris.
— Élise… Je savais que tu finirais par comprendre.
— Comprendre quoi ?
Il a passé une main sur son visage.
— Mon père a fait des erreurs. Des erreurs graves. Mais il y a des gens qui pourraient détruire toute notre famille si ces papiers circulaient.
— Toute votre famille, ou toi personnellement ?
Il n’a pas répondu.
— Le virement dont tu as bénéficié avant notre rencontre, ai-je poursuivi. À quoi correspondait-il ?
Son visage s’est vidé de sa couleur.
Ce simple silence m’a suffi pour comprendre qu’il savait exactement de quoi je parlais.
— Tu as fouillé dans mes affaires ?
— Ce sont les archives de mon père.
— Tu ne comprends pas ce que tu as entre les mains.
— Alors explique-moi.
Il s’est rapproché, puis s’est arrêté en voyant ma mère saisir son téléphone.
— Ce n’était pas censé se passer comme ça, a-t-il murmuré.
— Qu’est-ce qui n’était pas censé se passer comme ça ? Le mariage ? La gifle ? Ou le fait que ta mère ait fini à l’hôpital ?
Il a fermé les yeux.
— Au début, je devais seulement me rapprocher de toi. Mon père voulait savoir si ton père avait laissé des documents. Il m’avait dit que tu ne savais probablement rien.
Chaque mot tombait comme une pierre.
— Et ensuite ?
— Ensuite, je suis tombé amoureux de toi.
J’ai failli rire, mais aucun son n’est sorti.
— Tu crois vraiment que cette phrase peut réparer ce que tu as fait ?
— Ce que nous avons vécu était réel, Élise.
— Peut-être que mes sentiments l’étaient. Les tiens, je n’en sais plus rien.
Il a tenté de me prendre la main.
Je l’ai retirée.
— Donne-moi les documents. Je te promets que je ferai en sorte que tu ne sois pas mêlée à tout ça.
— Tu m’as déjà mêlée à tout ça. Tu m’as épousée pour atteindre ma famille.
Il a secoué la tête, les yeux humides.
— Mon père m’a manipulé lui aussi.
— Et quand tu m’as frappée, qui te manipulait ?
Il n’a rien trouvé à répondre.
Je lui ai alors indiqué la porte.
— Tu ne reviendras pas ici sans passer par mon avocate.
Avant de partir, il s’est retourné.
— Si tu transmets ces documents, tu vas détruire ma mère, mon père et moi.
Je l’ai regardé sans ciller.
— Non, Bastien. Ce sont vos actes qui vous ont conduits ici. Moi, je refuse simplement de continuer à les cacher.
L’enquête a commencé quelques jours plus tard.
Sur les conseils de notre avocate, nous avons remis les archives aux autorités compétentes et signalé les violences survenues pendant la réception. Plusieurs invités ont accepté de transmettre leurs vidéos. L’un d’eux avait filmé la gifle, un autre la chute de Nathalie, et un troisième avait enregistré une partie de la dispute concernant les enveloppes.
Les images ont permis de reconstituer une partie de la scène.
Mais les enveloppes n’étaient pas celles des cadeaux de mariage.
Elles contenaient des documents que Gérard avait voulu récupérer auprès de Nathalie. Certaines pièces semblaient liées à des transferts d’argent et à des contrats immobiliers.
L’enquête financière a ensuite révélé que Gérard avait utilisé plusieurs sociétés pour déplacer des sommes considérables et dissimuler l’origine de certains fonds. Les enquêteurs ont aussi examiné le rôle de Bastien, notamment le virement qu’il avait reçu avant notre rencontre et des messages échangés avec son père.
Bastien a reconnu avoir accepté de se rapprocher de moi pour retrouver les archives. Il a affirmé qu’il avait fini par éprouver des sentiments sincères et qu’il n’avait pas participé à toutes les opérations de son père.
Les enquêteurs devaient établir ce qui était vrai et ce qui relevait de sa stratégie de défense.
Quant à Gérard, il a d’abord tenté de présenter Nathalie comme une épouse instable, puis moi comme une jeune femme agressive qui aurait provoqué la dispute. Mais les vidéos, les témoignages et les éléments financiers ont rendu cette version de plus en plus difficile à soutenir.