Le mouvement était brutal. Le portail se referma sur l’avant-bras de Camille, qui s’effondrait immédiatement. Léa reculait, regardait sa sœur, puis se précipitait vers la maison.
Quelques secondes plus tard, Patrick ressortait.
Il ne se penchait pas immédiatement vers Camille. Il regardait d’abord le portail, puis sa fille, avant de désigner la rue et de parler à Léa.
Même sans le son, l’enregistrement contredisait clairement la version du coup de vent.
M. Delmas resta silencieux.
— Je vais conserver une copie, dit-il finalement. Et je ne vais pas la modifier.
Bernard acquiesça.
— Gardez l’original. Si Camille décide de signaler les faits, les images pourront être transmises aux autorités compétentes.
Mais l’enregistrement réservait une autre surprise.
Lorsque Patrick était sorti à 7 h 31, il avait touché le mécanisme du portail. Il avait ensuite tiré le battant à plusieurs reprises, comme pour vérifier sa résistance.
Il savait donc que le portail était dangereux.
Restait à comprendre ce qu’il avait dit à Léa.
Une vérité plus inquiétante que le vol
À l’hôpital, Bernard retrouva Camille dans une chambre où son bras était maintenu dans une attelle.
— Je suis désolé de ne pas être arrivé plus tôt, dit-il.
Camille secoua la tête.
— Vous n’y êtes pour rien.
— J’ai parlé à M. Delmas. Sa caméra a enregistré la scène.
Camille ferma les yeux. Elle aurait voulu ressentir du soulagement. À la place, elle éprouvait une peur nouvelle : maintenant qu’il existait une preuve, sa famille ne pourrait plus prétendre qu’elle avait imaginé ce qui s’était passé.
— Est-ce que vous allez la montrer à la police ? demanda-t-elle.
— C’est à toi de décider des démarches que tu souhaites entreprendre. Je peux t’accompagner pour demander conseil, et tu n’as pas à affronter ton père seule.
Camille regarda la bague argentée posée sur la table de nuit. Une infirmière l’avait récupérée dans son sac.
— Maman disait toujours que la musique ne servait à rien si on avait peur de faire entendre sa propre voix.
Bernard eut un sourire triste.
— Elle avait raison.
À cet instant, le téléphone de Camille vibra. Il s’agissait d’un message de Léa.
Je ne voulais pas que tu sois blessée comme ça. Tu m’as poussée à bout. Si tu racontes tout, papa ne me pardonnera jamais.
Camille relut le message.
Sa sœur ne lui demandait pas comment elle allait. Elle ne lui proposait pas de l’aider à se laver, à s’habiller ou à affronter la rééducation. Elle lui demandait encore de protéger Léa des conséquences de ses propres actes.
Camille répondit simplement :
Je n’ai pas refermé le portail sur mon bras. Je ne mentirai plus pour toi.
Puis elle posa le téléphone.
Bernard ne lui dit pas quoi faire. Il resta assis à côté d’elle jusqu’à ce qu’elle s’endorme.
Le père qui voulait tout contrôler
Le lendemain, Patrick arriva à l’hôpital avec un bouquet de fleurs acheté à la hâte.
— Tu as fait toute une histoire pour une bêtise, commença-t-il.
Camille détourna le regard.
— Tu as vu les images ?
Il s’arrêta.
Son visage changea légèrement, juste assez pour qu’elle comprenne qu’il savait de quoi elle parlait.
— Quelles images ?
— Celles de la caméra de M. Delmas.
Patrick posa les fleurs sur la table.
— Ce voisin n’a rien à faire dans nos affaires.
— Il a filmé ce qui s’est passé.
— Une vidéo sans son ne prouve rien.
— Elle montre Léa tirer le portail alors que j’avais le bras entre les battants.
Patrick serra la mâchoire.
— Ta sœur a paniqué. Elle n’a pas mesuré sa force.
— Alors pourquoi m’as-tu demandé de parler du vent ?
Il ne répondit pas immédiatement.
— Parce que je voulais éviter que tu détruises la vie de ta sœur pour une erreur.
Camille sentit une colère froide monter en elle.
— Et ma vie, papa ? Mon examen ? Mes économies ? Mon avenir ? Est-ce que tu y as pensé une seule seconde ?
— Tu pourras repasser ton examen.
— Peut-être. Mais je ne peux pas repasser cette matinée.
Patrick baissa la voix.
— Si tu portes plainte, ne compte plus sur moi. Je ne te donnerai pas un centime pour Paris. Tu ne seras plus ma fille.
Camille le regarda longuement.
Toute son enfance, elle avait cru que l’amour de son père était une maison dont il pouvait fermer la porte quand elle lui déplaisait. Elle avait travaillé pour ne pas dépendre de lui, économisé chaque pièce, accepté les injustices en se répétant qu’un jour elle serait assez indépendante pour partir.
Et maintenant, il lui présentait cet amour comme une récompense qu’elle devait gagner en se taisant.