— Tu t’appelles Léo ?

Il hocha faiblement la tête.

— Moi, c’est Alice. Maman m’a parlé de toi.

Léo ouvrit les bras.

— Tu peux me raconter ?

Elle s’assit près de lui et commença à lui parler de leur mère, de ses chansons, de sa manière de faire des gâteaux et de son rire quand elle ratait une recette.

Pour la première fois depuis des semaines, Léo ne demanda pas quand il allait mourir.

Il demanda à sa sœur de lui raconter encore une histoire.

Paul les regardait depuis le seuil, incapable de détourner les yeux.

Puis son téléphone vibra.

Un message de Luc.

J’ai retrouvé le docteur Vidal. Il a quitté son cabinet. Les enquêteurs doivent savoir qu’il a tenté de contacter quelqu’un ce matin.

Un second message suivit.

Paul, je dois te dire toute la vérité. Je n’ai pas seulement découvert les dossiers d’Emma. J’ai aidé à la cacher après l’incendie.

Paul se figea.

Il appela immédiatement son frère.

Luc décrocha, la voix brisée.

— Elle était vivante après l’accident, dit-il. Je l’ai trouvée avant les secours. Quelqu’un avait organisé son transfert dans une clinique privée. Je l’ai suivie, mais on m’a arrêté avant que je puisse la rejoindre.

— Tu m’as laissé croire qu’elle était morte.

— Je pensais qu’ils te tueraient aussi si tu cherchais. Et je croyais qu’Emma pourrait s’en sortir.

— Où est-elle, Luc ?

Un long silence.

— Je ne sais pas. Mais le docteur Vidal sait ce qui s’est passé après son arrivée à la clinique. Et je crois qu’il détient encore la dernière pièce du dossier.

Paul ferma les yeux.

Il avait passé deux ans à pleurer une femme dont le décès n’avait peut-être jamais été établi correctement. Il avait élevé leur fils en croyant qu’il était condamné. Il venait de découvrir une fille dont il ignorait l’existence.

Chaque vérité en révélait une autre.

Mais il ne foncerait plus seul dans les ténèbres.

Il transmit le message à son avocate, qui le communiqua aux enquêteurs. Il leur demanda de localiser le docteur Vidal et de vérifier les déclarations de Luc avant toute confrontation.

Puis il retourna auprès de ses enfants.

Alice s’était endormie sur un fauteuil, sa tête reposant contre le bord du lit de Léo. Le renard en peluche se trouvait entre eux.

Paul posa doucement une couverture sur sa fille.

Il ne savait pas encore si Emma était vivante. Il ne savait pas qui avait falsifié les dossiers, ni jusqu’où s’étendait le mensonge. Il ne savait pas si Léo pourrait se rétablir.

Mais il savait désormais une chose.

Il ne laisserait plus la peur décider à sa place.

Sur la table, la lettre d’Emma attendait toujours, avec un dernier paragraphe que Nina n’avait pas encore osé lui montrer.

Paul le déplia.

« Si tu as retrouvé Alice, alors tu as enfin compris que le danger ne venait pas seulement de nos ennemis. La personne qui a organisé tout cela connaît nos habitudes, nos secrets et les codes de notre maison.

Elle a accès à tout ce que tu crois protéger.

Et Paul, si tu veux retrouver la vérité sur ma disparition, commence par examiner les comptes de la Fondation Morel. C’est là que tout a commencé. »

Paul releva lentement la tête.

La Fondation Morel avait été créée par son père pour financer des soins aux enfants malades. Il en était devenu le président après la mort de celui-ci. Depuis des années, il signait les rapports annuels préparés par son directeur financier sans vérifier chaque ligne.

Il pensa au docteur Vidal. À la clinique Saint-Augustin. Aux transferts d’argent. Aux dossiers falsifiés.

Puis il regarda ses enfants endormis.

Quelqu’un avait peut-être utilisé une œuvre destinée à sauver des vies pour financer un système qui en mettait en danger.

Et cette fois, Paul ne signerait plus un seul document avant d’en connaître chaque détail.

La première porte venait de s’ouvrir. Mais derrière elle, une question demeurait : qui, au sein même de la Fondation Morel, avait décidé que la vie de ses propres enfants pouvait servir à protéger un secret ?