Il aurait pu lui promettre que tout irait bien. Il aurait pu lui offrir le mensonge rassurant qu’il avait servi à Lucas pendant des jours.

Mais il choisit la vérité.

— Je ne sais pas encore. Les médecins font tout ce qu’ils peuvent. Et maintenant, je vais m’assurer qu’ils comprennent ce qui lui arrive.

Inès hocha lentement la tête.

Puis elle ajouta :

— Alors il faut regarder la poche transparente.

Le professeur Morel se redressa.

— Quelle poche ?

— Celle qui était accrochée à son lit. Je l’ai vue quand je lui ai parlé. Elle avait une étiquette avec un nom qui n’était pas le sien.

Le silence envahit le bureau.

— Tu es certaine ? demanda le médecin.

— Je sais lire. Ma maman m’a appris à reconnaître les noms sur les produits de nettoyage pour que je ne touche jamais aux mauvaises bouteilles.

Morel échangea un regard avec Antoine.

— Nous allons vérifier.

À cet instant, la visite d’Inès cessa d’être une histoire de prière.

Elle venait de signaler une anomalie potentiellement médicale.

2. L’étiquette oubliée

Le professeur Morel retourna immédiatement dans le service.

Il demanda que soient conservés les relevés de perfusion, les feuilles d’administration des médicaments, les numéros de lots et les transmissions des dernières journées.

Il ne s’agissait pas d’accuser quelqu’un. Il fallait reconstituer exactement ce que Lucas avait reçu, à quelles heures et dans quelles conditions.

Antoine suivit le médecin jusqu’à la chambre.

Lucas dormait de nouveau.

Près de son lit, une infirmière vérifiait les paramètres du moniteur. La poche dont Inès avait parlé n’était plus là, mais une autre perfusion était en cours.

— Qui s’est occupé de sa dernière préparation ? demanda Morel.

L’infirmière consulta le dossier.

— L’équipe de nuit. Mais le protocole a été vérifié par deux personnes.

— Je ne remets pas en cause votre travail. Je veux retrouver la trace de chaque produit administré.

Pendant deux heures, les équipes examinèrent les données disponibles.

Au départ, rien ne semblait anormal. Les doses inscrites dans le dossier correspondaient aux prescriptions. Les contrôles habituels avaient été effectués. Aucun événement indésirable n’avait été officiellement signalé.

Puis une pharmacienne hospitalière remarqua une incohérence.

Une solution administrée à Lucas pendant plusieurs jours provenait d’un lot qui avait fait l’objet d’une alerte interne concernant une erreur d’étiquetage survenue lors de sa préparation.

L’alerte n’indiquait pas nécessairement que le produit avait été mal préparé. Elle imposait toutefois une vérification.

Le numéro du lot figurant dans les documents de Lucas correspondait à celui mentionné dans l’alerte.

Morel pâlit.

— Pourquoi cette alerte n’a-t-elle pas été rapprochée de son dossier ?

La pharmacienne consulta les horodatages.

— Elle a été reçue par le service de pharmacie, mais le rapprochement automatique avec les administrations en cours ne s’est pas déclenché. Le lot avait été enregistré sous une référence différente dans notre logiciel.

Antoine sentit sa colère revenir.

— Vous êtes en train de me dire qu’on a administré quelque chose à mon fils sans savoir exactement ce que c’était ?

— Non, répondit fermement Morel. Je vous dis que nous avons découvert une incohérence de traçabilité qui doit être examinée immédiatement. Nous ne savons pas encore si elle a eu un effet clinique sur Lucas.

La pharmacienne prit une profonde inspiration.

— Nous devons suspendre l’utilisation des produits concernés jusqu’à vérification, examiner les préparations et avertir la direction qualité.

C’est ce qu’ils firent.

D’autres dossiers furent contrôlés. Plusieurs préparations présentaient des anomalies documentaires, mais les premières vérifications ne permettaient pas de conclure qu’elles avaient toutes été incorrectes.

Pour Lucas, en revanche, un détail préoccupait particulièrement l’équipe : l’évolution de ses symptômes était compatible avec plusieurs causes possibles, dont une réaction à un produit administré. Cette possibilité n’avait pas encore été établie, mais elle ne pouvait plus être ignorée.

Le professeur Morel ordonna des examens complémentaires et une réévaluation complète du traitement.

Quelques heures plus tard, les résultats arrivèrent.

Les marqueurs inflammatoires continuaient de diminuer. Certains paramètres organiques se stabilisaient. Ces améliorations étaient encourageantes, mais ne suffisaient pas à garantir une guérison.

Morel rejoignit Antoine dans le couloir.

— Nous avons peut-être identifié un élément qui a contribué à son aggravation. Il nous reste à le confirmer. Nous avons adapté sa prise en charge et demandé une analyse indépendante des produits concernés.

Antoine s’appuya contre le mur.

— Vous m’aviez dit qu’il lui restait cinq jours.

Le médecin ne détourna pas les yeux.

— C’était une estimation de son risque à ce moment-là, pas une date certaine. Son état était extrêmement grave. Je ne veux pas vous donner aujourd’hui une assurance que nous ne pouvons pas tenir.

— Est-ce que mon fils va vivre ?

— Nous avons de meilleures raisons d’espérer qu’hier. Mais il reste en réanimation, et nous allons continuer à le surveiller de très près.