La vérité que les caméras n’auraient jamais dû révéler

Claire aurait voulu répondre à la question de Sophie. Elle aurait voulu se lever, lui demander ce qu’elle avait réellement versé dans son verre, pourquoi elle la détestait à ce point et depuis quand cette hostilité avait commencé.

Mais son corps ne lui obéissait plus tout à fait.

Julien la rattrapa avant qu’elle ne s’effondre.

— Appelez les secours ! Maintenant !

Cette fois, personne ne protesta. Monique, qui quelques minutes plus tôt voulait éviter un scandale, resta immobile, le visage livide, tandis que Julien installait Claire sur un canapé et lui tenait la main.

— Regarde-moi, mon amour. Reste avec moi.

Claire essaya de sourire, sans y parvenir.

— Je t’avais dit… que quelque chose n’allait pas avec elle.

Julien baissa les yeux.

Ces quelques mots lui firent plus mal que toutes les accusations de Sophie.

Parce que Claire avait essayé de lui parler pendant trois ans. Trois années durant lesquelles il avait pris sa défense, minimisé ses remarques et expliqué à son épouse qu’elle interprétait mal les intentions d’une femme qu’il connaissait depuis l’enfance.

Et maintenant, Claire était incapable de se tenir debout après avoir bu dans un verre que Sophie avait manipulé.

Les secours arrivèrent rapidement. Le personnel leur remit la coupe conservée à l’écart ainsi que les premiers éléments des enregistrements. Claire fut transportée à l’hôpital pour des examens.

Avant de monter dans l’ambulance, elle agrippa la manche de Julien.

— Ne la laisse pas transformer ça en une autre histoire où c’est moi la méchante.

Il lui embrassa le front.

— Je ne le ferai plus.

Pour la première fois depuis leur mariage, il ne lui demanda pas de faire preuve de patience.

Il lui promit de découvrir la vérité.

À l’hôpital, les médecins prirent en charge Claire et effectuèrent les examens nécessaires pour déterminer ce qu’elle avait ingéré. Elle resta sous surveillance plusieurs heures.

Julien ne quitta pas la salle d’attente.

Vers minuit, son téléphone vibra. Sa mère l’appelait pour la quatrième fois.

Il décrocha enfin.

— Julien, il faut que nous parlions de ce qui s’est passé. Sophie est bouleversée. Elle reconnaît qu’elle a fait une erreur, mais tu sais comment elle est…

— Non, maman. Je ne sais plus comment elle est. Et c’est précisément le problème.

Un silence.

— Elle a toujours été un peu excessive, reprit Monique. Mais elle ne voulait certainement pas faire de mal à Claire.

— Alors pourquoi a-t-elle attendu que Claire s’éloigne pour toucher à son verre ?

Monique ne répondit pas immédiatement.

— Tu ne vas tout de même pas détruire vingt-cinq ans d’amitié pour une bêtise !

Julien ferma les yeux.

— Ma femme a été emmenée aux urgences. Si, pour toi, c’est une bêtise, je ne sais plus quoi te dire.

Il raccrocha.

Quelques minutes plus tard, un message arriva de Thomas, son cousin et associé.

Ne prends aucune décision avant de m’avoir parlé. Sophie n’a pas agi seule.

Julien relut la phrase trois fois.

Puis il rappela Thomas.

— Qu’est-ce que tu veux dire ?

— Pas au téléphone.

— Thomas, ma femme est à l’hôpital. Tu vas me dire ce que tu sais, maintenant.

Au bout du fil, son cousin poussa un long soupir.

— Demande au responsable de la maison de te montrer les enregistrements des trois dernières semaines. Pas seulement ceux de ce soir.

— Pourquoi ?

— Parce que Sophie préparait quelque chose depuis longtemps. Et parce que je crois que Claire n’était pas la seule personne qu’elle voulait faire tomber.

Thomas raccrocha avant que Julien puisse poser une autre question.

Le lendemain matin, Claire était consciente et son état s’était stabilisé. Les médecins lui expliquèrent qu’ils poursuivraient les analyses et lui recommandèrent de rester sous surveillance le temps nécessaire.

Julien s’assit près de son lit.

— Il faut que je te raconte quelque chose.

Claire le regarda longuement.

— Est-ce que tu vas encore m’expliquer qu’elle ne voulait pas me faire de mal ?

Il encaissa la question sans protester.

— Non.

Il lui raconta le message de Thomas, puis lui expliqua qu’il voulait retourner à la maison louée pour consulter les images des semaines précédentes.

Claire détourna le regard vers la fenêtre.

— Tu sais ce qui me fait le plus peur ?

— Quoi ?

— Ce n’est pas seulement ce qu’elle a fait. C’est le nombre de fois où j’ai essayé de te dire que je ne me sentais pas en sécurité avec elle, et où tu m’as répondu que j’étais jalouse.

Julien baissa la tête.

— Je sais.

— Non. Tu commences seulement à comprendre.

Elle n’éleva pas la voix. Elle n’en avait pas besoin.

— Je ne veux plus être obligée de prouver que j’ai le droit d’être respectée dans mon propre mariage.