Seulement sa réputation.

Je répondis :

« Je ne suis pas responsable de la façon dont tu te ridiculises toi-même. »

Puis j’éteignis mon téléphone.

Je rentrai dans notre appartement, retirai mes chaussures et m’assis devant mon ordinateur.

Il était temps d’arrêter de réagir comme une épouse blessée et de commencer à agir comme la dirigeante que j’étais.

J’ouvris les statuts de Delcourt Solutions, les accords entre associés et les documents relatifs à notre dernier financement.

Je connaissais ces dossiers presque par cœur. Pourtant, je les relus un à un.

Et ce que je découvris me glaça davantage que les messages du groupe familial.

Trois semaines plus tôt, Julien m’avait demandé de signer une série de documents administratifs. Il m’avait expliqué que notre banque souhaitait actualiser certaines informations avant le versement de la nouvelle tranche de financement.

Je lui avais fait confiance.

J’avais signé électroniquement plusieurs pages après avoir vérifié les éléments principaux, sans examiner chaque annexe.

Or, parmi les documents archivés dans notre espace juridique, je trouvai une version d’un accord que je ne reconnaissais pas.

Il prévoyait une réorganisation de la gouvernance de l’entreprise. Certaines responsabilités exécutives devaient être transférées à Julien, tandis que mes pouvoirs de signature seraient limités.

Plus inquiétant encore, une annexe faisait référence à une opération future de transfert de parts, soumise à des conditions que je n’avais jamais approuvées.

Je ne pouvais pas encore déterminer si cette version avait été signée, si elle était juridiquement applicable ou si elle n’était qu’un projet préparatoire.

Mais une chose était certaine : quelqu’un préparait une modification importante de ma position dans l’entreprise sans m’en expliquer les conséquences.

J’appelai immédiatement Maître Sophie Lambert, notre avocate indépendante, qui m’avait accompagnée lors de la création de la société.

Il était presque vingt-deux heures.

Elle décrocha après la deuxième sonnerie.

— Camille ? Tout va bien ?

— J’ai besoin que tu examines des documents. Et j’ai besoin que tu me dises si quelqu’un peut modifier la gouvernance de Delcourt Solutions sans mon consentement explicite.

Sa voix changea immédiatement.

— Envoie-moi tout ce que tu as. Ne signe plus rien pour le moment et ne supprime aucun message. Je vais vérifier les versions, les dates et les signatures.

Je lui transférai les fichiers.

Puis je pris une décision que j’aurais dû prendre depuis longtemps.

Je cessai de protéger Julien des conséquences de ses propres choix.

Le lendemain matin, je me rendis au siège de Delcourt Solutions à huit heures.

Nos bureaux occupaient deux étages d’un immeuble moderne, dans un quartier d’affaires de Lyon. Lorsque j’étais arrivée pour la première fois dans ces locaux, nous n’étions que quatre employés. Aujourd’hui, plus de soixante personnes travaillaient pour l’entreprise.

Je connaissais leurs prénoms, leurs projets et les difficultés qu’ils rencontraient. Je savais qui avait besoin d’une formation supplémentaire, qui s’occupait de son enfant malade et qui avait passé trois mois à corriger un problème technique que personne d’autre ne parvenait à résoudre.

C’était aussi pour eux que je m’étais battue.

Je convoquai une réunion avec notre directrice financière, notre responsable des opérations et le directeur technique.

— Je veux une photographie exacte de notre situation, annonçai-je. Les contrats en cours, les engagements financiers, les accès aux comptes, les délégations de signature et tous les documents relatifs à la gouvernance. Je veux également que nous conservions une copie des échanges professionnels pertinents, dans le respect des règles applicables.

La directrice financière, Nadia, me regarda avec inquiétude.

— Il y a un problème avec le financement Montclair ?

— Je ne sais pas encore. Mais je veux être certaine que tout est en ordre avant que nous allions plus loin.

Elle hésita, puis ouvrit son ordinateur.

— Camille, il y a quelque chose que je dois te montrer.

Elle fit apparaître un tableau de suivi.

Depuis plusieurs semaines, Julien avait demandé que certaines factures de conseil soient réglées par la société. Les montants n’étaient pas énormes individuellement, mais ils représentaient plusieurs dizaines de milliers d’euros au total.

Les prestations étaient décrites de manière vague : « accompagnement stratégique », « conseil en gouvernance », « préparation de partenariats ».

Le prestataire s’appelait Deltacore Conseil.

Je ne connaissais pas cette société.

— Qui l’a recommandée ?

— Julien. Il disait qu’elle travaillait avec sa famille depuis longtemps.

Je demandai les contrats correspondants.

Plusieurs factures avaient été payées, mais les rapports de mission étaient incomplets. Certaines prestations semblaient se chevaucher avec le travail de notre propre équipe juridique.

— Avez-vous vérifié l’identité des bénéficiaires effectifs de cette société ?

— Pas encore. Nous n’avions aucune raison de penser qu’il y avait un conflit d’intérêts.

Je gardai mon calme.

— Très bien. Ne faisons aucune accusation prématurée. Transmettez les documents à notre avocate et suspendez uniquement les paiements qui peuvent légalement l’être, après validation juridique. Nous allons établir les faits.