Le secret que Brigitte voulait arracher à ma famille

Mathieu tenait toujours le petit enregistreur entre ses doigts. Brigitte, elle, s’était assise sans qu’on le lui demande. Pour la première fois depuis que je la connaissais, elle semblait avoir perdu le contrôle de son visage.

— Tu vas vraiment me faire un procès pour un petit appareil ? lança-t-elle finalement. Je suis ta mère, Mathieu !

Il posa l’enregistreur sur la table.

— Ce n’est pas la question. Pourquoi l’as-tu caché dans la valise de ma femme ?

— Je voulais simplement comprendre ce qui se passait dans cette famille !

— Quelle famille ? La nôtre ou celle d’Élodie ?

Brigitte détourna les yeux.

Je m’assis lentement. J’avais l’impression que les six années de notre mariage venaient de se réorganiser dans ma tête, comme si chaque souvenir prenait soudain une signification différente.

Je repensai à la fois où elle m’avait demandé si mon père avait terminé de rembourser son prêt immobilier. À celle où elle avait insisté pour connaître le métier exact de mon frère. Et surtout à ce dimanche où elle m’avait interrogée pendant près d’une heure sur la parcelle derrière la maison familiale.

À l’époque, j’avais cru qu’elle cherchait simplement à faire la conversation.

Je me tournai vers Mathieu.

— Tu m’as dit qu’elle était endettée. Depuis quand ?

Il inspira profondément.

— Depuis presque deux ans. Elle avait investi dans une petite entreprise avec une connaissance. L’affaire a échoué. Elle a ensuite emprunté de l’argent pour essayer de récupérer ce qu’elle avait perdu.

— Combien ?

Il hésita.

— Environ quatre-vingt mille euros, d’après les documents que j’ai trouvés.

Je portai une main à ma bouche.

Quatre-vingt mille euros.

Brigitte avait toujours donné l’impression de vivre confortablement. Elle portait des vêtements élégants, achetait régulièrement des objets pour l’appartement et parlait de ses économies comme si elles étaient inépuisables.

— Pourquoi ne nous as-tu rien dit ? demandai-je.

— Parce que maman me faisait promettre de ne pas en parler. Elle disait qu’elle allait régler ses problèmes.

Brigitte se redressa aussitôt.

— Tu n’avais pas à fouiller dans mes papiers !

— Et toi, tu avais le droit de fouiller dans la valise de ma femme ?

Elle ouvrit la bouche, puis se tut.

Je compris alors que Mathieu avait lui aussi vécu dans une forme de silence. Il avait voulu protéger sa mère, comme j’avais voulu préserver la paix dans notre couple. Et pendant que nous trouvions chacun des excuses à son comportement, Brigitte avait franchi des limites de plus en plus graves.

Mais une question me hantait.

— Qu’as-tu fait des enregistrements ?

Brigitte fixa la fenêtre.

Ce silence fut sa réponse.

Les conversations de mes parents n’étaient plus privées

Mathieu prit l’appareil et examina son boîtier. Il ne savait pas comment y accéder, et nous ignorions s’il contenait plusieurs heures de conversations ou seulement quelques minutes.

— On ne va pas écouter ça à l’aveugle, dit-il. Il faut d’abord comprendre ce qu’elle en a fait.

Je me tournai vers Brigitte.

— Avez-vous enregistré mes parents chez eux ?

— Je n’ai jamais mis les pieds chez tes parents avec cet appareil !

— Je ne vous ai pas demandé si vous étiez entrée chez eux. Je vous demande si vous avez enregistré leurs conversations.

Elle se leva brusquement.

— Vous êtes en train de me traiter comme une criminelle !

— Nous venons de trouver un enregistreur dissimulé dans ma valise, répondis-je. Vous pouvez comprendre que je ne vais pas faire comme si de rien n’était.

Elle attrapa son sac.

— Je ne resterai pas ici pour me faire humilier.

Mathieu se plaça devant la porte, sans la toucher.

— Personne ne t’empêche de sortir. Mais avant de partir, tu vas répondre à une question : as-tu transmis des informations sur la maison des parents d’Élodie à quelqu’un ?

Brigitte serra les lèvres.

Puis elle murmura :

— Je n’ai transmis aucune information confidentielle.

La formulation était si précise que j’en eus froid dans le dos.

Mathieu l’avait remarqué lui aussi.

— Ce n’est pas ce que je t’ai demandé.

— Je n’ai rien fait de mal !

— Alors réponds simplement.

Brigitte le regarda avec une colère presque enfantine.

— Tu ne comprends pas ce que c’est que d’avoir peur de tout perdre !

— Je comprends que tu sois en difficulté. Je ne comprends pas pourquoi tu as choisi de t’en prendre à Élodie et à ses parents.

Elle finit par lâcher :

— J’ai parlé à quelqu’un qui travaille dans l’immobilier. C’est tout.

Je sentis mes jambes se dérober légèrement.

— Quelqu’un qui travaille dans l’immobilier ?