— Un homme qui m’a expliqué que certains terrains du quartier pouvaient intéresser des promoteurs. Il m’a demandé si je connaissais des propriétaires susceptibles de vendre.
— Et vous lui avez parlé de mes parents ?
Elle baissa la tête.
Je n’avais plus besoin qu’elle réponde.
L’homme qui connaissait déjà l’adresse
Le lendemain matin, j’appelai mon père.
Je voulais lui expliquer la situation sans l’alarmer inutilement. Mais dès que je lui parlai d’un promoteur, il resta silencieux quelques secondes.
— Élodie, dit-il enfin, il y a quelque chose que je ne t’ai pas raconté.
Je me redressai sur ma chaise.
— Quoi ?
— Il y a environ un mois, un homme est venu sonner chez nous. Il disait représenter une société qui étudiait plusieurs terrains du quartier. Il connaissait notre nom, notre adresse et la superficie approximative de la parcelle.
Mon cœur se mit à battre plus vite.
— Qu’est-ce qu’il voulait ?
— Il nous a proposé de prendre rendez-vous pour discuter d’une éventuelle vente. Ton père a refusé. L’homme a insisté en disant qu’une opération immobilière pourrait nous rapporter davantage que nous ne l’imaginions.
— Vous lui avez donné des documents ?
— Non. Mais il semblait déjà connaître beaucoup de choses.
Je fermai les yeux.
Brigitte avait donc fourni au moins certaines informations. Peut-être n’avait-elle pas réussi à obtenir les documents qu’elle espérait, mais elle avait suffisamment parlé pour attirer l’attention d’un intermédiaire.
— Papa, ne signez rien et ne transmettez aucun document à qui que ce soit sans vérifier son identité. Je vais vous expliquer tout le reste quand je viendrai.
— Est-ce que c’est lié à Brigitte ?
Je ne répondis pas immédiatement.
— Oui, papa. Je crois que oui.
Il poussa un long soupir.
— Ta mère va être bouleversée.
— Je sais. Je suis désolée.
— Tu n’as pas à t’excuser pour ce que tu n’as pas fait, ma fille.
Ces mots me firent monter les larmes aux yeux.
Depuis des semaines, j’avais l’impression de devoir justifier chaque geste envers mes parents. Un cadeau, un achat, une visite. Je n’avais jamais imaginé que cette surveillance puisse avoir un objectif aussi précis.
La dette n’était que le début
Mathieu passa une grande partie de la journée à rassembler les documents concernant les dettes de sa mère. Il ne voulait plus se contenter de ses explications.
Le soir, il découvrit une série de courriels imprimés dans une chemise rangée au fond d’un tiroir. Ils provenaient d’une personne appelée Laurent Vignal, qui se présentait comme consultant en opérations foncières.
Dans l’un des messages, Laurent évoquait plusieurs terrains de Saint-Priest, dont celui de mes parents.
Dans un autre, il écrivait que les propriétaires âgés étaient parfois plus disposés à envisager une vente lorsqu’ils connaissaient les avantages financiers d’une opération de regroupement parcellaire.
Mais c’est une troisième page qui nous glaça.
Brigitte avait répondu :
« Ma belle-fille va régulièrement chez ses parents. Je pourrai bientôt confirmer si son frère possède des droits sur la parcelle et si la maison est susceptible d’être vendue à moyen terme. Je vous recontacterai lorsque j’aurai davantage d’informations. »
Mathieu relut le message deux fois.
— Elle voulait savoir si ton frère aurait des droits sur la maison, murmura-t-il.
Je secouai la tête.
— Mon frère ne possède rien sur cette parcelle aujourd’hui. Mais mes parents ont toujours dit qu’ils souhaitaient organiser leur succession de façon équitable entre nous.
Je compris alors ce que Brigitte espérait découvrir : non seulement si mes parents vendraient, mais aussi qui pourrait s’opposer à une vente, qui aurait son mot à dire et si un éventuel héritage rendrait l’opération plus compliquée.
Elle ne possédait aucun droit sur cette maison. Elle ne pouvait pas décider à la place de mes parents. Mais elle avait cherché à obtenir des informations qui lui permettraient peut-être d’aider un intermédiaire à les convaincre.
— Pourquoi ferait-elle ça ? demandai-je. Même si mes parents vendaient, cet argent ne lui appartiendrait pas.
Mathieu avait le visage fermé.
— Laurent lui a promis une commission si elle lui permettait d’entrer en contact avec des propriétaires intéressés. Elle pensait pouvoir utiliser cet argent pour rembourser une partie de ses dettes.
Je restai muette.
Sa situation financière expliquait son désespoir. Elle n’excusait ni l’enregistreur ni les intrusions dans notre vie.
Et il restait une question essentielle : avait-elle enregistré des conversations pour obtenir les renseignements qu’elle n’arrivait pas à me soutirer directement ?
La vérité que Brigitte ne pouvait plus cacher
Le lendemain, Mathieu demanda à sa mère de venir s’asseoir dans le salon.
Il avait posé les courriels sur la table, à côté de l’enregistreur.
Brigitte les aperçut et perdit immédiatement ses couleurs.
— Où avez-vous trouvé ça ?
— Dans tes affaires, répondit Mathieu. Tu vas nous expliquer ce que tu as fait.