Elle tenta de saisir les feuilles, mais il les retint.

— Maman, ne touche pas aux documents. Nous voulons simplement la vérité.

Brigitte s’effondra dans le fauteuil.

Pendant plusieurs minutes, elle ne parla pas. Puis elle avoua qu’elle avait rencontré Laurent après avoir publié une annonce pour vendre quelques meubles. L’homme lui avait expliqué qu’il travaillait avec des investisseurs qui cherchaient des terrains dans le secteur.

Il avait rapidement compris qu’elle avait besoin d’argent.

Il lui avait proposé une rémunération pour l’aider à repérer des propriétaires susceptibles de vendre et pour recueillir des renseignements sur leurs projets.

Au début, Brigitte avait accepté de lui donner quelques indications générales. Puis, lorsqu’il avait commencé à poser des questions précises sur mes parents, elle avait compris qu’il lui faudrait davantage d’informations.

— Il m’a dit que les conversations familiales pouvaient m’aider à comprendre leurs intentions, murmura-t-elle. Il m’a suggéré de trouver un moyen de connaître leurs projets.

Je la regardai, stupéfaite.

— Et vous avez caché cet appareil dans ma valise.

Elle acquiesça, les yeux baissés.

— Je pensais que tu parlerais de la maison avec eux. Je voulais savoir s’ils envisageaient de vendre, s’ils avaient besoin d’argent et ce qu’ils comptaient faire du terrain.

— Vous avez utilisé ma visite chez mes parents pour essayer de recueillir des informations privées !

— Je n’ai pas tout écouté, protesta-t-elle. Je n’ai même pas eu le temps de vérifier ce que l’appareil avait enregistré.

— Mais vous aviez l’intention de le faire.

Elle se mit à pleurer.

— J’étais désespérée. Les créanciers m’appelaient tous les jours. J’avais peur que vous découvriez tout et que Mathieu me rejette.

Mathieu pâlit.

— Alors tu as choisi de trahir sa femme pour cacher tes propres problèmes ?

Brigitte se couvrit le visage.

— Je voulais seulement trouver une solution.

— Une solution qui reposait sur le fait de surveiller des gens qui ne t’avaient rien fait, répondit-il. Et qui n’avaient jamais promis de t’aider financièrement.

Elle ne trouva rien à répondre.

Je me levai.

— Je peux comprendre que vous ayez eu peur. Je peux comprendre que vous ayez fait de mauvais choix financiers. Mais vous n’aviez pas le droit de m’utiliser, ni d’essayer d’obtenir des informations sur mes parents à leur insu.

Brigitte leva vers moi un visage bouleversé.

— Élodie, je t’en prie. Ne détruis pas ma relation avec mon fils pour cette histoire.

Mathieu se leva à son tour.

— C’est toi qui as mis notre relation en danger. Élodie n’a rien à voir avec ça.

Puis il ajouta, d’une voix calme :

— Tu ne peux plus vivre chez nous dans ces conditions. Nous allons t’aider à trouver une solution pour ton logement, mais tu ne resteras pas ici tant que tu ne respecteras pas nos limites.

Brigitte le fixa comme si elle ne le reconnaissait plus.

— Tu me mets dehors ?

— Je te demande d’assumer les conséquences de tes actes. Je ne te laisse pas sans solution, mais je ne permettrai plus que tu contrôles notre vie.

Cette fois, elle ne protesta pas.

Mes parents ont refusé de céder à la peur

Quelques jours plus tard, Mathieu m’accompagna à Saint-Priest.

Nous avions prévenu mes parents de ce qui s’était passé. Mon père nous attendait dans le salon, tandis que ma mère avait préparé du café comme elle le faisait chaque fois que je venais.

Je m’assis près d’elle.

— Je suis désolée que vous ayez été mêlés à tout ça.

Elle me prit la main.

— Ce n’est pas toi qui as fait ça, Élodie.

Mon père sortit une enveloppe contenant les coordonnées de la société de Laurent. Il avait conservé la carte que l’homme lui avait laissée lors de sa visite.

Mathieu proposa de l’aider à vérifier l’identité de l’intermédiaire et à transmettre les éléments pertinents aux professionnels compétents. Mes parents décidèrent également de demander conseil à un notaire au sujet de leur propriété et de leur succession.

Ils ne voulaient pas vendre leur maison.

Ils ne voulaient pas davantage que des inconnus s’immiscent dans leurs décisions.

— Cette parcelle, dit mon père, ce n’est pas seulement une valeur immobilière. C’est le jardin dans lequel vous avez grandi, l’endroit où votre mère a planté ses rosiers, celui où nous avons fêté vos anniversaires. Si nous décidons un jour de vendre, ce sera parce que nous l’aurons choisi, pas parce que quelqu’un aura essayé de nous y pousser.

Mathieu posa une main sur mon épaule.

— Vous avez raison.