Je compris alors que mes carnets, mes factures et mes vieux messages n’étaient pas seulement la preuve de mon travail. Ils pouvaient aussi établir où je me trouvais et ce que je faisais lorsque certains documents avaient été préparés.
Anton apparut dans l’encadrement de la porte.
— Donne-moi cette lettre.
Je repliai les feuilles.
— Non.
Il eut un rire incrédule.
— Tu es ma femme !
— Et toi, tu es mon mari. Cela ne te donne pas le droit de signer à ma place.
Il regarda la boîte en métal posée sur le lit, puis l’enveloppe brune.
Son expression changea.
— Marina, écoute-moi. Il y a des choses que tu ne comprends pas.
— Alors explique-les-moi.
Il ouvrit la bouche, mais aucun mot ne sortit.
Dans le salon, sa mère murmura quelque chose à Vika. Je n’entendis pas les mots, seulement le ton inquiet de leurs voix.
Anton finit par dire :
— J’ai eu des difficultés avec l’entreprise. J’avais besoin de liquidités. Je voulais éviter que la banque nous pose des questions.
— Et tu as utilisé mon nom ?
— Je n’ai rien volé !
— Je ne t’ai pas demandé si tu avais volé. Je t’ai demandé si tu avais utilisé mon nom sans mon autorisation.
Il détourna le regard.
Cette fois, je n’avais plus besoin de sa réponse.
Le jour où j’ai cessé de tout réparer
Le lendemain matin, Sonia s’endormit contre moi après sa tétée. Je la déposai dans son lit, vérifiai qu’elle était confortablement installée, puis m’assis à la table de la cuisine avec mes dossiers.
J’appelai une avocate, Maître Elena Morozova, dont le nom figurait sur la liste de professionnels recommandés par une association d’aide juridique.
Je lui expliquai la situation sans exagérer les faits. Je lui montrai la lettre de la banque, les documents contestés et les relevés de mes commandes.
Elle m’écouta attentivement.
— Nous allons traiter deux questions séparément, Marina, dit-elle. D’abord, vos droits concernant le prêt et les documents contestés. Ensuite, votre situation familiale et les conditions dans lesquelles vous pouvez assurer la sécurité et les besoins de votre fille.
Elle me demanda si j’avais accès à mes propres comptes, si Anton contrôlait mes revenus et si je disposais d’un endroit où aller en cas de besoin.
Je lui répondis que j’avais conservé mon compte personnel, mais qu’Anton me demandait régulièrement de transférer une partie de mes gains vers son compte. J’avais accepté pendant des mois, persuadée que nous construisions notre vie ensemble.
Je lui parlai également de Vika, de la manière dont elle avait insisté pour garder Sonia malgré mes refus, et des disputes qui s’étaient multipliées depuis la naissance de notre fille.
L’avocate ne me dit pas de partir sur-le-champ ni de pardonner à mon mari. Elle m’aida à distinguer ce qui était urgent de ce qui devait être vérifié.
— Conservez les originaux, ne modifiez pas les messages et ne signez rien sous pression. Pour le logement, nous allons examiner les actes d’acquisition, le prêt et les contributions de chacun. Il ne faut pas conclure que l’appartement appartient entièrement à l’un ou à l’autre avant d’avoir étudié les documents.
Je sortis mes carnets.
J’avais noté les dépenses liées à l’appartement depuis le premier versement : mon apport initial, les transferts mensuels, les factures d’électricité et les achats nécessaires à la maison. J’avais même conservé les confirmations de paiement de mes commandes.
L’avocate les examina.
— Ces éléments seront utiles. Ils ne suffisent pas, à eux seuls, à déterminer tous vos droits, mais ils permettent de reconstituer les mouvements d’argent.
En quittant son cabinet, je me sentis moins perdue.
Pour la première fois depuis longtemps, je n’essayais plus de convaincre Anton de reconnaître ma contribution. Je cherchais à établir les faits.
La sœur qui voulait mon bébé
Vika revint le soir même.
Elle entra dans le salon sans enlever son manteau et posa son sac sur une chaise.
— Maman m’a dit que tu avais appelé un avocat.
Je continuai de préparer le biberon de secours que je gardais pour les déplacements.
— Oui.
— Tu vas vraiment faire toute une affaire pour un formulaire ?
Je me retournai.
— Ce formulaire contient une signature qui n’est pas la mienne.
— Anton a voulu arranger les choses !
— Alors il aurait dû m’en parler.
Vika leva les yeux au ciel.
— Tu ne comprends pas ce que c’est que d’avoir une famille. Tout doit toujours être à ta manière. Même pour Sonia, tu refuses de nous faire confiance.
Je posai le biberon sur le plan de travail.
— La dernière fois que tu l’as gardée, je suis rentrée et elle avait faim, ses vêtements étaient mouillés et tu ne savais pas quand elle avait bu pour la dernière fois.
— Les bébés pleurent !