— Je ne te reproche pas qu’elle ait pleuré. Je te reproche de ne pas avoir suivi ce que je t’avais expliqué et de ne pas m’avoir prévenue lorsque tu avais besoin d’aide.
Vika croisa les bras.
— J’ai élevé trois enfants.
— Je le sais. Mais Sonia est ma fille. Tant que je ne serai pas rassurée sur les conditions de sa garde, je ne te la confierai pas.
Son visage se durcit.
— Tu vas donc me punir parce que tu es jalouse de ma relation avec mon frère ?
Je la regardai sans comprendre.
Puis quelque chose me revint en mémoire : les petites remarques qu’elle faisait chaque fois que je prenais Sonia dans mes bras, ses conseils non sollicités, ses insistances pour que je reprenne le travail à plein temps et ses plaisanteries sur le fait que je serais bientôt « remplacée » par une vraie professionnelle.
Elle ne voulait pas simplement m’aider.
Elle voulait décider.
— Ce n’est pas une punition, Vika. C’est une limite.
— Tu ne peux pas m’empêcher de voir ma nièce !
— Je ne t’empêche pas de la voir. Je refuse que tu la gardes lorsque je ne suis pas là, pour le moment.
Elle saisit son sac.
— Tu regretteras d’avoir monté tout le monde contre toi.
— Je n’ai monté personne contre toi. Je t’ai dit non.
Elle sortit en claquant la porte.
Sonia remua dans son lit. Je m’approchai d’elle et posai doucement ma main sur son ventre, au-dessus de son pyjama.
Elle ouvrit les yeux, me regarda et émit un petit son.
Je lui souris.
— Je suis là, mon cœur.
Je ne savais pas encore comment ma vie allait changer. Mais je savais une chose : je ne laisserais plus personne utiliser mon amour pour ma fille comme un moyen de me contrôler.
Le document qui a tout changé
Deux semaines plus tard, Maître Morozova reçut les premières réponses de la banque.
La demande de modification avait été déposée avec plusieurs pièces jointes. L’une d’elles était une copie d’un document d’identité que j’avais transmis à Anton plusieurs mois auparavant, lorsqu’il m’avait demandé de mettre à jour notre dossier immobilier.
À l’époque, il m’avait expliqué que la banque avait besoin d’informations pour son suivi annuel.
Je lui avais envoyé les documents par courrier électronique.
Je n’avais jamais autorisé leur utilisation pour transférer des droits ou modifier mes obligations.
La banque confirma qu’elle n’avait pas validé la modification contestée. Elle avait suspendu le traitement dès que j’avais signalé que la signature ne venait pas de moi.
Maître Morozova demanda alors une copie complète du dossier et recommanda une vérification indépendante des signatures et des conditions de transmission.
Parallèlement, elle étudia les actes de propriété de l’appartement.
Les documents montraient qu’Anton et moi avions tous les deux contribué à son acquisition, mais selon des modalités différentes. Mon apport initial provenait en partie d’une épargne personnelle accumulée avant notre mariage. Les remboursements avaient ensuite été effectués à partir de plusieurs comptes.
Il faudrait examiner le régime matrimonial applicable et l’ensemble des pièces pour déterminer précisément les droits de chacun.
— Vous n’avez pas à quitter votre logement simplement parce que votre mari vous l’ordonne, m’expliqua-t-elle. Mais nous devons préparer la suite avec prudence, surtout compte tenu de la situation financière.
Je lui demandai ce qui arriverait si Anton refusait de coopérer.
— Nous suivrons les voies légales. Et nous veillerons à ce que vos droits et ceux de votre fille soient pris en compte.
Lorsque je rentrai, Anton m’attendait à la table de la cuisine.
Il avait étalé plusieurs relevés bancaires devant lui.
— Tu as appelé la banque, dit-il.
— Oui.
— Tu sais ce que tu es en train de faire ?
— Je vérifie des documents qui portent mon nom.
Il se leva.
— Tu vas faire bloquer mes comptes, ruiner mon entreprise et nous mettre tous dans une situation impossible !
— Je n’ai demandé à personne de bloquer tes comptes. J’ai signalé que je n’avais pas signé un document.
— Tu aurais pu venir me parler avant !
Je le regardai longtemps.
— Je t’ai posé la question devant la banque. Tu m’as dit que je ne comprenais rien. Je t’ai demandé des explications à la maison. Tu m’as demandé de te donner la lettre. À quel moment aurais-je dû te parler ?
Il détourna les yeux.
Je compris que nous ne parlions pas seulement d’argent. Nous parlions de ces années durant lesquelles chaque désaccord devenait ma faute, chaque demande de respect une attaque contre lui, chaque refus une preuve que je n’étais pas une bonne épouse.
Je n’avais plus la force de vivre ainsi.
— Anton, je veux que tu dormes ailleurs pendant que nous réglons cette situation.
Il me fixa, stupéfait.