Elle commençait à comprendre qu’il était aussi devenu, pour Julien, une permission de continuer.
La découverte dans le bureau
Trois jours après le déplacement de l’urne, Julien tenta de reprendre contact.
Il envoya des fleurs au domicile de Camille, alors qu’elle s’était installée temporairement chez Thomas.
Puis il lui écrivit :
« Je sais que tu es blessée. Je vais arranger les choses. Fais-moi confiance. »
Camille ne répondit pas.
Le soir même, elle retourna à la maison pour récupérer quelques affaires. Julien était absent. Dans le bureau, elle aperçut une chemise cartonnée posée sur le bureau, à côté de plusieurs factures.
Elle n’avait pas l’intention de fouiller dans ses affaires.
Mais son propre nom figurait sur la première page.
Il s’agissait d’un dossier relatif à la concession funéraire.
À l’intérieur, elle trouva une copie de l’autorisation de déplacement, un échange de courriels avec le cimetière et un document portant sa signature.
Ou plutôt, une signature qui prétendait être la sienne.
Camille sentit ses mains devenir glacées.
Elle n’avait jamais signé ce document.
Elle photographia chaque page, remit les feuilles dans l’ordre et appela Claire.
— Je viens de trouver quelque chose.
— Quoi exactement ?
— Un document avec ma signature. Sauf que je ne l’ai jamais signé.
L’avocate lui demanda de ne rien modifier et de conserver les documents dans leur état actuel.
— Nous devons faire vérifier son origine. Ne l’accusez pas publiquement et ne cherchez pas à le confronter seule avant que nous ayons compris ce que nous avons devant nous.
Camille raccrocha.
Elle aurait voulu croire qu’il s’agissait d’une erreur administrative, d’un formulaire mal rempli ou d’une signature reproduite sans intention frauduleuse.
Mais, en tournant la page suivante, elle découvrit un courriel de Julien adressé au responsable du cimetière.
Le message disait :
« Ma femme est d’accord sur le principe. Elle est simplement trop émotionnelle pour s’occuper de ces démarches. Vous pouvez avancer avec moi. »
Camille relut la phrase.
Elle est simplement trop émotionnelle.
Il n’avait pas seulement décidé à sa place.
Il avait présenté son silence comme un consentement et ses émotions comme une incapacité.
Elle s’assit au bord du fauteuil.
Pour la première fois, elle ne se demanda pas comment sauver son mariage.
Elle se demanda depuis combien de temps elle devait se défendre contre l’homme avec lequel elle partageait sa vie.
La vérité de Sophie
Le lendemain, Sophie demanda à rencontrer Camille.
Elle lui envoya un message assez long, expliquant qu’elle ne voulait pas provoquer de conflit, mais qu’elle souhaitait lui parler en personne.
Camille accepta, à condition que Claire soit présente.
Elles se retrouvèrent dans un café calme, à quelques rues du cabinet de l’avocate.
Sophie arriva avec les yeux rougis. Elle paraissait épuisée.
— Je suis désolée, commença-t-elle.
Camille ne répondit pas.
— Je sais que tu m’en veux.
— Ce n’est pas à moi de deviner ce que tu sais, Sophie. Dis-moi ce qui s’est passé.
Sophie serra ses mains autour de sa tasse.
— Quand ma mère est morte, j’ai complètement perdu pied. Je voulais un endroit où me recueillir. Julien m’a dit qu’il pouvait m’aider.
— Comment ?
— Il m’a parlé de votre concession. Il m’a dit que tu ne venais presque plus et que tu avais envisagé de changer d’emplacement.
Camille sentit sa colère se raviver.
— Je n’ai jamais dit ça.
— Je le sais maintenant.
— Quand l’as-tu appris ?
Sophie baissa les yeux.
— Le jour où tu es venue au cimetière.
Camille se redressa.
— Tu savais donc que ma mère avait été déplacée sans mon accord ?
— Je ne savais pas que tu n’étais pas au courant. Julien m’avait assuré que vous en aviez parlé.
Claire intervint calmement :
— Sophie, avez-vous vu un document signé par Camille ou avez-vous simplement cru ce que Julien vous disait ?
— Je n’ai jamais vu sa signature. Je lui ai fait confiance.
Camille eut un rire bref, sans joie.
— C’est exactement ce que j’ai fait pendant huit ans.
Sophie essuya ses joues.
— Je ne te demande pas de me pardonner. Mais je veux que tu saches une chose : je n’ai jamais voulu prendre la place de ta mère.
— Pourtant, tu as accepté qu’on la lui retire.
Sophie resta silencieuse.
Camille poursuivit, sans hausser la voix :
— Tu as perdu ta mère. Je sais que cette douleur est immense. Mais tu n’avais pas le droit de te recueillir sur la place de la mienne en faisant comme si mes sentiments n’existaient pas.
— Tu as raison.
Cette réponse surprit Camille.
Sophie inspira péniblement.