Camille regarda les montagnes au loin.
— Je ne sais pas.
— Tu l’aimes encore ?
Elle réfléchit.
— Oui, je crois. Mais je commence à comprendre qu’aimer quelqu’un et accepter tout ce qu’il fait sont deux choses différentes.
Thomas acquiesça.
— Maman aurait été fière de toi.
Camille sourit tristement.
Elle se rappela les paroles de Madeleine, répétées chaque fois qu’elle traversait une période difficile :
Ma chérie, être gentille ne signifie pas laisser les autres décider de ce que tu dois supporter.
Pendant des années, Camille avait cru que cette phrase signifiait qu’il fallait être forte et tout encaisser.
Aujourd’hui, elle en comprenait enfin le sens.
La gentillesse n’était pas une obligation de se taire.
Le pardon n’était pas une dette.
Et l’amour ne devait pas exiger qu’elle disparaisse pour que quelqu’un d’autre se sente important.
Elle déposa une dernière fleur sur la pierre.
— Je suis là, maman, murmura-t-elle. Et cette fois, je vais aussi être là pour moi.
Le vent fit frémir les pétales blancs.
Camille se releva et prit le bras de son frère.
Elle ne savait pas encore si son mariage survivrait à cette épreuve. Elle savait seulement qu’elle ne pourrait plus revenir à la vie d’avant, celle où chaque blessure était suivie d’une excuse et chaque excuse d’un nouveau sacrifice.
Et, pour la première fois depuis longtemps, cette incertitude ne lui faisait pas peur.
Parce qu’on peut aider les autres sans trahir ceux qu’on aime. Et on peut aimer profondément quelqu’un sans lui abandonner le droit de décider de notre vie.