J’ai hésité avant de répondre.

— Bonjour, monsieur Bennett.

— Bonjour, Claire. J’espère que je ne vous dérange pas.

— Non. Que puis-je faire pour vous ?

Il a marqué une pause.

— Je voulais m’assurer que vous aviez reçu toutes les informations concernant le départ de Nathan.

J’ai fermé les yeux.

— J’ai appris la mission pendant votre dîner.

— Je le sais. Et je dois vous présenter mes excuses. J’étais persuadé que Nathan vous avait informée. Lorsqu’il m’a invité chez lui, je pensais que nous allions simplement célébrer son affectation.

— Pourquoi avez-vous eu l’air si surpris lorsque j’ai découvert la nouvelle ?

— Parce que j’ai compris, à votre réaction, que Nathan ne vous en avait jamais parlé.

J’ai serré le téléphone un peu plus fort.

— Et concernant Susan ?

Le silence qui a suivi m’a immédiatement alertée.

— Monsieur Bennett ?

— Je vais être prudent dans mes propos, Claire, parce que je ne souhaite pas vous donner des informations inexactes. Mais il existe un point professionnel que vous devriez connaître.

Mon cœur s’est mis à battre plus vite.

— Lequel ?

— La mission de Seattle a été proposée à Nathan il y a plusieurs semaines. Il n’était pas le seul candidat. Deux autres employés possédaient les compétences nécessaires. Nathan a accepté l’affectation avant la confirmation définitive de Susan.

J’ai froncé les sourcils.

— Vous voulez dire qu’il savait qu’il pouvait partir seul ?

— Oui. L’affectation de Susan a été finalisée plus tard, après que Nathan a insisté pour qu’elle rejoigne le projet.

Je n’ai rien dit.

Il a poursuivi :

— Je ne sais pas ce qui se passe dans votre vie privée, et je ne veux pas m’immiscer dans votre mariage. Mais Nathan m’a présenté cette collaboration comme une nécessité opérationnelle. Or, à la lumière de certains échanges professionnels, je me demande si la situation est aussi simple qu’il l’affirme.

— Quels échanges ?

M. Bennett a hésité.

— Je ne peux pas vous transmettre de correspondance professionnelle confidentielle. En revanche, je peux vous dire que j’ai demandé à Nathan de justifier par écrit la nécessité de cette affectation. Je ne veux pas que les décisions de l’entreprise soient prises sur la base de préférences personnelles.

J’ai senti un frisson me parcourir.

— Merci de m’avoir appelée.

— Claire, je suis désolé que vous vous retrouviez dans cette situation. Je vous conseille de ne pas tirer de conclusions avant d’avoir parlé à votre mari, mais vous avez le droit d’obtenir une explication honnête.

Après avoir raccroché, je suis restée longtemps immobile.

Nathan m’avait affirmé qu’il n’avait pas choisi sa partenaire.

Son patron venait de me dire exactement le contraire.

Je n’avais toujours aucune preuve d’une liaison. Mais je n’avais plus aucune raison d’accepter aveuglément les explications de mon mari.

Le soir même, Nathan s’est présenté chez Émilie.

Il avait apporté des fleurs et un sac contenant mes affaires oubliées à la maison.

Ma sœur nous a laissés seuls dans le salon, tout en me lançant un regard qui signifiait clairement qu’elle n’était pas loin.

Nathan s’est assis en face de moi.

— Je veux que tu rentres à la maison.

— Moi aussi, j’aimerais que notre maison redevienne un endroit où je me sens en sécurité. Mais nous n’en sommes pas là.

Il a baissé les yeux vers les fleurs.

— Je ne pensais pas que tu le prendrais aussi mal.

Cette fois, je n’ai pas pu retenir ma réponse.

— Tu vois ? C’est encore la même chose. Tu parles de ma réaction, jamais de ce que tu as fait.

Il a serré les mâchoires.

— Qu’est-ce que tu veux savoir exactement ?

— Pourquoi as-tu insisté pour que Susan parte avec toi ?

Il a levé brusquement la tête.

— Qui t’a dit cela ?

— Ce n’est pas la question.

Il a compris qu’il ne pourrait pas éviter de répondre.

— Elle connaît bien le dossier. Nous avons travaillé ensemble sur plusieurs contrats. Je pensais qu’elle serait la meilleure personne pour m’aider.

— Tu as dit à ton patron que sa présence était indispensable ?

— J’ai défendu sa candidature.

— Et tu ne m’en as jamais parlé.

— Je ne pensais pas que cela te concernerait.

J’ai eu l’impression qu’il venait de me gifler.

— Ta décision de partir plusieurs mois ne me concernerait pas ? Le choix de la personne avec qui tu vas travailler quotidiennement à des milliers de kilomètres ne me concernerait pas ? Nathan, je ne te demande pas de me soumettre chaque décision professionnelle. Je te demande de comprendre que notre vie de couple est concernée lorsqu’une décision professionnelle change radicalement notre quotidien.

Il a frotté ses paumes contre ses genoux.

— Je savais que tu réagirais comme ça.

— Comme quoi ?