« Je ne peux pas continuer à avancer l’argent sans garantie. Tu m’avais assuré qu’Élise signerait. Si elle découvre que les fonds ont déjà été utilisés, je serai aussi exposée que toi. »
Mathieu avait répondu :
« Elle ne découvrira rien. Je m’occupe de la signature. »
Je dus m’asseoir.
Les éléments ne prouvaient pas à eux seuls qu’un délit avait été commis. Mais ils suffisaient à me convaincre d’une chose : je ne devais signer absolument aucun document avant d’avoir obtenu des explications indépendantes.
Je rangeai les feuilles exactement comme je les avais trouvées.
Puis j’appelai ma sœur, Sophie.
Elle décrocha à la troisième sonnerie.
— Élise ? Il est cinq heures et demie. Qu’est-ce qui se passe ?
— J’ai besoin que tu m’écoutes sans m’interrompre. Et surtout, que tu ne contactes pas Mathieu.
Je lui racontai tout : l’arrivée de Camille, le canapé, l’appel nocturne et les documents.
À la fin, Sophie ne répondit pas immédiatement.
— Tu es seule dans l’appartement ?
— Oui.
— Alors écoute-moi bien. Tu ne signes rien. Tu ne confrontes personne sans avoir sécurisé tes documents. Et tu viens chez moi aujourd’hui.
— Je ne veux pas prendre de décision précipitée.
— Tu n’as pas besoin de décider aujourd’hui si tu veux divorcer. Tu dois simplement te protéger aujourd’hui.
Elle avait raison.
À sept heures, je pris mon sac, mon ordinateur, mes papiers personnels et les copies de mes documents importants. Je photographiai également les relevés de mon compte personnel et sauvegardai les preuves dans un espace numérique auquel Mathieu n’avait pas accès.
Avant de partir, j’écrivis un message à mon mari :
« Je vais passer quelques jours chez Sophie. Je ne signerai aucun document concernant l’appartement avant d’avoir compris précisément de quoi il s’agit. Nous parlerons quand tu seras prêt à me dire toute la vérité. »
Je ne lui parlai ni de l’appel ni des photographies.
Puis je quittai notre appartement.
Le retour de Mathieu
À neuf heures vingt, mon téléphone sonna.
Mathieu.
Je laissai passer deux appels avant de décrocher.
— Où es-tu ? demanda-t-il.
Pas de bonjour. Pas de question sur ma nuit.
— Chez ma sœur.
— Tu es partie sans même me prévenir ?
— Je t’ai envoyé un message.
— Élise, tu exagères complètement. Camille était malade. Tu as transformé une situation banale en catastrophe familiale.
— Nous parlerons de Camille plus tard. Je veux comprendre pourquoi tu préparais une procuration concernant notre appartement.
Il se tut.
Ce silence fut plus révélateur que toutes ses explications précédentes.
— Tu as fouillé dans mes affaires ?
— J’ai consulté des documents qui concernent aussi mon appartement.
— Tu ne comprends pas ce que tu as vu.
— Alors explique-moi.
Il soupira, comme si j’étais en train de lui faire perdre un temps précieux.
— C’est un montage financier. Je voulais développer une activité en parallèle. Il y a eu des difficultés de trésorerie, mais je comptais tout régulariser.
— Avec une procuration qui m’aurait permis de garantir tes opérations avec notre bien immobilier ?
— C’est temporaire.
— Camille a-t-elle avancé de l’argent ?
Nouveau silence.
— Ce sont des affaires professionnelles, Élise.
— Et pourquoi lui as-tu promis que je signerais ?
Il se mit à parler plus vite.
— Elle a mal interprété mes propos. Tu sais comment elle est. Elle est stressée, elle s’attache trop aux gens et elle mélange tout.
Je repensai à sa voix, pendant l’appel : « Tu m’avais dit qu’Élise dormirait ailleurs. »
Je n’avais pas besoin de savoir exactement quelle nature avait leur relation pour comprendre qu’il me mentait.
— Mathieu, je te pose une dernière question. As-tu signé ou transmis un document en mon nom sans mon autorisation ?
— Bien sûr que non !
Sa réponse était immédiate, presque trop rapide.
— Très bien. Tu n’auras donc aucun problème à me transmettre tous les documents relatifs à ce projet, ainsi que les échanges avec la banque et le notaire.
— Tu n’as pas à m’imposer un interrogatoire !
— Et toi, tu n’as pas le droit de décider seul du sort de notre patrimoine commun.
Il raccrocha.
Quelques secondes plus tard, je reçus un message.
« Tu es en train de détruire notre mariage pour un malentendu. Si tu impliques des avocats, ne viens pas te plaindre des conséquences. »
Je relus la phrase deux fois.
Ce n’était pas une déclaration d’amour. C’était une tentative de pression.
Je fis une capture d’écran et l’envoyai à Sophie.
Puis je pris rendez-vous avec une avocate spécialisée en droit de la famille et en droit immobilier.
La vérité derrière le malaise
Trois jours plus tard, Camille m’écrivit depuis un numéro inconnu.