« Je sais que vous me détestez. Je ne vous demande pas de me pardonner, mais il faut que vous sachiez ce qui se passe réellement. »

Je ne répondis pas tout de suite.

Elle ajouta :

« Mathieu m’a dit que vous étiez déjà séparés financièrement, que l’appartement était presque entièrement à lui et que vous aviez accepté de l’aider à obtenir un prêt. Je lui ai avancé 28 000 euros pour son projet. Il m’a promis de me rembourser après le financement. »

Puis vint un dernier message.

« Le soir où je suis venue chez vous, je n’avais pas fait de malaise pendant un dîner avec des clients. J’avais découvert que les remboursements qu’il m’avait promis n’existaient pas. Nous nous sommes disputés dans sa voiture et je suis tombée en sortant. Je me suis blessée au sourcil. Il m’a demandé de venir chez vous parce qu’il disait que vous étiez d’accord pour m’héberger. Je n’ai compris qu’en arrivant qu’il vous avait menti. »

Je relus les messages, partagée entre la colère et un étrange sentiment de soulagement.

Camille avait participé à cette histoire. Elle avait accepté de l’argent, cru aux promesses de Mathieu et contribué, volontairement ou non, à un mensonge qui m’avait humiliée chez moi.

Mais elle avait aussi été trompée sur certains éléments.

Je lui demandai si elle accepterait de transmettre les preuves de ses virements et les échanges avec Mathieu à mon avocate.

Elle accepta.

Nous ne sommes pas devenues amies. Il n’y eut ni embrassade ni pardon immédiat. Nous étions deux femmes qui avaient des raisons différentes de se méfier du même homme. Pour la première fois, cependant, nous avions intérêt à faire établir les faits plutôt qu’à nous laisser opposer l’une à l’autre.

Ce que les documents ont révélé

Avec mon avocate, je fis vérifier les informations relatives au financement. Nous contactâmes également la banque concernée par les opérations, sans passer par Mathieu.

La banque confirma qu’une demande de financement avait été préparée, mais que la procuration n’avait pas été validée et qu’aucune garantie immobilière n’avait été enregistrée à mon nom dans le cadre de ce dossier.

C’était une bonne nouvelle : notre appartement n’avait pas été hypothéqué par cette opération.

En revanche, les échanges et les virements soulevaient de sérieuses questions sur l’utilisation des fonds et les engagements pris par Mathieu. Mon avocate me conseilla de conserver les originaux, de ne plus lui remettre de documents personnels et de faire examiner les éléments par les professionnels compétents. Si des signatures ou des déclarations avaient été falsifiées, il faudrait le signaler aux autorités.

Je suivis ses conseils.

Je fis également sécuriser mes comptes personnels, modifier mes accès bancaires et vérifier mes informations de crédit auprès des organismes concernés. Je ne voulais pas découvrir, six mois plus tard, qu’un autre document avait été utilisé sans mon accord.

Mathieu, lui, changea de stratégie.

Il m’envoya des fleurs au bureau. Il écrivit à ma mère pour lui expliquer qu’il traversait une période difficile. Il demanda à son père d’intervenir et à notre couple d’amis le plus proche de me convaincre de rentrer.

Puis il m’appela un soir.

— Tu vas vraiment me faire ça après sept ans ?

J’étais assise chez Sophie, devant une tasse de thé devenue froide.

— Qu’est-ce que tu veux dire par « te faire ça » ?

— Me traiter comme un criminel. Faire intervenir des avocats. Mettre en péril tout ce qu’on a construit.

— Je n’ai pas créé tes dettes, Mathieu. Je n’ai pas promis d’argent à Camille. Et je n’ai pas préparé de procuration en secret.

— Tu sais que je t’aime.

J’aurais voulu que ces mots me touchent. Autrefois, ils auraient suffi à faire tomber mes défenses.

Cette fois, je lui posai une seule question :

— Si tu m’aimais, pourquoi étais-tu prêt à risquer notre appartement sans me dire la vérité ?

Il ne répondit pas.

— Je peux réparer les choses, finit-il par dire.

— Peut-être. Mais tu ne peux pas réparer une confiance en exigeant que je te la rende.

Je lui annonçai que je ne rentrerais pas pour le moment. Toute discussion sur notre avenir aurait lieu après la clarification de la situation financière et juridique.

Il m’accusa de froideur.

Je raccrochai sans me justifier.

Le jour où j’ai repris ma place

Deux mois plus tard, je retournai à l’appartement accompagnée de Sophie pour récupérer le reste de mes affaires.

Mathieu était là. Il avait l’air fatigué, plus vieux que dans mon souvenir. Sur la table du salon, il avait posé une pile de photographies de nos vacances, comme s’il espérait que nos souvenirs pourraient répondre aux questions qu’il avait toujours refusé d’affronter.

— Tu peux encore rentrer, dit-il. On peut repartir de zéro.

Je regardai les photographies.