Marc resta immobile, le dossier ouvert entre les mains.

— Tu as inscrit ma fille dans un internat sans m’en parler ?

Diane ne cilla pas.

— C’était la meilleure solution pour tout le monde.

— Tout le monde ? Elle a huit ans !

— Elle est devenue ingérable. Elle pleure pour rien, elle ne fait plus ses devoirs correctement et elle est incapable de s’occuper de son frère sans se plaindre.

Marc sentit sa colère monter, mais il se força à parler calmement.

— Tu lui as fait croire que je voulais l’abandonner ?

Diane détourna les yeux.

Ce geste lui suffit presque.

Il parcourut le dossier jusqu’aux dernières pages. Une copie de sa carte d’identité était jointe au formulaire, ainsi qu’une autorisation parentale portant sa signature falsifiée.

Mais une feuille attira son attention : un échéancier de paiement.

Le montant total de la première année s’élevait à 38 000 euros. Plusieurs versements avaient déjà été effectués depuis un compte dont il ignorait l’existence.

— Quel compte a payé cet internat ?

Diane arracha presque le dossier de ses mains.

— Ce n’est pas le sujet.

— C’est exactement le sujet.

Marc récupéra les papiers.

— Tu as utilisé mon identité, signé à ma place et préparé le départ de ma fille derrière mon dos. Je veux savoir pourquoi.

Diane éclata soudain de rire.

— Parce que tu ne vois rien ! Tu passes tes journées à signer des contrats, à acheter des sociétés et à prétendre que tu contrôles tout. Mais dans cette maison, c’est moi qui fais le travail.

— Quel travail ? Celui que tu as confié à une enfant de huit ans ?

— Tu n’as aucune idée de ce que je supporte !

Marc ne répondit pas immédiatement. Il regarda Élise, qui se tenait toujours près de la porte de la buanderie.

— Ma chérie, va dans le salon. Je viens te rejoindre dans quelques minutes.

Elle hésita.

— Tu ne vas pas me laisser partir ?

Marc s’approcha d’elle et s’agenouilla.

— Non. Je ne t’enverrai nulle part sans t’en parler. Et personne ne te fera porter des responsabilités qui ne sont pas les tiennes.

Élise se jeta dans ses bras.

Il la serra contre lui, comprenant enfin combien de fois elle avait dû ravaler ses larmes en attendant un père qui ne venait jamais.

Lorsqu’il se releva, Diane avait quitté la pièce.

Marc appela immédiatement Maître Delmas, son avocat personnel, puis contacta le directeur de l’internat. Il demanda que toute procédure d’admission soit suspendue jusqu’à vérification des autorisations parentales.

Le directeur lui confirma qu’une somme importante avait déjà été versée et qu’un dossier complet avait été transmis par Diane.

Marc lui demanda de conserver tous les documents.

Puis il contacta sa banque.

Ce qu’il découvrit dépassait largement le prix de l’internat.

Au cours des huit derniers mois, environ 180 000 euros avaient été transférés depuis un compte lié à ses revenus vers plusieurs comptes qu’il ne reconnaissait pas. Les opérations avaient été présentées comme des dépenses familiales et des placements personnels.

Une partie de l’argent avait financé des voyages, des achats de luxe et des versements à une société de conseil sans activité clairement identifiable.

Cette société était dirigée par le frère de Diane.

Marc relut les relevés, incapable de croire ce qu’il voyait.

Il avait donné à Diane accès à une partie de ses finances pour qu’elle puisse gérer les dépenses courantes de la maison. Il ne lui avait jamais donné le droit d’utiliser sa signature pour engager des opérations à son nom.

Il demanda à sa banque de sécuriser les accès concernés et fit examiner les transactions par son avocat et un expert-comptable indépendant.

À midi, Diane comprit que Marc avait découvert les transferts.

Elle descendit dans le salon, vêtue d’un tailleur impeccable, comme si elle s’apprêtait à assister à une réunion.

— Tu as fait bloquer mes accès bancaires ?

— Les accès qui permettent d’effectuer des opérations en mon nom, oui.

— Tu n’avais pas le droit !

— Nous allons laisser les avocats déterminer exactement quels pouvoirs tu avais. En attendant, les transferts contestés seront examinés.

Elle s’approcha de lui.

— Tu vas vraiment détruire notre mariage pour de l’argent ?

Marc la regarda longuement.

— Ce n’est pas une question d’argent. C’est une question de confiance, d’identité et de sécurité de mes enfants.

— Tes enfants ? Léo est aussi ton fils !

— Bien sûr. Et il mérite lui aussi d’être protégé de cette situation.

Pour la première fois, Diane sembla perdre son assurance.

Elle s’attendait à ce que Marc crie, menace de la faire arrêter ou lui ordonne de quitter la maison immédiatement.

Elle ne s’attendait pas à ce qu’il reste calme et fasse examiner chaque document.