L’après-midi même, Marc prit rendez-vous avec un pédiatre pour Élise et Léo. Le médecin confirma qu’Élise avait besoin de repos et d’un suivi attentif pour ses douleurs dorsales et sa fatigue. Il recommanda également que les responsabilités liées aux soins de Léo soient entièrement assumées par des adultes.
Marc organisa une aide à domicile temporaire et prit lui-même en charge les routines des enfants.
Le premier soir, il prépara des pâtes trop cuites, oublia de mettre les assiettes sur la table et dut chercher pendant dix minutes le pyjama préféré de Léo.
Élise le regarda courir d’une pièce à l’autre.
— Papa, tu n’es pas obligé de tout faire.
Il s’arrêta.
Cette phrase, prononcée par une enfant qui avait porté bien trop de choses à sa place, lui serra le cœur.
— Tu as raison, ma chérie. Les adultes vont s’organiser. Toi, tu as seulement besoin d’être une petite fille.
Elle sourit timidement.
Le lendemain, Marc retourna au bureau quelques heures, mais cette fois, il avait organisé sa journée autrement. Il avait confié la gestion des urgences à son directeur général et réservé chaque soir à ses enfants.
Il ne pouvait pas effacer les mois d’absence en une semaine. Il pouvait toutefois commencer à réparer ce qu’il avait négligé.
Deux jours plus tard, son avocat lui apporta les premiers résultats de l’examen financier.
Les 180 000 euros avaient bien été transférés en plusieurs opérations. Certaines dépenses pouvaient être justifiées, d’autres non. L’avocat recommanda de déposer un signalement concernant les signatures suspectes et de laisser les autorités déterminer si des infractions avaient été commises.
Marc accepta.
Il ne voulait pas se venger de Diane. Il voulait connaître la vérité et empêcher que la situation se reproduise.
Lorsque Diane reçut la notification de la procédure, elle tenta de contacter Marc à plusieurs reprises. Elle lui envoya des messages, alternant excuses, accusations et promesses.
Il ne répondit qu’une seule fois :
« Toute communication concernant les comptes et les enfants passera désormais par nos avocats. »
La séparation fut engagée. Les décisions concernant la résidence des enfants furent examinées dans leur intérêt, en tenant compte des éléments disponibles et de leur sécurité. Marc veilla à ce que Léo puisse conserver un lien avec sa mère dans un cadre adapté aux décisions prises par les professionnels compétents.
Quant au faux dossier d’internat, l’établissement confirma que l’inscription avait été préparée à partir des documents fournis par Diane, sans vérification indépendante de la signature de Marc. Le dossier fut suspendu et les pièces conservées pour les vérifications nécessaires.
Quelques semaines plus tard, Marc emmena Élise dans un petit restaurant qu’elle aimait près de leur maison.
Elle mangea lentement, puis leva les yeux vers lui.
— Papa, est-ce que tu es fâché contre moi ?
Marc posa sa fourchette.
— Pourquoi serais-je fâché contre toi ?
— Parce que je ne t’ai pas dit que j’étais fatiguée. Je pensais que si je faisais tout bien, tu serais fier de moi.
Marc sentit sa gorge se serrer.
— Élise, tu n’as jamais eu besoin de porter ton frère, de nettoyer toute la maison ou de travailler davantage pour que je sois fier de toi. Tu es ma fille. Je t’aime parce que tu es toi, pas pour tout ce que tu fais.
Elle baissa les yeux.
— Même quand je fais des erreurs ?
— Même quand tu fais des erreurs.
Élise se leva de sa chaise et vint se blottir contre lui.
Marc la serra dans ses bras aussi longtemps qu’elle en eut besoin.
Ce soir-là, en rentrant, il passa devant la cuisine. Le sol était propre, les jouets rangés dans un panier et le linge attendait dans la machine.
Pour la première fois, il ne chercha pas à savoir qui avait fait quoi.
Il éteignit la lumière et monta rejoindre ses enfants.
Les mois suivants apportèrent leur lot de procédures, de désaccords et de découvertes financières. L’examen des comptes permit de distinguer les dépenses légitimes des opérations contestées. Les responsabilités de Diane et des autres personnes éventuellement impliquées devaient être établies selon les éléments recueillis.
Marc, lui, entreprit un autre travail, moins visible et plus difficile : apprendre à être présent.
Il accompagna Élise à l’école, assista à son spectacle de fin d’année et retrouva le plaisir de lui lire une histoire avant de dormir. Il découvrit aussi les dessins qu’elle cachait au fond d’un tiroir : des maisons, des fleurs, son père tenant sa main et, sur plusieurs feuilles, une petite fille portant un garçon beaucoup plus grand qu’elle.
Un soir, il lui demanda pourquoi elle dessinait toujours cette scène.
Élise réfléchit.
— Parce que je pensais que c’était mon travail.
Marc s’assit à côté d’elle.
— Ce n’était pas ton travail. Et ce ne le sera plus jamais.