Éric acquiesça sans confirmer ce que les éléments ne démontraient pas encore.

— Nous allons vérifier.

Avant de sortir, il s’arrêta.

— Capitaine Morel, votre épouse a besoin que vous soyez présent, mais elle a aussi besoin que vous restiez en sécurité. Ne faites rien qui puisse vous mettre en danger ou lui compliquer la vie.

Adrien regarda Camille.

— Je vous le promets.

Cette fois, il comprenait que tenir cette promesse demanderait davantage de maîtrise que de courage.

À 7 h 15, Gérard Delaunay revint.

Il était seul, impeccablement vêtu, avec une veste sombre et une écharpe soigneusement nouée. Il portait un sac de viennoiseries comme s’il venait rendre visite à sa fille après une opération banale.

Adrien sortit dans le couloir avant qu’il n’approche du lit.

— Vous n’entrez pas.

Gérard soupira.

— Adrien, je comprends que tu sois bouleversé. Mais Camille a toujours été fragile. Elle a pris de mauvaises décisions, elle s’est laissé influencer…

— Elle a trente et une fractures.

— Les médecins ont parfois des façons excessives de décrire les choses.

Adrien le fixa.

— Vous avez huit fils. Vous avez passé près de deux heures et demie dans notre appartement. Vous êtes repartis tous ensemble. Les secours ont été appelés plus tard. Et maintenant, vous me parlez de la fragilité de votre fille ?

Gérard baissa la voix.

— Tu ne connais pas la moitié de ce qu’elle a fait.

— Alors expliquez-moi.

Le vieil homme regarda autour de lui avant de répondre.

— Camille avait accepté de signer certains papiers. Puis elle a changé d’avis. Elle a toujours eu cette manie de revenir sur ses décisions dès que quelqu’un lui met des idées en tête.

— Quels papiers ?

— Des documents de gestion. Rien qui mérite ce spectacle.

— Et le testament ?

Pour la première fois, le visage de Gérard se figea.

Le silence ne dura qu’une seconde, mais Adrien le remarqua.

— Qui t’a parlé du testament ? demanda Gérard.

Adrien ne répondit pas.

Son beau-père se rapprocha.

— Écoute-moi bien. Si tu veux protéger Camille, tu vas arrêter de laisser la police fouiller dans des affaires qu’elle ne comprend pas. Ce qui se passe dans cette famille ne concerne pas les étrangers.

— Ma femme n’est pas votre propriété.

— Elle porte le nom des Delaunay.

— Elle porte aussi le mien. Mais surtout, elle porte son propre nom, et elle a le droit de décider pour elle-même.

Gérard eut un sourire sans chaleur.

— Tu crois que sept mois d’absence font de toi un héros ? Pendant que tu jouais au soldat, c’est nous qui étions là.

— Où étiez-vous, exactement, quand elle avait besoin de vous ?

Le sourire disparut.

Gérard s’approcha encore, assez près pour qu’Adrien distingue une petite tache de café sur son revers.

— Tu ne sais pas ce qu’elle allait détruire. Si elle avait signé, tout aurait été réglé. Elle aurait pu reprendre une vie normale. Mais elle a choisi de nous défier.

Adrien sentit la colère lui monter au visage.

Il ne bougea pas.

— Vous venez de reconnaître que vous lui avez demandé de signer quelque chose.

Gérard comprit son erreur.

Son regard se durcit.

— Tu joues à un jeu dangereux.

— Non. C’est vous qui avez commencé à jouer avec la vie de votre fille.

Une infirmière apparut au bout du couloir et leur demanda de baisser la voix. Gérard recula, réajusta son écharpe et reprit son expression de père inquiet.

— Je reviendrai quand tu auras retrouvé tes esprits.

— Vous reviendrez quand Camille aura demandé à vous voir, et pas avant.

Gérard partit sans répondre.

Mais, au moment où les portes de l’ascenseur se refermaient, Adrien remarqua un détail : le téléphone de son beau-père était allumé, et un message venait d’apparaître sur l’écran.

« Le coffre est toujours fermé. On fait quoi pour les originaux ? »

Adrien ne vit pas le nom de l’expéditeur.

Il n’en eut pas besoin.

Vers midi, Camille fut suffisamment stable pour poursuivre l’entretien pendant quelques minutes.

Éric avait obtenu l’autorisation de l’équipe médicale pour lui poser des questions courtes, avec des pauses dès qu’elle montrait des signes d’épuisement.

Cette fois, il avait apporté un carnet et un stylo, en plus de la tablette.

— Camille, avez-vous signé la procuration ?

Un clignement.

Non.

— Avez-vous signé un autre document ?

Deux clignements.

— Un testament ?

Deux clignements.

Adrien se pencha.

— Tu as fait ton propre testament ?

Camille le regarda longuement, puis confirma d’un clignement.

Il sentit sa gorge se serrer.

— Pourquoi ne m’en as-tu pas parlé ?

Elle détourna les yeux.