Élise ne répondit pas tout de suite.
Elle regardait Clara, sa demi-sœur, qui gardait une main crispée sur le dossier bleu. Depuis le début de la réunion, Clara n’avait presque pas parlé. Elle s’était contentée d’approuver sa mère, de soupirer devant les chiffres et de répéter que Philippe aurait voulu que la famille reste unie.
Mais, à présent, elle semblait terrifiée.
— Clara, dit Élise doucement. Qu’est-ce qu’il y a dans ce dossier ?
— Rien qui te concerne.
La réponse avait fusé trop vite.
Élise posa son sac sur une chaise.
— Alors, tu ne verras aucun inconvénient à ce que nous le regardions.
Clara plaqua le dossier contre sa poitrine.
— Tu débarques ici après des semaines d’absence, tu refuses d’aider maman et maintenant tu veux fouiller dans ses papiers ?
— Je suis venue parce qu’elle m’a appelée en pleurant. Et je découvre qu’elle veut que je vende un appartement que papa m’a transmis sans dette pour rembourser des emprunts dont personne ne m’avait parlé.
Sophie se leva.
— Ton père n’aurait jamais voulu que tu nous abandonnes !
Élise sentit sa colère monter, mais elle se força à rester calme.
— Je ne vous abandonne pas. Je refuse simplement de prendre une décision de plusieurs centaines de milliers d’euros sous la pression.
Julien, jusque-là silencieux, posa les relevés bancaires sur la table.
— Élise a raison. Avant de vendre quoi que ce soit, nous devons comprendre les dettes, les garanties et les responsabilités de chacun.
Sophie le fusilla du regard.
— Vous êtes en train de détruire cette famille.
— Non, répondit Julien. Nous essayons de comprendre ce qui la met en danger.
Un silence lourd s’installa.
Puis Clara se leva brusquement.
— Je ne resterai pas ici pour me faire accuser de tout !
Elle prit le dossier bleu et se dirigea vers le couloir.
Élise la suivit des yeux. Au moment où Clara franchit la porte, une feuille glissa du dossier et tomba près de la table.
Personne ne bougea.
Élise se baissa pour la ramasser.
En haut figurait le nom de la banque. Plus bas, une ligne attira immédiatement son attention :
« Garantie immobilière complémentaire — appartement appartenant à Élise Martin. »
Elle relut la phrase.
Puis elle regarda Sophie.
— Pourquoi mon appartement apparaît-il dans un dossier de garantie bancaire ?
Sophie pâlit.
— Je ne sais pas. Ce doit être une erreur.
Élise examina la feuille. Il ne s’agissait pas d’un simple courrier publicitaire. Le document mentionnait la valeur estimée du deux-pièces, l’adresse exacte et le numéro de l’acte de donation.
Quelqu’un avait préparé un dossier bancaire concernant son appartement.
Et ce quelqu’un avait eu accès à des informations qui n’étaient pas publiques.
— Qui a fourni ces documents ? demanda-t-elle.
— Ton père avait beaucoup de dossiers, répondit Sophie. Je ne peux pas savoir ce qu’il a transmis à la banque.
Élise la fixa.
— Ce document date de trois mois avant sa mort.
Cette fois, Sophie ne répondit pas.
Le dossier bleu
Le lendemain matin, Élise retrouva Maître Claire Dumas à son étude.
Elle lui remit les photographies prises chez Sophie, la feuille tombée du dossier bleu et les copies des actes de propriété qu’elle avait déjà en sa possession.
La notaire les examina attentivement.
— Première chose : ne vendez rien et ne signez aucune garantie. Nous devons vérifier l’origine de cette demande et déterminer si une démarche a été entreprise en votre nom.
— Est-ce qu’ils peuvent m’obliger à vendre ?
— Pas simplement parce qu’ils ont des dettes. Votre appartement est un bien distinct, qui vous a été transmis par donation. Il faut examiner les actes précis, mais, à ce stade, rien ne permet de conclure que vous êtes personnellement responsable des emprunts de la société de votre père.
Élise sentit ses épaules se détendre légèrement.
— Et si Sophie a utilisé mon identité ?
— Nous ne devons pas tirer de conclusion avant d’avoir vérifié les documents. Mais si quelqu’un a produit une demande en votre nom sans votre autorisation, c’est une question sérieuse.
Claire lui conseilla de demander officiellement à la banque si son appartement avait fait l’objet d’une demande de garantie, d’une simulation de financement ou d’un dossier d’engagement. Elle lui recommanda également de conserver toutes les communications et de ne pas confronter seule les personnes susceptibles d’être impliquées.
Avant qu’Élise ne parte, la notaire ajouta :
— Il y a une autre chose qui m’intrigue.
Elle ouvrit un dossier conservé dans son étude.
— Votre père m’avait demandé de vérifier la situation juridique de cet appartement avant de vous le transmettre. Il tenait absolument à ce qu’il soit libre de toute garantie et qu’aucun engagement de la société ne puisse y être rattaché par les actes de donation.