— Pourquoi aurait-il fait cela ?

Claire prit le temps de répondre.

— Je ne peux pas vous dire ce qu’il pensait. Mais il voulait manifestement que ce bien vous appartienne en toute indépendance.

Élise resta silencieuse.

Pour la première fois, elle se demanda si son père avait simplement voulu lui laisser un petit appartement ou s’il avait cherché à protéger quelque chose de plus important.

Le soir même, elle retourna seule dans le deux-pièces de sa grand-mère.

Elle avait déjà visité l’appartement plusieurs fois, mais elle n’avait jamais exploré les placards du couloir. Le vieux meuble en bois était trop lourd pour être déplacé facilement. Elle en vida les tiroirs, retira des nappes jaunies et découvrit, au fond, une enveloppe portant son prénom.

L’écriture était celle de Philippe.

Ses mains se mirent à trembler.

À l’intérieur se trouvait une courte lettre.

Ma chère Élise,

Si tu lis ces lignes, c’est probablement que je ne suis plus là pour t’expliquer certaines choses.

Je sais que tu n’as jamais aimé les conflits. Tu as toujours préféré croire que les gens finiraient par se parler franchement. C’est une belle qualité, mais elle peut aussi te rendre vulnérable.

L’appartement de ta grand-mère n’est pas le bien le plus impressionnant que je possède. C’est justement pour cette raison que je tenais à ce qu’il soit à toi, sans dette ni garantie.

Ne le vends jamais uniquement parce que quelqu’un te dit que tu dois sauver la famille.

Si un jour tu as besoin de comprendre pourquoi, contacte Maître Dumas. Elle conserve un dossier que je lui ai confié.

Je t’aime, ma fille. Et je suis désolé de ne pas avoir toujours su te protéger comme je l’aurais voulu.

Élise relut la lettre plusieurs fois.

Son père n’avait pas écrit qu’il était ruiné. Il n’avait pas expliqué les emprunts. Mais il avait anticipé une situation dans laquelle quelqu’un lui demanderait de sacrifier son appartement.

Pourquoi ?

Elle photographia la lettre et appela la notaire.

— Mon père m’a laissé un message. Il m’a demandé de vous contacter au sujet d’un dossier.

Claire garda le silence un instant.

— Je pensais que vous finiriez par trouver cette lettre.

Élise se redressa.

— Vous saviez qu’elle existait ?

— Votre père m’avait demandé de vous remettre un dossier si vous me le demandiez après son décès. Il souhaitait toutefois que vous puissiez décider librement si vous vouliez en prendre connaissance.

— Qu’y a-t-il dedans ?

— Des documents concernant les garanties consenties par sa société, certains échanges avec sa banque et une déclaration qu’il avait préparée après avoir découvert une anomalie dans les comptes. Je préfère que nous les examinions ensemble.

Élise sentit son cœur battre plus vite.

— Quand puis-je venir ?

— Demain matin.

Ce que Philippe avait découvert

À neuf heures précises, Élise se trouvait dans le bureau de Maître Dumas.

La notaire posa devant elle une chemise épaisse, datée de six mois avant la mort de Philippe.

Le premier document était un relevé des garanties de la société de rénovation. Le second récapitulait les emprunts contractés pour financer les chantiers. Le troisième était un courrier de Philippe à son conseiller bancaire.

Élise le lut lentement.

Son père expliquait qu’il avait découvert plusieurs opérations qu’il ne reconnaissait pas. Des factures avaient été comptabilisées au nom de sociétés de conseil dont il contestait les prestations. Certaines dépenses avaient été réglées alors qu’aucun contrat correspondant n’apparaissait dans les archives de l’entreprise.

Philippe demandait une vérification complète avant d’autoriser de nouveaux financements.

Un nom revenait dans plusieurs échanges : celui de Clara.

Élise fronça les sourcils.

Sa demi-sœur n’avait jamais travaillé officiellement pour la société de rénovation. Elle avait toutefois aidé Monique à gérer certains courriers et à organiser les documents administratifs de son père.

— Pourquoi son nom apparaît-il ici ? demanda Élise.

Claire tourna une page.

— Votre père indique que Clara avait accès à certains dossiers, mais cela ne prouve pas qu’elle soit responsable des opérations. Nous devons distinguer les faits établis des soupçons.

Un autre document montrait que, quelques semaines avant sa mort, Philippe avait demandé à la banque de suspendre toute nouvelle garantie sur ses biens personnels jusqu’à la fin des vérifications.

La banque avait accusé réception de sa demande.

Mais, trois mois avant son décès, une nouvelle demande de financement avait été préparée, avec une estimation de l’appartement d’Élise en garantie complémentaire.

— Mon père avait expressément demandé qu’aucun nouvel engagement ne soit pris, murmura-t-elle.

— C’est ce qu’indique ce courrier, confirma Claire. Nous devons vérifier qui a préparé la demande ultérieure et si elle a été effectivement présentée à la banque.

Élise tourna la dernière page.

Elle y trouva une note manuscrite de son père :