Si la société rencontre de nouvelles difficultés, ne laissez personne vous convaincre que vous devez engager votre patrimoine personnel pour la sauver. Ce n’est pas votre dette.

Elle sentit les larmes lui monter aux yeux.

Son père savait que la société était en danger. Il savait peut-être aussi que certains membres de la famille chercheraient à faire peser ce danger sur elle.

Mais il avait pris soin de lui laisser un bien qu’il voulait protéger.

— Est-ce que cet appartement est vraiment le seul bien épargné ? demanda-t-elle.

La notaire réfléchit.

— C’est le seul dont les documents que nous avons examinés établissent clairement qu’il vous a été transmis libre de garantie. D’autres biens peuvent être concernés par des sûretés ou des dettes. Nous devons vérifier chaque acte avant de conclure.

Élise acquiesça.

Elle ne voulait pas transformer les dernières décisions de son père en certitudes qu’elle ne pouvait pas démontrer. Elle voulait la vérité, même si celle-ci était moins simple que ce qu’elle avait imaginé.

Le retour à la maison

Le surlendemain, Sophie rappela Élise.

Sa voix était plus dure que lors de leur dernière conversation.

— La banque nous accorde très peu de temps. Nous devons proposer quelque chose rapidement.

— J’ai demandé à ma notaire de vérifier les documents.

— Tu as donc engagé une avocate contre nous ?

— Une notaire. Pour comprendre pourquoi mon appartement apparaît dans un dossier de garantie auquel je n’ai jamais consenti.

Sophie inspira bruyamment.

— Tu ne comprends pas la situation. Si la maison est saisie, Clara et moi n’aurons plus rien.

— Et si je vends mon appartement, que me restera-t-il ?

— Tu pourras toujours en acheter un autre plus tard.

Élise ferma les yeux un instant.

C’était donc cela, la solution proposée : elle abandonnerait le seul bien que son père avait pris soin de lui transmettre sans dette, et elle devrait faire confiance à Sophie pour que tout se passe bien.

— Je ne vendrai pas, répondit-elle.

Sophie se mit à pleurer.

— Philippe serait honteux de te voir agir ainsi.

Cette phrase blessa Élise plus qu’elle ne l’aurait cru.

Pendant une seconde, elle eut envie de céder. De faire un virement, de vendre l’appartement, de mettre fin aux disputes et de retrouver un semblant de famille.

Puis elle repensa à la lettre de son père.

Ne le vends jamais uniquement parce que quelqu’un te dit que tu dois sauver la famille.

— Ne te sers pas de papa pour me faire culpabiliser, dit-elle. Je suis prête à examiner les documents et à comprendre les dettes. Je ne suis pas prête à engager mon patrimoine sans savoir ce qui s’est passé.

Sophie raccrocha.

Le soir, Clara envoya un message à Élise.

« Tu ne sais pas ce que maman a sacrifié pour cette famille. »

Élise répondit :

« Alors explique-moi les faits. Pas ce que je suis censée ressentir. »

Clara ne répondit pas.

Pendant deux jours, le silence s’installa.

Puis, un dimanche matin, Élise reçut un appel d’un numéro inconnu.

— Madame Martin ? Je suis le responsable du dossier de financement de la société de votre père. Votre notaire nous a adressé une demande de vérification. Il y a un élément dont nous devons vous informer.

Élise s’assit.

— Lequel ?

— La demande de garantie complémentaire portant sur votre appartement n’a pas été finalisée. En revanche, les documents qui l’accompagnaient comportaient une autorisation présentée comme provenant de vous.

Elle sentit ses doigts se crisper autour du téléphone.

— Je n’ai jamais signé d’autorisation.

— Nous avons pris note de votre déclaration. Le dossier a été transmis au service chargé des vérifications internes. Nous ne pouvons pas encore vous communiquer les conclusions, mais nous vous conseillons de conserver tout élément permettant d’établir que vous n’avez pas donné votre accord.

Après l’appel, Élise contacta immédiatement Maître Dumas.

La notaire lui demanda de ne pas tirer de conclusion hâtive et de laisser la banque procéder à ses contrôles. Elle lui recommanda également de signaler officiellement la possible utilisation de son identité et de transmettre les documents à son conseil juridique.

Élise suivit ses conseils.

Elle ne savait pas si Sophie avait préparé le dossier, si Clara avait utilisé des documents auxquels elle avait accès ou si quelqu’un d’autre était intervenu. Elle ne voulait pas accuser sans preuve.

Mais elle savait maintenant que ses soupçons n’étaient pas imaginaires.

Quelqu’un avait essayé d’engager son appartement dans une opération financière sans son consentement.

Et son père avait voulu l’en protéger.

La vérité de Clara

Une semaine plus tard, Clara se présenta devant la porte d’Élise.

Elle avait les yeux cernés et tenait un sac en toile contre elle.

— Je peux entrer ?

Élise hésita, puis s’écarta.