— Et maintenant, je sais que vous ne l’étiez probablement pas.

Claire releva brusquement les yeux.

— Pourquoi dites-vous cela ?

Julien désigna la mallette.

— Parce que cette nuit, quelqu’un a tenté de pénétrer dans les archives techniques. Si cette personne avait accès aux systèmes actuels, elle pourrait effacer les derniers éléments encore disponibles. Et si Sophie vous a demandé de transporter cette mallette jusqu’ici sans vous expliquer ce qu’elle contenait, c’est qu’elle voulait que vous soyez responsable de quelque chose dont vous ignoriez tout.

Hélène se tourna vers sa fille.

— Tu as parlé à Sophie avant de partir ?

— Elle m’a dit que les clés de sécurité étaient dans le coffre de la maison.

— Et elle t’a remis cette mallette ?

— Oui.

— L’as-tu ouverte ?

— Non.

Julien s’approcha du boîtier, sans le toucher davantage.

— Il faut appeler les autorités compétentes et un spécialiste indépendant. Personne ne doit essayer de l’ouvrir ici.

Claire sortit son téléphone.

Elle appela Sophie.

Une fois.

Deux fois.

Six fois.

Aucune réponse.

Puis un message apparut sur son écran.

Ne fais confiance à personne dans la maison. Débarrasse-toi de la mallette avant minuit.

Claire fixa le texte.

— C’est elle qui vient de m’envoyer ça.

Julien se pencha pour lire le message.

— Ne répondez pas.

— Pourquoi ?

— Parce qu’elle veut savoir si vous êtes toujours en possession de la mallette et si vous êtes seule.

Hélène prit immédiatement le téléphone de sa fille et le posa sur le bureau.

— Nous appelons la police.

Julien acquiesça.

— Et nous signalons aussi la tentative d’intrusion au centre de recherche. Il faut que les journaux d’accès soient préservés avant qu’ils ne soient modifiés.

Claire composa le numéro des forces de l’ordre.

Cette fois, personne ne discuta.

À 23 h 04, deux véhicules de gendarmerie arrivèrent au domaine.

Les militaires sécurisèrent les accès et recueillirent les premières déclarations. Un spécialiste fut contacté pour examiner la mallette dans des conditions adaptées.

Il confirma rapidement qu’il ne s’agissait pas d’un simple coffre de transport.

Le boîtier contenait un module électronique capable de communiquer avec un équipement distant. Il n’était pas possible de déterminer immédiatement son objectif exact, mais son fonctionnement ne correspondait pas à la description donnée par Sophie.

La mallette fut placée sous scellés.

Les gendarmes demandèrent ensuite à Claire de leur montrer les messages reçus. Ils relevèrent les numéros, les heures et les éléments techniques disponibles, sans conclure prématurément que Sophie en était nécessairement l’expéditrice.

Mais à 23 h 31, un enquêteur reçut un appel du centre de recherche d’Aérovia.

Un accès inhabituel avait été détecté sur un serveur isolé, utilisé pour conserver des archives antérieures à l’incendie.

Le compte utilisé appartenait à Sophie Vasseur.

— Elle possède encore les autorisations ? demanda Claire, stupéfaite.

L’enquêteur répondit prudemment :

— Son compte a été utilisé. Nous devons encore établir par qui et depuis quel équipement.

Claire se laissa tomber dans un fauteuil.

Sophie dirigeait la conformité depuis quinze ans. Elle avait accompagné son père dans les dernières années de sa vie, assisté à ses funérailles et aidé Claire à prendre les commandes du groupe.

Elle connaissait les secrets de la famille, les conflits internes et les dossiers que personne n’osait rouvrir.

Si elle avait participé à la dissimulation de la mort de Julien, elle avait eu douze ans pour effacer ses traces.

— Je lui faisais confiance, murmura Claire.

Julien ne répondit pas.

Il savait qu’une trahison ne devenait pas moins douloureuse parce qu’on l’avait anticipée.

À minuit passé, un appel fut transmis aux gendarmes : Sophie venait d’être localisée dans un parking souterrain à proximité de l’aéroport de Toulouse-Blagnac.

Elle fut retrouvée avec un ordinateur portable et plusieurs documents. Elle ne fut pas arrêtée sur-le-champ pour une culpabilité supposée : les enquêteurs devaient d’abord établir les faits et les éventuelles infractions. Mais elle fut conduite pour être entendue, tandis que ses équipements étaient examinés dans le cadre légal applicable.

Avant de quitter le parking, elle demanda à parler à Claire.

Claire accepta, en présence d’un enquêteur.

Sur l’écran d’un téléphone professionnel, le visage de Sophie apparut.

— Claire, tu dois m’écouter. Julien t’a menti.

— Sur quoi ?

— Il n’est pas revenu pour protéger l’entreprise. Il veut détruire ce que ton père a construit.

Julien, qui se tenait à quelques mètres, ne bougea pas.

Claire fixa son ancienne directrice juridique.

— Pourquoi m’as-tu demandé de transporter cette mallette sans me dire ce qu’elle contenait ?

Sophie serra les lèvres.

— Parce que tu n’aurais pas accepté si tu avais su.

— Qu’est-ce que j’aurais refusé ?

— Tu ne comprends pas. Il y a douze ans, ton père avait autorisé un programme qui aurait pu mettre en danger des centaines de personnes si certaines données avaient été rendues publiques. Nous avons empêché un scandale.