Mais cela suffisait pour contester sérieusement leur fiabilité.

L’avocate demanda également la conservation des journaux de connexion et des versions successives des fichiers. Elle recommanda de transmettre les éléments aux autorités compétentes si les vérifications confirmaient une possible falsification ou un usage frauduleux des accès.

Camille, elle, ne fut pas immédiatement blanchie.

Le directeur du centre lui annonça qu’il ne pouvait pas confirmer sa prise de poste tant que l’audit n’aurait pas permis de clarifier la situation.

— Je comprends, répondit-elle.

Elle raccrocha avec l’impression que tout ce qu’elle avait construit risquait de disparaître.

Julien posa deux cafés sur la table.

— Ils t’ont suspendue ?

— Ils vérifient les faits.

— C’est différent.

— Pour le moment, ça ne change pas grand-chose. J’ai peut-être perdu le poste avant même d’avoir commencé.

Julien s’assit près d’elle.

— Tu peux être en colère. Tu peux avoir peur. Mais ne laisse pas Antoine te convaincre que son accusation est déjà une condamnation.

Camille le regarda.

— Et si je ne peux pas prouver que je n’ai rien fait ?

— Alors nous chercherons les preuves de ce qui s’est réellement passé. Ce n’est pas à toi d’inventer une innocence parfaite. C’est à ceux qui t’accusent d’apporter des éléments fiables, et à l’enquête d’établir les faits.

Elle posa sa tête contre son épaule.

Cette fois, elle ne cherchait pas un refuge contre la vérité.

Elle cherchait la force de l’affronter.

3. La mère qui avait choisi le mauvais camp

Camille décida ensuite d’aller voir Françoise, sa mère.

Elle la trouva dans la cuisine familiale, devant une tasse de thé refroidi. Lucas était assis près de la fenêtre, le visage fermé.

— Tu savais qu’Antoine menaçait de me faire accuser de vol ? demanda Camille.

Françoise se leva.

— Il m’a dit que tu traversais une période difficile.

— Ce n’est pas ma question.

Sa mère se rassit.

— Il m’a expliqué que Lucas avait signé des documents qu’il ne comprenait pas. Il disait qu’il pouvait perdre sa bourse et que son école pourrait engager des démarches contre lui.

Camille sentit son cœur se serrer.

— Alors tu savais qu’il tenait mon frère par l’argent.

— Je voulais éviter qu’il gâche son avenir.

— Et le mien ?

Françoise porta une main à son front.

— Tu es forte, Camille. Tu as toujours su te débrouiller. Lucas, lui, risquait de tout perdre.

La phrase était prononcée doucement. Elle n’en fut pas moins terrible.

Camille avait passé des années à être la fille forte, celle qui trouvait des solutions, avançait les frais et rassurait les autres. Sa mère avait fini par croire que cette force la rendait invulnérable.

— Tu as donné mes codes à Antoine ?

Françoise secoua la tête.

— Non. Je ne connaissais pas tes codes.

— Mais tu savais qu’il les avait obtenus de Lucas ?

Elle baissa les yeux.

— Je l’ai appris après.

— Et tu ne m’as rien dit.

— J’avais peur.

Camille s’assit en face d’elle.

— Moi aussi, maman. J’avais peur qu’il détruise mon travail, qu’il fasse du mal à Lucas, qu’il convainque tout le monde que j’étais folle. Mais je ne t’ai jamais demandé de choisir entre nous.

Françoise se mit à pleurer.

— Il m’a dit qu’il pouvait régler la situation. Il m’a montré des documents qui semblaient prouver que tu avais fait des erreurs dans les comptes. Il m’a dit qu’il fallait laisser les choses suivre leur cours pour protéger Lucas.

— Et tu l’as cru ?

— Je ne savais plus quoi croire.

Camille resta silencieuse.

Elle comprenait la peur de sa mère. Mais elle comprenait aussi que cette peur avait eu un prix : Françoise avait accepté de se taire alors que sa fille était menacée.

— Tu n’as pas fabriqué les documents, dit-elle enfin. Mais tu as choisi de ne pas me prévenir.

Françoise acquiesça, incapable de se défendre.

— Je suis désolée.

Camille aurait voulu la prendre dans ses bras.

Elle ne le fit pas.

Pas encore.

— Je ne peux pas te pardonner aujourd’hui simplement parce que tu pleures. J’ai besoin de savoir que, la prochaine fois, tu me diras la vérité même si elle fait peur.

Elle se leva et se dirigea vers la porte.

Lucas la suivit jusqu’au couloir.

— Camille, attends.

Elle se retourna.

— Je vais coopérer avec l’avocate. Je vais lui remettre tout ce que j’ai signé. Je ne demanderai pas à maman de mentir pour moi.

Camille hocha la tête.

— C’est la première chose utile que tu puisses faire.

4. Le piège se referme sur Antoine

Deux jours plus tard, Antoine envoya un courriel à Camille.

Il lui proposait de retirer ses accusations si elle acceptait de le rencontrer seule dans un restaurant du centre de Lyon.