Son message était presque tendre.
« Nous avons tous les deux commis des erreurs. Je peux encore arranger les choses. Mais tu dois arrêter de me traiter comme un ennemi. »
Maître Garnier lui conseilla de ne pas se rendre à ce rendez-vous. Elle recommanda de conserver le courriel et de répondre uniquement par l’intermédiaire de son conseil.
Camille accepta.
Dans sa réponse, l’avocate demanda qu’Antoine précise les éléments sur lesquels il fondait ses accusations et qu’il conserve tous les documents liés aux opérations contestées.
Il ne répondit pas.
En revanche, une information nouvelle apparut au cours de l’audit.
La société bénéficiaire des 4 800 euros avait été créée par un ancien associé d’Antoine. Plusieurs factures présentées au centre utilisaient des descriptions presque identiques, alors que les prestations correspondantes n’étaient pas toutes retrouvées dans les archives.
Les enquêteurs ne conclurent pas immédiatement à une fraude. Ils cherchèrent à déterminer si les factures correspondaient à des services réels, qui les avait établies et comment elles avaient été validées.
Les journaux informatiques apportèrent ensuite un élément important : plusieurs modifications avaient été effectuées avec les identifiants de Camille, mais depuis des sessions dont les conditions d’accès ne correspondaient pas à son usage habituel.
Cela ne suffisait pas à identifier avec certitude la personne derrière chaque connexion. Toutefois, les dates et les fichiers concernés concordaient avec la période où Lucas avait transmis l’accès au dossier partagé.
Lucas remit aux avocats les échanges qu’il avait eus avec Antoine. Il y figurait une phrase qui changea la lecture de l’affaire :
« Envoie-moi le dossier complet. Camille ne vérifiera jamais les anciennes versions. Si elle refuse de revenir, elle devra au moins répondre de ce qu’elle a signé. »
Lucas avait transmis les fichiers.
Mais d’autres messages montraient qu’Antoine lui avait présenté cette demande comme un moyen de vérifier des factures et de protéger sa propre bourse. Ils ne prouvaient pas à eux seuls que Lucas connaissait le projet de fabrication de fausses preuves.
Le jeune homme fut entendu dans le cadre des vérifications. Il reconnut avoir transmis les accès et signé une déclaration dont il n’avait pas vérifié toutes les formulations.
Camille apprit qu’il avait été bouleversé pendant l’entretien.
Elle ne le rejoignit pas immédiatement.
Elle avait besoin de laisser la vérité sortir sans se précipiter pour réparer les conséquences à la place de tout le monde.
5. Le prix de la vérité
Trois semaines plus tard, le Centre des Arts du Nord convoqua Camille.
Elle entra dans la salle de réunion avec Maître Garnier. Le directeur, la responsable financière et la personne chargée de l’audit étaient présents.
Le directeur prit la parole.
— Nous avons terminé la première phase de notre examen. Plusieurs documents utilisés pour vous mettre en cause présentent des anomalies sérieuses. Nous n’avons pas trouvé d’élément fiable démontrant que vous avez personnellement autorisé le paiement contesté de 4 800 euros.
Camille retint son souffle.
— Cela signifie que je suis blanchie ?
— Cela signifie que les éléments dont nous disposons ne permettent pas de soutenir l’accusation telle qu’elle a été formulée. Certaines questions concernant l’accès aux fichiers et la création des documents doivent encore être examinées par les autorités compétentes.
Il lui expliqua que les éléments avaient été conservés et que le centre coopérerait avec toute enquête nécessaire.
Puis il ajouta :
— Nous regrettons que des documents insuffisamment vérifiés aient circulé et aient contribué à mettre en doute votre intégrité. Votre candidature au poste de direction des événements publics reste ouverte.
Camille sentit les larmes lui monter aux yeux.
Elle n’avait pas encore obtenu le poste. Elle n’avait pas encore récupéré les semaines perdues, ni réparé la confiance abîmée. Mais elle n’était plus seule face à une accusation présentée comme une certitude.
À la sortie, Julien l’attendait sur un banc.
— Alors ?
Elle s’assit près de lui.
— Ils n’ont pas trouvé de preuve fiable que j’ai autorisé le paiement. Ils poursuivent les vérifications.
Julien sourit doucement.
— C’est déjà un pas.
— Je pensais que la vérité ferait tout s’effondrer d’un coup. Antoine serait démasqué, Lucas comprendrait, maman me demanderait pardon et je pourrais reprendre ma vie.
— Et maintenant ?
Camille regarda la rue.
— Maintenant, je comprends que la vérité ne répare pas tout automatiquement. Elle donne seulement une base pour reconstruire.
Julien lui prit la main.
— C’est déjà beaucoup.
Elle se tourna vers lui.
— Tu es toujours censé être à Lille.
— J’y étais. J’ai pris un train hier soir.
— Pourquoi ?
— Parce que je ne veux pas que notre histoire soit décidée par Antoine, par Lucas, par ta mère ou par la peur. Mais je ne veux pas non plus que tu viennes à Lille pour me prouver quelque chose.
Il sortit de sa poche une petite enveloppe.