Maxime fixa la signature au bas du document.

Pendant quelques secondes, il ne parut même plus respirer.

— C’est un faux, lâcha-t-il enfin. Vous n’avez aucun droit d’entrer chez moi et de fouiller dans mes affaires.

L’avocate, Maître Élodie Marchand, referma calmement la chemise.

— Nous n’avons pas fouillé chez vous, monsieur Vasseur. Les documents proviennent de pièces obtenues légalement dans le cadre d’une enquête financière. Quant à notre présence ici, elle fait suite à une demande de votre associé concernant des irrégularités comptables.

Gabriel resta debout, les mains posées sur le dossier d’une chaise.

— Vous devriez surtout vous demander pourquoi votre propre signature apparaît sur trois documents qui vous engagent personnellement.

Maxime regarda les papiers.

Il y avait une reconnaissance de dette, un projet de cession immobilière et une copie d’un mandat destiné à permettre la vente de la maison de la mère de Camille.

Cette maison se trouvait à Saint-Maur-des-Fossés. Une bâtisse ancienne, entourée d’un petit jardin, que Françoise Laurent avait achetée avec son mari avant sa mort. Elle y vivait encore, malgré ses problèmes cardiaques, et Camille avait toujours considéré cette maison comme le dernier endroit où elle pourrait se reconstruire si sa vie venait à s’effondrer.

Maxime le savait.

Depuis le début de leur relation, il se montrait particulièrement attentionné avec Françoise. Il apportait ses courses, réparait parfois une poignée de porte et lui parlait de placements immobiliers avec un sourire rassurant.

Il avait même proposé de l’aider à organiser sa succession.

Françoise lui faisait confiance.

C’était précisément ce qu’il avait exploité.

— Vous n’avez aucune preuve que je préparais une vente, protesta Maxime. Ce ne sont que des projets.

Maître Marchand posa un doigt sur une page.

— Cette procuration vous aurait permis d’engager une procédure de vente au nom de madame Laurent. Elle ne l’a jamais signée. Pourtant, une copie portant une signature qui semble imiter la sienne a été transmise à un intermédiaire immobilier.

Le visage de Maxime se durcit.

— Vous ne comprenez rien aux affaires.

Gabriel eut un sourire sans joie.

— Je comprends suffisamment les affaires pour reconnaître un homme qui croit que tout le monde a un prix.

Maxime se tourna vers lui.

— Vous faites ça pour Camille ? Vous jouez au chevalier parce que vous la trouvez jolie ?

— Non. Je fais ça parce que votre entreprise a présenté des factures suspectes à mon groupe, parce que des fonds ont disparu et parce que les éléments recueillis suggèrent que vous avez tenté de vous servir de votre future belle-mère pour couvrir vos engagements financiers.

Gabriel marqua une pause.

— Ce qui s’est passé avec Camille est une autre affaire. Une affaire dont elle décidera elle-même comment elle veut s’occuper.

Pour la première fois de la soirée, Maxime sembla comprendre qu’il ne pouvait pas contrôler toutes les personnes présentes dans cette pièce.

Il se précipita vers son téléphone.

— Je vais appeler mon avocat.

— Faites-le, répondit Maître Marchand. Et ne contactez pas madame Laurent pour tenter de la convaincre de modifier son témoignage ou de signer quoi que ce soit.

Maxime s’immobilisa.

— Quel témoignage ?

Gabriel posa une dernière feuille sur la table.

Il s’agissait d’un rapport d’incident établi par l’hôpital après que la médecin eut constaté les blessures de Camille. Rien n’y affirmait encore que Maxime était responsable, mais les observations médicales étaient précises : fracture du poignet, ecchymoses compatibles avec une forte pression des doigts, récit initial d’une chute qui ne correspondait pas entièrement aux lésions.

Camille avait été interrogée une première fois. Elle avait hésité, puis demandé à parler à une professionnelle spécialisée dans les violences conjugales.

Elle avait commencé à raconter la vérité.

Maxime pâlit.

— Elle ne fera jamais ça. Elle sait ce que je peux faire.

Gabriel le fixa.

— C’est peut-être ce que vous lui avez fait croire. Ce n’est pas une preuve qu’elle vous obéira toujours.

Le lendemain matin, Camille se réveilla dans une chambre d’hôpital, avec le bras immobilisé et le téléphone posé près de son oreiller.

Elle avait reçu onze appels de Maxime.

Puis trois messages.

Tu as gâché notre avenir.

Tu sais que j’ai fait ça parce que tu m’as provoqué.

Rentre à la maison. On va régler ça entre nous.

Elle les relut, les mains tremblantes.

Pendant trois ans, elle avait confondu ses excuses avec des remords et ses cadeaux avec des preuves d’amour. Chaque fois qu’il la blessait, il trouvait une façon de lui faire croire qu’elle était responsable.

Elle regarda la robe verte, soigneusement pliée dans un sac que l’infirmière avait récupéré à son arrivée. Le tissu était taché près de l’épaule.

Cette robe avait été le premier choix qu’elle avait fait pour elle-même depuis longtemps.

Et il avait fallu qu’il lui brise le poignet pour tenter de lui faire comprendre qu’elle n’avait pas le droit de choisir.