Les autorités identifièrent également des liens entre cette société et des personnes impliquées dans l’organisation du déplacement de Claire le soir de sa disparition.

Marc fut placé en garde à vue après la découverte de nouvelles preuves. Il nia d’abord toute implication dans la tentative de meurtre, puis affirma que Claire avait provoqué sa propre disparition pour faire pression sur Gabriel.

Mais les enquêteurs retrouvèrent un ancien téléphone contenant des messages supprimés, ainsi qu’un échange avec un intermédiaire évoquant une « opération » prévue le 18 novembre.

Il ne fallut pas longtemps pour que ses déclarations deviennent contradictoires.

Gabriel, lui, ne chercha pas à le faire parler par la force.

Pour la première fois de sa vie, il laissa les preuves parler à sa place.

Il avait compris que s’il voulait connaître la vérité sur Claire, il devait accepter que cette vérité ne lui appartienne pas.

Une semaine après le début de l’enquête, un appel arriva au cabinet de l’avocat.

Un médecin d’une clinique privée située dans le sud de la France souhaitait parler à Gabriel Moretti.

Il avait découvert son nom dans un dossier transmis par les enquêteurs.

La patiente avait été admise sous une identité d’emprunt, deux ans plus tôt, avec une blessure par balle et de graves complications respiratoires.

Elle avait survécu.

Elle avait subi plusieurs interventions chirurgicales, puis une longue rééducation.

Elle vivait toujours sous protection.

Et elle avait demandé à parler à Gabriel.

Lorsqu’il entendit le prénom de la patiente, Gabriel se leva si brusquement que sa chaise tomba derrière lui.

— Claire ?

L’avocat répéta le nom.

Gabriel porta une main à sa bouche.

Pendant deux ans, il avait parlé à une pierre tombale.

Pendant deux ans, il avait imaginé le dernier instant de sa femme, l’incendie, la pluie et la voiture tombant dans le ravin.

Pendant deux ans, il avait transformé son chagrin en colère, persuadé qu’il ne lui restait plus rien à protéger.

Et maintenant, quelqu’un lui disait que Claire était vivante.

Il demanda à partir immédiatement.

L’avocat lui rappela que l’enquête était toujours en cours et qu’il fallait respecter les mesures de sécurité. Gabriel accepta, à condition qu’Élise puisse l’accompagner si elle le souhaitait.

Lorsqu’il lui annonça la nouvelle, elle resta immobile.

— Elle est vivante ?

— Oui.

Élise porta les deux mains à sa bouche.

Puis elle éclata en sanglots.

Elle pleurait de soulagement, de fatigue et de peur, comme si son corps avait enfin compris qu’il pouvait relâcher les deux années de tension accumulées.

Gabriel ne tenta pas de la consoler par des mots.

Il lui tendit simplement un mouchoir.

Après un long moment, elle releva la tête.

— Je veux la revoir.

— Moi aussi, dit-il.

La clinique se trouvait derrière une rangée de pins, à l’écart d’une petite route côtière.

Le jour de leur visite, la mer était calme. Le soleil d’hiver éclairait les murs blancs et les fenêtres ouvertes sur un jardin.

Gabriel marcha dans le couloir sans dire un mot.

Chaque pas semblait le rapprocher d’un rêve qu’il avait cessé de s’autoriser.

Devant la porte, une infirmière lui demanda d’attendre quelques instants.

Puis elle ouvrit.

Claire était assise près de la fenêtre, un plaid sur les jambes.

Ses cheveux avaient repoussé, mais une cicatrice fine descendait le long de son cou. Elle était plus maigre que dans ses souvenirs. Ses mains reposaient sur les accoudoirs du fauteuil, et son visage portait les traces d’une longue souffrance.

Mais c’était elle.

Elle tourna la tête.

Gabriel s’arrêta sur le seuil.

— Claire…

Elle porta une main à sa bouche.

Pendant plusieurs secondes, aucun d’eux ne bougea.

Puis Gabriel traversa la pièce.

Il s’agenouilla devant elle et prit ses mains entre les siennes.

— Je t’ai enterrée, murmura-t-il.

Les yeux de Claire se remplirent de larmes.

— Je sais.

— J’ai passé deux ans à croire que je t’avais perdue.

— Je sais, Gabriel.

Il secoua la tête, incapable de parler.

Elle posa une main sur sa joue.

— Tu as vieilli.

Il laissa échapper un rire brisé.

— Toi aussi.

Elle sourit à travers ses larmes.

Puis son regard se posa sur Élise, qui attendait près de la porte.

— Tu l’as retrouvée, dit-elle.

Élise s’approcha lentement.

— Je suis désolée de ne pas être venue plus tôt.

Claire lui prit la main.

— Tu m’as protégée quand personne d’autre ne le pouvait. Tu n’as rien à te reprocher.

— J’avais peur.

— Bien sûr que tu avais peur. Tu étais seule, tu n’avais presque rien et tu portais un secret qui aurait pu te coûter la vie.

Claire serra ses doigts.

— Tu as fait plus que ce que je pouvais te demander.

Gabriel les regarda toutes les deux.

Puis il s’adressa à sa femme.

— Pourquoi ne m’as-tu pas fait confiance ?