Avant vendredi, pensait-il, Adrien serait isolé, son groupe paralysé et ses alliés retournés contre lui.

Mais Étienne avait commis une erreur.

Il avait sous-estimé la capacité d’Adrien à remarquer ce qui ne collait pas.

Une alerte dans la nuit

Trois jours plus tard, Adrien reçut un appel concernant un transfert de marchandises dans le port de Marseille.

Un responsable logistique affirmait que des documents avaient été modifiés après validation. Une cargaison avait été déplacée sans autorisation et un paiement considérable avait été envoyé à une société inconnue.

Adrien demanda les originaux.

Les signatures étaient presque parfaites.

Presque.

Il consulta les journaux informatiques, les historiques de validation et les échanges internes. Plusieurs opérations avaient été approuvées depuis un terminal auquel seul un petit nombre de personnes avait accès.

Le nom d’Étienne apparaissait dans les registres.

Adrien ne l’accusa pas immédiatement. Il demanda à son directeur financier de préserver les données et chargea un cabinet indépendant d’examiner les comptes.

Puis il fit convoquer une réunion exceptionnelle.

Étienne arriva en costume sombre, un dossier sous le bras.

— Nous avons un problème, annonça Adrien.

— Je suis au courant. Les équipes du port ont commis des erreurs. Nous pouvons régler cela en interne.

— Pourquoi une partie des documents a-t-elle été modifiée après leur validation ?

Étienne ne cligna pas des yeux.

— Quelqu’un a dû utiliser mes accès.

— Et pourquoi les fonds ont-ils été transférés vers une société liée à un ancien prestataire dont tu as recommandé l’embauche ?

Un silence bref s’installa.

— Tu devrais te méfier des gens qui t’entourent, Adrien. Depuis l’arrivée de cette femme et de son enfant, tu ne réfléchis plus comme avant.

Adrien referma le dossier.

— Ne parle pas de Claire et de Lila pour éviter de répondre à mes questions.

Étienne se leva.

— Je t’ai servi pendant dix-sept ans.

— Alors tu devrais savoir que je ne confonds pas la loyauté avec l’impunité.

Il suspendit les accès d’Étienne aux systèmes financiers et demanda qu’aucun document ne soit détruit. Les vérifications seraient menées par des professionnels indépendants, avec l’assistance des autorités compétentes si les faits le justifiaient.

Étienne quitta la pièce sans un mot.

Mais, dans le couloir, son visage avait changé.

Il ne lui restait que deux jours.

Le coup de feu

Le jeudi soir, Claire remarqua que deux voitures inconnues stationnaient près du portail.

Elle en informa immédiatement le responsable de la sécurité. Les véhicules quittèrent les lieux avant qu’on puisse les identifier, mais l’incident fut consigné et les images de surveillance sauvegardées.

Adrien décida de renforcer la protection du domaine et de faire vérifier les accès. Il voulait éviter de paniquer Claire, mais elle comprit qu’un danger existait.

— Qu’est-ce qu’il se passe ? demanda-t-elle.

Il hésita.

— Il y a des irrégularités dans mon groupe. Certaines personnes n’ont pas intérêt à ce que je découvre leur origine.

— Et Lila ?

— Elle sera protégée.

Claire croisa les bras.

— Je ne veux pas qu’elle grandisse au milieu de vos guerres.

La phrase le frappa plus durement qu’il ne l’aurait cru.

— Je ne veux pas cela non plus.

Cette nuit-là, il prit une décision qu’il repoussait depuis des années : il allait faire examiner l’ensemble de ses activités, même celles dont il avait hérité sans poser de questions. Les entreprises légitimes seraient séparées des structures douteuses. Les opérations suspectes seraient signalées et les activités illégales, si elles étaient établies, devraient cesser.

Il savait que cette décision pourrait lui coûter son argent, son influence et la protection de ceux qui avaient profité de son nom.

Pourtant, en regardant Lila dormir dans le fauteuil du salon, il comprit que continuer comme avant aurait un prix plus élevé.

Le lendemain, alors que Claire et Lila se promenaient dans le jardin sous la surveillance d’un agent, une voiture surgit près de l’allée latérale.

Tout se passa en quelques secondes.

Un homme sortit du véhicule et cria à Adrien, qui venait d’apparaître sur les marches, de reculer. L’agent de sécurité se mit en mouvement. Claire attrapa Lila et la tira derrière un muret.

Un coup de feu retentit.

Claire sentit une douleur fulgurante lui traverser l’épaule. Elle s’effondra en protégeant sa fille de son corps.

Lila hurla.

Adrien courut vers elles tandis que les agents maîtrisaient la situation et appelaient les secours. L’assaillant fut immobilisé, puis remis aux forces de l’ordre. L’arme et les lieux furent sécurisés.

Adrien s’agenouilla près de Claire.

— Restez avec nous. Les secours arrivent.

Elle respirait difficilement, mais elle était consciente. La balle avait traversé la partie supérieure de son épaule. L’agent de sécurité appliquait une pression sur la plaie en attendant l’ambulance.

Lila, tremblante, s’accrochait à la manche d’Adrien.

— Pourquoi maman est tombée ?

Il ne trouva pas immédiatement les mots.

— Elle t’a protégée.