Lila regarda le sang sur les mains de sa mère.

— Maman a sauvé mon cœur ?

Adrien sentit sa gorge se serrer.

— Oui, mon petit cœur. Ta maman t’a protégée. Et maintenant, nous allons faire tout ce qu’il faut pour qu’elle puisse revenir auprès de toi.

Lorsque les secours emmenèrent Claire, Adrien resta quelques secondes dans le jardin, incapable de détacher son regard de l’endroit où elle était tombée.

Il avait passé sa vie à croire que la peur était une forme de pouvoir.

Pour la première fois, il comprit qu’elle pouvait aussi détruire tout ce qu’il cherchait à protéger.

Le véritable ennemi

Claire fut opérée dans un hôpital d’Aix-en-Provence. La blessure était sérieuse, mais les médecins estimèrent que son état pouvait se stabiliser. Lila resta auprès d’une personne de confiance, accompagnée par une professionnelle chargée de l’aider à traverser le choc.

Adrien ne quitta pas l’hôpital.

Il n’acheta pas le silence des témoins. Il ne fit pas disparaître les images de surveillance. Il ne chercha pas à se venger de l’homme arrêté.

Il remit aux enquêteurs les enregistrements disponibles, les informations sur les véhicules et les éléments susceptibles de relier l’agression aux menaces récentes. Les enquêteurs examinèrent les liens éventuels entre l’assaillant, les opérations financières contestées et les personnes ayant accès aux systèmes du groupe.

Étienne, interrogé sur les anomalies comptables, affirma qu’il n’avait rien à voir avec l’attaque.

Il fallut vérifier cette affirmation.

Les premières analyses révélèrent toutefois des transferts inexpliqués et des communications entre des intermédiaires liés à certaines sociétés du groupe et des personnes déjà identifiées dans le cadre des investigations. Les enquêteurs cherchèrent à déterminer qui avait financé l’opération, qui en avait donné les instructions et si les documents avaient été falsifiés pour dissimuler les mouvements d’argent.

Adrien ne prétendit pas connaître toutes les réponses.

Mais il savait désormais une chose : son empire avait permis à des hommes de se croire intouchables. Et, même s’il n’avait pas personnellement ordonné chaque acte commis en son nom, il ne pouvait plus se contenter de détourner les yeux.

Il convoqua ses avocats et les responsables du groupe.

— Toutes les activités seront examinées par un cabinet indépendant. Les opérations suspectes seront suspendues. Les documents seront conservés et transmis aux autorités lorsque la loi l’exige. Je ne protégerai personne au seul motif qu’il travaille pour moi.

Un dirigeant protesta.

— Vous risquez de perdre des contrats, des actifs et des années de travail.

Adrien le regarda.

— Si ces contrats reposent sur des crimes ou sur des détournements, ils ne méritent pas d’être sauvés.

Il ordonna un plan de séparation des activités légitimes, la cessation des opérations illégales et la coopération avec les enquêteurs. Il savait que la restructuration pouvait entraîner des pertes considérables et que certaines responsabilités pourraient aussi remonter jusqu’à lui.

Il ne cherchait plus à préserver le nom Valmont à tout prix.

Il voulait empêcher que ce nom continue de servir de couverture à la violence.

« Tu n’es plus triste ? »

Quatre jours après l’agression, Claire ouvrit les yeux dans sa chambre d’hôpital.

Adrien était assis près de la fenêtre, les mains jointes. Lorsqu’il la vit bouger, il se leva aussitôt.

— Claire ?

Elle grimaça en essayant de se redresser.

— Lila ?

— Elle va bien. Elle est avec une personne qui s’occupe d’elle. Elle pourra venir te voir dès que l’équipe médicale le permettra.

Claire ferma les yeux de soulagement.

— Et l’homme qui a tiré ?

— Il a été arrêté. Les enquêteurs cherchent à comprendre ce qui s’est passé. Je leur ai remis les éléments dont je dispose.

Elle le fixa.

— Tu vas te venger ?

Adrien baissa la tête.

— C’est ce que j’aurais fait autrefois.

— Et maintenant ?

Il regarda la montre en argent qu’il tenait dans sa main.

— Maintenant, je vais arrêter de donner du pouvoir à des gens qui pensent que la peur leur permet tout.

Claire demeura silencieuse, puis murmura :

— Ne transforme pas ce qui m’est arrivé en excuse pour devenir un autre homme violent.

Il reçut ces mots sans protester.

— Je ne veux plus être cet homme.

Quelques jours plus tard, Lila put enfin entrer dans la chambre, avec l’accord de l’équipe soignante. Elle avançait prudemment, son lapin bleu serré contre elle.

Lorsqu’elle vit sa mère, elle courut vers le lit, puis s’arrêta en se rappelant qu’il ne fallait pas toucher son épaule blessée.

— Maman, tu es réparée ?

Claire sourit malgré la douleur.

— Pas encore complètement, mon amour.

Lila posa son lapin sur la couverture.

— Lui, il peut te garder compagnie. Il sait attendre.

Claire éclata en sanglots. Adrien détourna le regard pour leur laisser ce moment.

Puis Lila se tourna vers lui.