Elle ouvrit l’enveloppe et en sortit une feuille pliée en trois.

La lettre avait été écrite par Sophie Martin.

Elle y expliquait qu’elle avait connu le père biologique d’Élise pendant une brève relation, avant de perdre tout contact avec lui. Elle ne connaissait pas sa situation familiale et ne souhaitait pas inventer une identité sans preuve.

Mais une phrase avait été soulignée au crayon :

« Si un jour ma fille cherche à comprendre ses origines, j’espère qu’elle pourra retrouver les personnes qui ont connu son père. Je ne veux pas qu’elle grandisse en croyant que son histoire est une honte. »

Élise sentit ses yeux se remplir de larmes.

— Pourquoi cette lettre était-elle chez vous ?

Claire hésita.

— Parce que la femme qui me l’a remise travaillait avec mon mari sur un programme de soutien aux enfants placés. Elle m’avait demandé de la conserver, au cas où un élément permettrait un jour d’identifier le père de l’enfant.

Thomas fronça les sourcils.

— Et tu n’as jamais cherché ?

— Nous n’avions aucun nom complet, aucun acte et aucune certitude. Puis la vie a continué.

— Pendant dix-huit ans ?

Claire ne répondit pas.

Élise regarda la lettre, puis Claire.

— Vous saviez donc que je pouvais avoir un lien avec cette famille ?

— Je savais qu’il existait une question sans réponse. Je ne savais pas que tu étais cette enfant.

Antoine eut un rire nerveux.

— C’est pratique, tout de même. Elle revient dans nos vies au moment où Thomas parle de succession, et voilà qu’on découvre une lettre mystérieuse.

Thomas se tourna vers lui.

— Tu savais pour cette lettre ?

— Non.

— Alors comment savais-tu que cette histoire pouvait toucher notre famille ?

Antoine se tut.

Et cette fois, ce silence ne ressemblait pas à celui d’un homme surpris.

Il ressemblait à celui de quelqu’un qui venait de comprendre qu’il avait trop parlé.

Le document que Thomas n’avait jamais montré à son frère

Thomas se leva et se dirigea vers son bureau.

Il revint avec une chemise noire qu’il posa au centre de la table.

— Puisque nous parlons de succession, expliqua-t-il, autant être précis.

Il ouvrit le dossier.

À l’intérieur se trouvaient des documents relatifs à Delmas Construction, l’entreprise qu’il dirigeait depuis la mort de son père adoptif.

Thomas n’avait jamais caché à sa famille qu’il préparait la transmission progressive de ses responsabilités. Après son récent examen médical, il avait souhaité anticiper les difficultés possibles, même si les médecins lui avaient finalement annoncé que la masse détectée était bénigne.

Il avait donc commencé à organiser plusieurs choses : la continuité de la direction, la protection des salariés et la répartition de certains actifs personnels.

— Ce dossier n’est pas un testament définitif, précisa-t-il. C’est un ensemble de documents préparatoires. Je n’ai signé aucun transfert au profit d’Élise, ni promis quoi que ce soit à qui que ce soit.

Il tourna une page.

— Pourtant, quelqu’un a demandé à mon notaire une copie d’une version préliminaire du document.

Antoine se redressa.

— Comment ça ?

— Mon notaire m’a averti qu’une personne avait appelé son cabinet en se présentant comme mon représentant. Elle voulait connaître les dispositions envisagées en cas d’incapacité ou de décès.

Claire porta une main à sa bouche.

— Qui a appelé ?

Thomas regarda son frère.

— Le numéro utilisé était associé à ton entreprise, Antoine.

Antoine blêmit.

— C’est absurde. Plusieurs personnes utilisent les lignes du bureau.

— C’est possible. C’est précisément pour cela que je veux une explication, et non une accusation sans preuve.

Thomas referma le dossier.

— Mais tu savais que je préparais ces documents. Tu as ensuite fait enquêter sur Élise et tu as immédiatement réagi quand elle a sorti cette photo.

Antoine se leva.

— Parce que tu es en train de faire entrer une inconnue dans notre famille alors que tu es vulnérable !

— Une inconnue qui m’a rendu 1 500 euros sans demander un centime.

— Ce n’est pas une preuve qu’elle est honnête sur tout !

Élise prit la parole.

— Vous avez raison sur un point. Vous ne me connaissez pas. Mais vous avez choisi de chercher mes informations personnelles et de les exposer devant moi, comme si mon enfance constituait une accusation.

Elle le regarda droit dans les yeux.

— Vous avez parlé de ma mère, de mon placement et de mon absence de patrimoine. Vous avez résumé toute ma vie en quelques lignes, sans jamais vous demander ce que j’avais fait de ces difficultés.

Antoine ne répondit pas.