— Je ne vous demande ni votre argent ni votre nom. Je n’ai jamais demandé à Thomas de me donner quoi que ce soit. Je suis venue chez lui parce que je pensais qu’il méritait de récupérer son portefeuille.
Elle se tourna vers Thomas.
— Et si notre passé commun te donne envie de renouer avec moi, je le souhaite. Mais je ne veux pas être le prétexte d’une guerre familiale.
Thomas acquiesça lentement.
— Tu as raison.
Puis il regarda son frère.
— À partir de maintenant, aucune décision concernant mon patrimoine ne sera discutée en dehors de mon notaire et de mon avocate. Et je veux que tu cesses toute recherche sur Élise.
Antoine serra la mâchoire.
— Tu vas vraiment choisir cette femme plutôt que ton propre frère ?
Thomas répondit sans hausser la voix :
— Je ne choisis pas entre vous. Je choisis de ne pas laisser ma famille traiter quelqu’un comme un suspect parce qu’elle n’a pas grandi dans les mêmes conditions que nous.
La découverte du foyer des Amandiers
Deux jours plus tard, Thomas et Élise se retrouvèrent devant l’ancien foyer de Bron.
Le bâtiment avait changé de fonction. Une partie accueillait désormais des services d’accompagnement social, et l’entrée avait été rénovée. Mais le vieux mur de briques était toujours là.
Élise s’arrêta devant le portail.
— C’est ici que tu m’as appris à dessiner des maisons, dit-elle.
Thomas sourit tristement.
— Je me souviens surtout que tu dessinais des fenêtres partout.
— Parce que je voulais une chambre avec une fenêtre qui donnait sur un jardin.
— Tu disais qu’un jour, tu construirais une maison où personne ne pourrait t’enfermer.
Élise laissa échapper un petit rire.
— J’avais dix ans. Je ne savais pas encore que j’allais devenir infirmière.
Ils entrèrent après avoir obtenu l’accord de la responsable du service.
Une éducatrice, qui travaillait dans l’établissement depuis longtemps, accepta de les recevoir. Elle ne pouvait pas leur remettre des dossiers confidentiels sans procédure appropriée, mais elle confirma que certains anciens documents avaient été conservés aux archives départementales ou par les services compétents.
Elle leur donna également une information importante.
À l’époque, un bénévole intervenait régulièrement au foyer pour proposer des ateliers de dessin et d’aide aux devoirs. Il s’appelait Laurent Delmas.
Thomas se figea.
— Laurent Delmas ? Mon père ?
L’éducatrice consulta ses notes.
— Oui. Il venait parfois avec son épouse. Ils ont soutenu plusieurs enfants du foyer. Mais je ne peux pas vous confirmer qu’il était le père biologique d’Élise.
Thomas regarda la jeune femme.
Son père adoptif était mort six ans auparavant. Il ne lui avait jamais parlé d’une relation antérieure ni d’un enfant dont il aurait ignoré l’existence.
— Mon père connaissait peut-être ta mère, murmura-t-il.
Élise ne répondit pas immédiatement.
— C’est possible. Mais nous ne devons pas transformer une coïncidence en certitude.
L’éducatrice leur conseilla de demander, par les voies légales appropriées, l’accès aux documents susceptibles de clarifier les origines d’Élise.
Ils repartirent avec une liste de démarches à effectuer.
Sur le trottoir, Thomas s’arrêta.
— Si mon père est ton père biologique, je ne sais pas comment je dois me sentir.
Élise le regarda.
— Tu n’as pas besoin de décider aujourd’hui. Et tu n’as pas à te sentir coupable de quelque chose que tu ignorais.
Elle marqua une pause.
— Je veux connaître mon histoire. Mais je ne veux pas qu’on invente une histoire à ma place.
Thomas hocha la tête.
Pour la première fois, ils abordaient leur passé sans se réfugier dans les souvenirs heureux ni dans les suppositions.
Ils acceptaient de ne pas savoir.
Et c’était déjà un début.
Antoine avait une autre raison de s’inquiéter
Pendant ce temps, Maître Garnier, que Thomas avait consultée pour examiner les questions de gouvernance de son entreprise, demanda que les documents concernant les appels au notaire soient conservés.
Elle découvrit qu’Antoine avait récemment sollicité des informations sur les pouvoirs de représentation et les modalités de succession de son frère.
Ces démarches n’étaient pas nécessairement illégales en elles-mêmes. Mais elles soulevaient des questions, notamment parce qu’Antoine avait fait enquêter sur Élise au même moment.
Thomas demanda à son frère de venir le voir en présence de leur avocate.
Antoine arriva avec un dossier sous le bras.
— Je suppose que tu veux me faire passer un interrogatoire.
— Je veux comprendre pourquoi tu as cherché à obtenir des informations confidentielles sur mes dispositions personnelles.
Antoine posa le dossier.
— Je voulais protéger l’entreprise.
— De quoi ?
— Si tu tombais malade, quelqu’un devait pouvoir prendre le relais.
Thomas le fixa.
— J’ai déjà un plan de continuité avec le conseil d’administration. Tu le sais.
Antoine détourna les yeux.
— Je pensais que tu allais donner davantage de pouvoir à cette infirmière.