Elle n’avait pas encore de quoi démontrer qui avait manipulé les documents. Mais elle savait désormais qu’il ne fallait pas céder à la panique.

Deux jours plus tard, Roxane se présenta devant son immeuble.

Elle portait un manteau crème, des lunettes de soleil et le même bracelet de diamants.

— Je viens te proposer un arrangement, annonça-t-elle.

— Je ne veux rien de vous.

— Tu ne m’as même pas écoutée.

— Vous m’avez fait perdre mon travail. Vous m’accusez de vol. Vous avez passé des semaines à humilier un homme qui ne vous avait rien fait. Qu’est-ce qui pourrait me donner envie de vous écouter ?

Le sourire de Roxane se figea.

— Tu es enceinte, n’est-ce pas ?

Lucie sentit son cœur s’arrêter une fraction de seconde.

Elle n’avait parlé de sa grossesse qu’à sa mère et à son médecin.

— Comment le savez-vous ?

Roxane retira lentement ses lunettes.

— Parce que nous avons vérifié.

— Qui, « nous » ?

— Des gens qui s’intéressent à Adrien. Et qui savent qu’il ne supportera pas qu’il arrive quelque chose à son enfant.

Lucie sentit ses jambes trembler, mais elle ne recula pas.

— Vous ne vous approcherez pas de mon bébé.

Roxane eut un rire bref.

— Ton bébé ? Tu ignores donc toujours qui est vraiment Adrien.

Elle sortit de son sac une photographie.

On y voyait Adrien dans un costume sombre, debout devant un bâtiment officiel, entouré de plusieurs hommes. À côté de lui se tenait un homme âgé au visage fermé, dont le nom apparaissait sous la photographie dans un article de presse.

Victor Delcourt, fondateur du groupe Delcourt et figure centrale d’une ancienne enquête sur les activités criminelles de plusieurs sociétés.

Lucie regarda l’image sans comprendre.

— Adrien n’est pas un sans-abri, poursuivit Roxane. Il possède des hôtels, des immeubles et des entreprises. Il est l’héritier d’une fortune immense.

— Pourquoi m’a-t-il menti ?

— Parce qu’il voulait savoir si une femme pouvait l’aimer sans connaître son nom. Tu as réussi son petit test. Félicitations.

Roxane rangea la photographie.

— Mais tu as commis une erreur : tu as cru que sa richesse était le pire secret de cette histoire.

Elle se pencha vers Lucie.

— Son père n’a pas construit sa fortune uniquement avec des hôtels. Certaines personnes ont disparu après avoir refusé de travailler pour lui. D’autres ont perdu leur entreprise. Et plusieurs familles attendent encore que quelqu’un réponde de ce qui leur est arrivé.

— Vous êtes en train de me dire qu’Adrien est un criminel ?

— Je te dis que tu ne sais rien de l’homme dont tu portes l’enfant.

Roxane s’éloigna sans attendre de réponse.

Lucie resta longtemps sur le trottoir, la photographie tremblant dans sa main.

Elle ne savait pas si Roxane disait la vérité, si elle cherchait à la terroriser ou si les deux choses étaient possibles à la fois.

Mais elle savait une chose : elle devait découvrir qui était réellement Adrien avant que quelqu’un ne décide du destin de son enfant à sa place.

La vérité derrière le nom Delcourt

Le soir même, Lucie appela Bruno.

— Je veux voir Adrien.

— Ce n’est pas prudent.

— Je suis enceinte de son enfant. Je ne vous demande pas de me raconter ses affaires. Je lui demande de me regarder en face et de me dire la vérité.

Bruno resta silencieux quelques secondes.

— Je vais lui transmettre votre demande.

Il la rappela le lendemain.

— Il accepte de vous recevoir. Mais la rencontre aura lieu dans un endroit sécurisé, avec votre accord. Vous pourrez repartir quand vous le souhaiterez.

Lucie accepta.

Le rendez-vous fut fixé dans une propriété discrète à l’extérieur de Paris. Lorsqu’elle entra dans le salon, Adrien se tenait près d’une fenêtre.

Il avait perdu du poids. Une fine cicatrice traversait son sourcil, et ses yeux portaient la fatigue de plusieurs nuits sans sommeil.

En la voyant, il fit un pas vers elle, puis s’arrêta.

— Lucie…

— Ne m’approchez pas. Pas avant de m’avoir répondu.

Il baissa la tête.

— D’accord.

Elle posa sur la table la photographie de Roxane.

— Qui êtes-vous ?

Adrien inspira lentement.

— Je m’appelle Adrien Delcourt. Je dirige une partie du groupe fondé par mon père. Je possède plusieurs entreprises, des hôtels et des biens immobiliers. Je n’ai jamais été sans-abri.

— Vous m’avez menti.

— Oui.

— Vous m’avez laissé croire que vous n’aviez plus rien.

— Oui.

— Et lorsque vous avez compris que je comptais pour vous, vous avez disparu sans même me donner une explication.

Cette fois, il ne répondit pas immédiatement.