— J’ai reçu des menaces. Mon père a passé sa vie à se faire des ennemis, et certains veulent utiliser les personnes que j’aime pour m’atteindre. Lorsque Bruno m’a annoncé que des hommes avaient commencé à vous suivre, j’ai cru que partir était la seule façon de vous protéger.

Lucie eut un rire sans joie.

— Vous avez décidé que j’étais plus en sécurité dans l’ignorance, sans même me demander ce que je voulais.

— Oui. Et j’ai eu tort.

Elle le fixa, surprise par cette réponse sans excuse.

Adrien poursuivit :

— Je ne vous demanderai pas de me pardonner. Je veux seulement que vous sachiez que je n’ai jamais joué avec vos sentiments. Quand je venais vous voir, quand vous me parliez de votre mère et de votre rêve de boulangerie, j’étais heureux. C’était la première fois depuis longtemps que quelqu’un me parlait sans rien attendre de moi.

— Et vous avez détruit cette confiance en me mentant.

— Je sais.

Lucie sortit de son sac le compte rendu médical.

— Je suis enceinte.

Adrien pâlit.

Il prit le papier, le lut, puis releva lentement les yeux.

— Tu es sûre que tu veux garder cet enfant ?

— Je ne suis pas venue demander la permission. Je suis venue vous informer que vous allez être père. Ce que vous ferez ensuite dépendra de vous.

Adrien posa le document sur la table.

— Je veux être présent. Si tu m’y autorises, je veux participer aux soins, aux dépenses et à tout ce dont notre enfant aura besoin. Mais je ne t’imposerai ni mon argent ni ma présence.

Lucie observa son visage. Elle cherchait le mensonge, le calcul, l’arrogance qu’elle avait vus chez tant de gens riches.

Elle ne pouvait pas savoir s’il avait changé.

Mais elle pouvait lui laisser l’occasion de prouver ses paroles.

— Je ne veux pas vivre dans votre monde, Adrien. Je ne veux pas de gardes devant ma porte ni de gens qui vérifient mes déplacements.

— Alors nous établirons des limites. Et si tu te sens en danger, tu choisiras avec qui tu veux être accompagnée.

— Je veux aussi que vous me disiez tout ce qui pourrait mettre notre enfant en danger.

— Je te le promets.

Lucie secoua la tête.

— Ne me promettez rien. Faites-le.

Adrien acquiesça.

Pour la première fois depuis leur rencontre, il ne tenta pas de trouver les mots parfaits.

Il l’écouta.

Le secret de Victor Delcourt

Bruno apporta ensuite un dossier que Lucie ne s’attendait pas à voir.

Il contenait des articles de presse, des documents judiciaires accessibles et des rapports d’enquête concernant plusieurs sociétés autrefois liées à Victor Delcourt. Certaines avaient été soupçonnées d’avoir servi à dissimuler des paiements illicites. Plusieurs anciens dirigeants avaient été interrogés. Des accusations avaient été contestées, et tous les faits rapportés n’avaient pas donné lieu à des condamnations.

Adrien expliqua que son père était mort deux ans plus tôt, mais que les conséquences de ses activités continuaient de menacer le groupe et ceux qui en avaient été proches.

— J’ai découvert des documents qui suggèrent que certaines personnes de mon entourage ont continué à utiliser les anciennes méthodes de mon père, dit-il. J’ai essayé de comprendre qui profitait encore de ce système. C’est pour cela que je me cachais.

— Et vous pensiez qu’en vous faisant passer pour un sans-abri, vous découvririez la vérité ?

— Je voulais savoir qui était sincère avec moi. Je reconnais que ce n’était pas une manière juste de rencontrer quelqu’un.

Lucie referma le dossier.

— Vous avez cherché la sincérité en commençant par un mensonge. Vous comprenez le problème ?

— Oui.

Adrien lui révéla alors ce qu’il avait appris au sujet de Roxane.

Elle travaillait avec Cécile de Varenne, une ancienne associée de son père. Plusieurs messages indiquaient qu’elles avaient cherché à isoler Adrien, à discréditer les personnes susceptibles de lui faire confiance et à récupérer le contrôle de certains actifs du groupe.

L’accusation de vol contre Lucie pouvait faire partie de cette stratégie. Mais il faudrait retrouver les originaux des documents, les enregistrements du restaurant et les communications des personnes concernées pour établir ce qui s’était réellement passé.

— Je vais vous aider à faire vérifier ces éléments, dit Adrien. Mais je ne veux pas que vous soyez entraînée dans une confrontation avec Roxane.

Lucie posa les mains sur son ventre.

— Je ne veux pas de confrontation. Je veux que mon nom soit lavé et que personne ne s’approche de mon enfant pour me faire chanter.

— Alors nous allons nous en tenir aux faits.

Le piège se referme