Les trois assurances-vie de mon mari : le dossier bleu qui a révélé son véritable visage
Claire passa la nuit suivante dans la petite pièce secrète derrière la bibliothèque de son père.
Pas parce qu’elle voulait revivre la terreur de la veille, mais parce qu’elle avait compris une chose : si Julien avait réellement préparé quelque chose contre elle, rentrer dans leur routine habituelle sans prévenir personne serait dangereux.
À 8 h 30, elle avait déjà contacté une avocate spécialisée en droit pénal, transmis les premières captures d’écran et demandé à Marc de conserver les images de la caméra extérieure.
Son avocate, Maître Sophie Garnier, lui avait donné une consigne très claire :
— Ne touchez plus aux documents susceptibles de servir de preuves. Ne cherchez pas à obtenir des aveux vous-même. Et surtout, ne restez pas seule avec votre mari si vous pensez qu’il peut vous faire du mal.
Claire avait également contacté la police pour signaler les faits et la présence de la seringue. Elle ignorait encore ce qu’elle contenait, mais elle ne voulait pas prendre le risque de découvrir trop tard qu’elle avait sous-estimé la menace.
À 10 heures, elle était assise dans le bureau de son avocate.
Le dossier bleu reposait entre elles.
— Commençons par l’acte portant votre signature, proposa Maître Garnier.
Claire ouvrit la chemise.
Il s’agissait d’un document préparatoire concernant la maison de Saint-Cloud, accompagné d’une demande de modification de propriété. Selon le texte, elle aurait accepté de transférer une partie de ses droits à une société civile immobilière créée quelques mois auparavant.
Le gérant de cette société était Julien.
— Je n’ai jamais signé ça, affirma Claire.
— Je vous crois. Mais nous allons devoir le démontrer. Avez-vous conservé des documents originaux comportant votre signature ?
— Des dizaines. Mon père conservait toutes les archives de la maison. J’ai également les contrats de mon agence.
L’avocate examina la copie.
— La première chose à vérifier est l’origine du document. Il peut s’agir d’un faux, d’un projet non finalisé ou d’une autre irrégularité. Nous ne pouvons pas conclure sans examiner le dossier complet.
Claire hocha la tête.
Elle avait besoin de faits, pas de suppositions.
Puis elle sortit les trois captures d’écran envoyées par Lucas.
— Il y a aussi les assurances-vie.
Maître Garnier les étudia attentivement.
Trois contrats avaient été ouverts à des dates différentes, pour un capital total annoncé de 1,5 million d’euros. Claire y figurait comme personne assurée, tandis que Julien apparaissait comme bénéficiaire.
Certaines informations administratives étaient incomplètes. Une référence de signature électronique figurait sur deux documents, et le troisième semblait avoir été souscrit par l’intermédiaire d’un courtier.
— Nous allons demander aux assureurs de vérifier les conditions de souscription, dit l’avocate. Il faut déterminer qui a effectué les démarches, quels justificatifs ont été utilisés et si votre consentement a réellement été recueilli.
Claire fixa les montants.
— Pourquoi trois contrats différents ?
— Cela peut avoir plusieurs explications. Pour l’instant, nous devons éviter d’interpréter leur nombre sans connaître leur historique.
Claire serra les poings.
— Et la seringue ?
— C’est une question pour les enquêteurs et les experts. Ne la manipulez pas davantage si elle est encore accessible. Si elle a été récupérée, indiquez précisément où et quand elle a été trouvée.
Claire sentit une vague de froid lui traverser le dos.
Julien avait dormi près d’elle pendant quatorze ans. Il connaissait ses habitudes, ses peurs et ses gestes les plus ordinaires. Il savait à quel moment elle prenait ses médicaments, quand elle rentrait du travail et comment la rassurer lorsqu’elle était épuisée.
Si les soupçons étaient fondés, cette familiarité avait pu devenir un moyen de l’approcher sans éveiller sa méfiance.
— Il voulait que tout le monde pense que j’étais instable, murmura-t-elle.
Maître Garnier referma le dossier.
— C’est possible. Mais ce sont les preuves qui permettront de comprendre ce qu’il préparait. Pour votre sécurité, nous allons aussi faire en sorte que les personnes compétentes soient informées rapidement.
À cet instant, le téléphone de Claire vibra.
Un message de Lucas.
« Maman, il faut que je te raconte comment j’ai découvert tout ça. Mais il y a une chose que tu ne sais pas encore. »
Claire l’appela immédiatement.
Ce que Lucas avait découvert à l’internat
— Où es-tu ? demanda-t-elle.
— Dans ma chambre. Maman, je n’ai pas dormi de la nuit.
— Est-ce que tu es en sécurité ?
— Oui. Je suis avec mon surveillant. Il sait que j’ai un problème à la maison.
Claire ferma les yeux de soulagement.
— Raconte-moi tout, mon chéri.
Lucas inspira profondément.
— Dimanche dernier, papa m’a demandé d’utiliser son ordinateur pour imprimer un dossier. Il disait que son imprimante ne fonctionnait plus. Quand j’ai ouvert les fichiers, plusieurs fenêtres étaient déjà ouvertes.
— Lesquelles ?