— Pourquoi ce dossier parle-t-il de succession ? demanda-t-elle.

Maître Garnier examina la pièce.

— Votre père vous a transmis la maison. Julien a peut-être cherché à utiliser cet historique pour rendre l’opération plus crédible. Nous devons vérifier s’il a tenté de modifier la propriété du bien ou de tromper un établissement financier.

L’avocate parcourut les pages suivantes.

Une société immobilière avait été créée plusieurs mois auparavant. Son nom ressemblait à celui d’une société légitime qui avait participé à la rénovation de la maison des années plus tôt.

Cette ressemblance n’était probablement pas accidentelle, mais il fallait encore établir qui avait conçu le montage et dans quel but.

Le dossier contenait aussi une estimation immobilière et une demande de financement.

La valeur de la maison permettait d’expliquer pourquoi Julien s’y intéressait autant : il espérait obtenir suffisamment de fonds pour couvrir ses dettes et empêcher la faillite de son entreprise.

Mais il avait tenté de le faire en utilisant le patrimoine de Claire sans son accord.

L’avocate posa les documents.

— Nous avons maintenant plusieurs pistes distinctes : les contrats d’assurance, les actes de propriété et les opérations financières. Les enquêteurs devront établir les liens entre elles.

Claire fixa la dernière page.

Une note manuscrite y avait été ajoutée :

« Une fois le dossier validé, plus aucun obstacle. »

Elle ne savait pas qui avait écrit cette phrase.

Elle ne savait pas non plus si elle concernait uniquement l’opération immobilière ou si elle faisait référence à autre chose.

Mais elle savait que Julien devait répondre aux questions que ce dossier soulevait.

Le jour où Lucas a revu son père

Plusieurs semaines passèrent.

Lucas était resté à l’internat, où il bénéficiait du soutien de l’équipe éducative. Claire venait le voir chaque fois qu’elle le pouvait. Elle avait également consulté un professionnel pour l’aider à traverser cette période sans porter seul le poids des événements.

Un samedi matin, il lui demanda :

— Est-ce que papa va revenir à la maison ?

Claire prit le temps de réfléchir.

— Je ne sais pas ce qui se passera ensuite. Les enquêteurs doivent faire leur travail, et nous devons nous protéger. Mais tu n’es responsable de rien de ce qui s’est passé.

Lucas baissa les yeux.

— J’aurais dû t’appeler plus tôt.

Claire lui prit la main.

— Tu avais quinze ans. Tu as découvert des choses qui t’ont fait peur. Malgré cela, tu as trouvé le courage de me prévenir. Tu n’avais pas à résoudre ce problème tout seul.

— Je pensais que si je disais quelque chose, il serait en colère contre moi.

— C’est pour cela qu’il est important que tu puisses parler à des adultes de confiance. Tu n’as pas à choisir entre aimer ton père et dire la vérité.

Lucas resta silencieux, puis demanda :

— Est-ce que tu le détestes ?

Claire regarda les arbres derrière la fenêtre.

Elle avait cru que cette question lui arracherait une réponse immédiate.

Mais elle ne ressentait plus le besoin de transformer sa douleur en haine.

— Je suis profondément blessée par ce que j’ai découvert, répondit-elle. Je ne sais pas encore comment je me sentirai dans quelques mois. Mais je sais que je ne peux pas faire comme si rien ne s’était passé.

Lucas hocha lentement la tête.

— Moi non plus.

Elle le prit dans ses bras.

Pour la première fois depuis cette nuit à 2 h 13, Claire eut le sentiment qu’ils pouvaient commencer à avancer.

Pas parce que tout était réglé.

Mais parce qu’ils n’étaient plus seuls face au secret.

La vérité ne se répare pas avec des excuses

L’enquête se poursuivit, et Claire engagea une procédure pour contester les documents qu’elle n’avait jamais signés. Elle prit également des mesures pour protéger son patrimoine et réorganiser ses accès bancaires et administratifs.

La maison de Saint-Cloud resta au cœur du dossier, mais elle cessa d’être le symbole de sa peur.

Elle fit remplacer les serrures, renforcer les accès et remettre en ordre les archives de son père. La petite pièce secrète derrière la bibliothèque fut transformée en espace de travail, avec une lampe, un bureau et une fenêtre donnant sur le jardin grâce à une ouverture créée lors de la rénovation.

Claire n’y retourna plus pour se cacher.

Elle y retourna pour travailler.

Elle reprit progressivement ses projets d’architecture intérieure et retrouva le plaisir de dessiner des espaces dans lesquels les gens pouvaient vivre sereinement.

Un soir, Lucas vint la rejoindre dans cette pièce.

Il observa les plans étalés sur la table.

— Tu vas vraiment continuer à travailler ici ?

Claire sourit.

— Oui. Ton grand-père disait qu’une maison devait être construite pour protéger ceux qui y vivent, pas pour les enfermer.

Lucas passa les doigts sur le bord d’un dessin.