Claire regarda Maître Garnier, qui lui fit signe de ne pas poursuivre seule cette conversation.

— Je vous donne les coordonnées de mon avocate, répondit-elle. Vous lui transmettrez ce que vous possédez, et vous ne modifierez aucun fichier.

— D’accord.

Avant de raccrocher, Élodie ajouta :

— Madame Morel… Je crois qu’il ne vous a pas tout dit au sujet de la maison.

L’appel prit fin.

Claire resta figée.

Encore une révélation.

Encore un morceau de vérité qui semblait attendre derrière une porte.

Le secret de la maison de Saint-Cloud

Ce soir-là, Claire retourna à la maison accompagnée de Marc et après avoir pris les dispositions nécessaires pour ne pas y rester seule.

Elle n’y retournait pas pour confronter Julien, mais pour récupérer des documents personnels et les archives dont son avocate avait besoin.

Marc inspecta d’abord les accès.

— La serrure du bureau a été forcée, constata-t-il. Quelqu’un a essayé plusieurs clés.

Claire entra dans la pièce où son père avait passé les dernières années de sa vie à dessiner des plans.

Elle avait toujours considéré cette maison comme un héritage affectif. Son père, André Morel, l’avait construite en partie de ses propres mains, en faisant appel à ses collègues architectes pour les travaux les plus complexes.

Il lui avait laissé les plans originaux, les actes et plusieurs dossiers concernant le terrain.

Claire ouvrit une armoire métallique.

Au fond, derrière un rouleau de plans, elle retrouva une enveloppe portant son nom.

L’écriture de son père était immédiatement reconnaissable.

« À Claire, à ouvrir si quelqu’un conteste un jour la propriété de la maison. »

Elle déchira délicatement l’enveloppe.

À l’intérieur se trouvaient une copie certifiée de l’acte d’achat initial, plusieurs documents notariés et une lettre.

Elle lut à voix haute :

« Ma chère Claire,

Cette maison a été financée par mes économies et construite sur un terrain dont je suis devenu propriétaire bien avant ta rencontre avec Julien. Je te l’ai transmise selon les dispositions établies devant notaire.

Je sais que les questions d’argent peuvent modifier les relations entre les personnes. Je ne souhaite pas que tu te méfies de ton mari sans raison. Mais je veux que tu saches qu’aucun membre de ta famille ne peut décider à ta place de ce que tu feras de cette maison.

Si un document apparaît un jour avec une signature que tu ne reconnais pas, ne cède pas à la pression. Demande à un professionnel indépendant de vérifier les actes.

Ce qui t’appartient ne doit jamais devenir le prix de ta tranquillité. »

Claire s’arrêta de lire.

Elle revoyait son père, assis à cette même table, lui apprenant à dessiner des perspectives et à vérifier chaque mesure deux fois.

Il lui avait souvent répété qu’une ligne mal placée pouvait compromettre tout un plan.

Elle n’avait jamais imaginé que cette leçon s’appliquerait un jour à son mariage.

Marc examina les documents sans les déplacer inutilement.

— C’est important, dit-il. Mais il faut que votre avocate vérifie les originaux et les transmette aux enquêteurs si nécessaire.

Claire acquiesça.

Puis elle remarqua un petit carnet glissé sous la lettre.

Il contenait des notes de son père sur la rénovation de la maison, mais une page plus récente avait été ajoutée dans une autre écriture.

Une phrase y figurait :

« Le dossier de succession doit être retrouvé avant la vente. »

Claire relut ces mots.

La vente ?

Elle n’avait jamais mis la maison en vente.

Qui avait donc préparé cette opération ?

Julien revient à la maison

À 21 h 17, alors que Claire rassemblait ses affaires, le portail s’ouvrit.

La voiture de Julien entra dans l’allée.

Marc se plaça près de la porte, tandis que Claire appela immédiatement son avocate et lui indiqua que Julien venait d’arriver.

Il entra dans le vestibule, posa ses clés sur la console et s’immobilisa en apercevant Claire.

— Qu’est-ce que tu fais ici ?

— Je récupère mes documents.

Il regarda Marc.

— Tu as fait venir cet homme chez nous ?

— C’est ma maison, Julien.

Il eut un petit rire sans joie.

— Notre maison. Nous sommes mariés depuis quatorze ans.

— Cela ne t’autorise pas à falsifier ma signature.

Le visage de Julien se figea.

Pendant une seconde, il sembla chercher une réponse.

Puis il se dirigea vers le bureau.

— Tu as fouillé mes affaires ?

— J’ai découvert des documents à mon nom. J’ai également appris que tu avais ouvert trois contrats d’assurance-vie dont je n’avais jamais entendu parler.

Julien se retourna brusquement.

— Qui t’a raconté ça ?

Claire ne répondit pas.

Il comprit alors qu’elle n’était plus seule.

— Tu ne sais pas ce que tu fais, murmura-t-il. Tu vas tout détruire.

— Qu’est-ce que tu as fait, Julien ?

Il passa une main sur son visage.