— J’ai des dettes. Beaucoup plus que tu ne le crois. L’entreprise est au bord de la faillite. J’ai essayé de trouver une solution.
— En utilisant mon nom ?
— Je voulais protéger notre famille !
— En préparant des contrats sur ma vie ?
Il baissa les yeux.
— Ce n’était pas censé se passer comme ça.
Claire sentit ses jambes devenir faibles.
— Comment cela devait-il se passer ?
Julien ne répondit pas.
Il fit un pas vers elle.
Marc s’interposa immédiatement.
— Vous allez rester où vous êtes.
Julien leva les mains, mais son visage avait changé. Il ne ressemblait plus à l’homme qui lui apportait des croissants le matin.
Il ressemblait à quelqu’un qui venait de comprendre que son plan lui échappait.
— Claire, écoute-moi. Je peux tout expliquer.
— Alors explique.
Il ouvrit la bouche, puis la referma.
Finalement, il murmura :
— Je ne voulais pas que tu sois blessée.
Claire le regarda longuement.
— Pourtant, tu es venu dans notre chambre avec une seringue.
Le silence qui suivit fut absolu.
Julien pâlit.
Il n’avait pas encore trouvé de réponse lorsque des coups retentirent à la porte d’entrée.
Deux policiers se tenaient sur le seuil.
Claire avait déjà transmis son signalement et les éléments recueillis à son avocate. Les agents étaient venus vérifier les faits signalés et procéder aux actes nécessaires dans le cadre de leur intervention.
Julien recula d’un pas.
— Tu as appelé la police ?
Claire ne détourna pas les yeux.
— Oui.
Pour la première fois depuis quatorze ans, elle ne se sentit pas obligée de justifier sa décision.
Ce que contenait réellement le troisième contrat
Les jours suivants furent consacrés aux auditions et à l’examen des pièces.
Les enquêteurs récupérèrent les éléments disponibles, notamment les images de la caméra extérieure, les documents d’assurance, les échanges électroniques transmis par Élodie et les informations relatives à la seringue.
Ils cherchèrent à déterminer si Julien avait effectivement préparé un acte criminel, s’il avait tenté d’altérer les documents de propriété et si d’autres personnes avaient participé aux démarches.
Claire fut entendue à plusieurs reprises.
Lucas, lui aussi, dut expliquer comment il avait découvert les captures d’écran. Il fut accompagné par des adultes de confiance et ne fut pas laissé seul face à cette situation.
Un expert examina les documents portant la signature de Claire. Les premières vérifications relevèrent des incohérences entre certaines validations électroniques et les informations disponibles sur ses appareils habituels. D’autres analyses devaient encore être réalisées.
Puis un enquêteur demanda à Claire de regarder un document particulier.
Il s’agissait du troisième contrat d’assurance-vie.
Contrairement aux deux autres, celui-ci comportait une clause additionnelle relative à certaines circonstances de décès accidentel.
L’enquêteur prit soin de ne pas présenter cette clause comme une preuve suffisante, à elle seule, d’une intention criminelle.
— Ce document fait partie des éléments que nous examinons, expliqua-t-il. Nous devons établir qui l’a demandé, qui l’a validé et si la personne assurée en connaissait les conditions.
Claire parcourut les pages.
Une date apparut en haut du formulaire.
C’était le jour où Julien l’avait convaincue de passer un week-end dans une maison de campagne appartenant à un collègue.
Il avait insisté pour qu’elle prenne un médicament contre l’anxiété, prétendant qu’elle était trop nerveuse pour dormir.
À l’époque, elle avait accepté sans réfléchir.
Elle ignorait si ce médicament avait un lien quelconque avec les documents retrouvés. Elle ne savait même pas si le produit de la seringue était identique à celui qu’il lui avait proposé.
Mais elle se souvenait désormais d’une chose : Julien avait commencé à lui parler de sa santé bien avant que les contrats n’apparaissent.
Il lui répétait qu’elle oubliait des choses, qu’elle était épuisée, qu’elle semblait parfois absente.
Il lui conseillait de consulter.
Puis, devant leurs proches, il décrivait son état avec une inquiétude soigneusement mise en scène.
La question n’était plus seulement de savoir s’il avait voulu obtenir de l’argent.
Il fallait aussi comprendre s’il avait essayé de préparer l’entourage de Claire à accepter une version des événements dans laquelle elle aurait été responsable de ce qui lui arriverait.
Les enquêteurs poursuivirent leurs vérifications.
Et une semaine plus tard, Élodie remit une série de courriels qui changea considérablement la compréhension du dossier.
Le courriel envoyé à 1 h 48
Le message avait été envoyé depuis une adresse professionnelle associée à Julien, quelques heures avant son entrée nocturne dans la maison.
Il était destiné à un intermédiaire financier.
Son contenu ne décrivait pas explicitement un acte violent. Mais il révélait que Julien cherchait à accélérer une opération patrimoniale et à faire reconnaître la signature de Claire sur des documents dont elle contestait l’authenticité.
Une pièce jointe portait le nom :
« Succession Morel — version définitive ».
Claire sentit son cœur s’accélérer.